Il ne faut jamais se fier aux moustiques du lac Doris 

J’étais étendu nu devant ma petite cabane, sur une île au centre du lac Doris. Mon oncle, qui m’a laissé la cabane et l’île à sa mort, m’a toujours répété que là, les moustiques piquaient comme ailleurs, mais sans douleur, sans infection.

Épuisé de ma vie trépidante en ville, j’avais décidé de passer mes vacances au lac Doris, parfaitement seul pour un mois. Du matin au soir, je regardais les canards sur le lac, je comptais les ronds des poissons dans l’eau, et je lisais Alfred Jarry.

Étendu, donc, les yeux fermés, je goûtais la chaleur de cette belle journée d’août. Je crois que je me suis même endormi, comme cela m’arrivait souvent, depuis mon arrivée au lac Doris.

Soudain, un chatouillement. J’entrouve un œil, j’aperçois un moustique sur mon gros orteil. Me rappelant les propos de mon oncle, je ne m’en soucie pas, et je referme l’œil, décidé à goûter les rayons de ce beau grand soleil mauricien. Si ce moustique m’a piqué, je n’en ai rien su puisque je n’ai rien senti. Mon oncle avait raison.

Je m’abandonne à la douceur chaude de cette fin de journée, je bâille, je m’étire, l’intensité du rouge sur mes paupières diminue peu à peu. J’ai faim, j’ai soif, il est grand temps de casser la croûte.

J’ouvre les yeux, prêt à me lever. Stupéfaction! Toute la surface de mon corps est couverte de moustiques à l’œuvre! Ils sont des dizaines, peut-être des centaines, à me sucer le sang. Mais je ne sentais toujours rien, pas la moindre douleur.

N’empêche, tous ces moustiques, c’est dégoûtant. Je me secoue, je me lève et cours m’habiller dans la cabane.

Le lendemain, les moustiques reviennent, mais cette fois je les chasse, malgré moi.

Sauf que le surlendemain, je m’endors à nouveau, et à nouveau un bataillon complet de moustiques m’a pris d’assaut. Je les chasse d’une main molle, parce que c’est ce qu’il faut faire, mais à vrai dire, je commence à m’en balancer. Je ne sens rien, je n’en souffre pas, à quoi bon s’inquiéter.

Les jours suivants, les moustiques piquent à coeur joie, comme si leurs copains leur avaient indiqué la bonne adresse, celle où on peut boire à bar ouvert, à volonté. Et on me pique, et je ne sens rien, et mes vacances coulent doucement près du lac Doris, où j’oublie de plus en plus mes amis de la ville. Et mes collègues. Et mes clients. Et mes maîtresses.

Puis vient, ce jour-là j’ai l’âme triste, le moment de partir, de quitter le lac Doris pour n’y revenir que l’an prochain. Rapidement, j’empile mes rares bagages, je saute dans le lac pour me laver une dernière fois, et je me dis qu’un petit rasage me fera du bien avant mon retour dans la civilisation.

Mais je ne trouve pas de miroir dans la cabane. C’est curieux, je n’avais pas remarqué cette absence jusque là. Faut croire que je ne m’ennuyais pas trop de ma gueule.

Je me rappelle soudain le couteau de chasse que j’ai apporté avec moi. Ça fera l’affaire. Je sors mon rasoir, je lève la lame du couteau, mais il n’y a rien. Je ne vois absolument rien dans le reflet. Enfin, si, je vois quelque chose, mais pas moi. Je vois le mur derrière moi, et les raquettes accrochées à un clou. Mais où suis-je?

Je me parcours le corps des yeux, et je vois tout, mes mains, mes jambes, mon ventre, tout ce qui s’offre à mes yeux, je peux le voir, mais impossible d’en voir le reflet dans la lame.

Je fourre toutes mes affaires dans mon sac, que je lance dans le canot. Je traverse le lac, je cours et je marche et je cours jusqu’à ma voiture, dix kilomètres plus loin. Dès que je l’atteins, je me précipite sur un rétroviseur dans l’espoir d’y revoir ma gueule. Il n’y a personne.

Je saute en voiture, je fonce vers le premier village où je m’arrête dans une station-service. Je demande les clefs des toilettes, mais le commis ne me prête aucune attention. Impatient, j’allonge le bras, et je saisis la clef. Une fois dans les toilettes, je me jette sur le miroir. Je n’y vois rien, pas même mes vêtements. Je n’existe plus.

Je sors des toilettes, j’aborde la première cliente qui se présente. Je lui tapote l’épaule, elle se retourne, mais ne voit rien. Elle hausse les épaules et s’en va. Je suis un fantôme. Pourtant, je ne suis pas mort! Mais que suis-je devenu? Que s’est-il passé?

Les moustiques! Ce sont les moustiques du lac Doris!

Machinalement, je roule vers la ville, vers ma vie. Mais si on ne me voit pas, si personne ne m’entend, si je n’existe plus pour quiconque, à quoi bon? Ne paniquons pas. Laissons quelques jours passer, quelques semaines.

Si jamais je ne réapparaissais pas, peut-être faudra-t-il songer à m’installer définitivement au lac Doris.

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Le paradis 

Une annonce postée en ligne, avec publicité très simple. Places au paradis à vendre. Un nom, Le Portier. Un courriel, un numéro de téléphone. Comme des milliers d’autres internautes, Al éclate d’un grand rire gaulois. Il saute sur son clavier, écrit ce qui lui passe par la tête.

AL: J’voudrais bien aller au paradis, seulement, le paradis n’existe pas. En plus, mon surnom est Shark. Si votre paradis existait, je ne suis pas certain qu’on y accueillerait des types comme moi.

La réponse n’a pas tardé, à croire qu’elle a été envoyée par un robot.

LE PORTIER: Bonjour Al. Merci de l’intérêt que vous portez à notre entreprise. Notre paradis existe, nous pouvons vous le confirmer. Tous les humains y sont admis, nonobstant la vie qu’ils ont menée.

AL: Prouvez-moi qu’il existe, votre satané paradis!

LE PORTIER: Nous avons deux cent trente-trois mille clients, dont les deux tiers y sont déjà, au paradis. C’est la preuve sociale.

AL: La quantité ne garantit pas la qualité, bonhomme, du produit. Si je voulais y aller, au paradis, je n’aurais qu’à entrer à l’église, trois prières et j’y aurais accès, gratuitement.

LE PORTIER: Cette voie n’est plus aussi certaine qu’elle l’était. Le paradis de l’Église commence à déborder, alors on est beaucoup plus réticent de ce côté à y admettre de nouveaux locataires. Tandis que nous, nous disposons d’une toute nouvelle concession, avec un nombre très élevé de places. Limité certes, mais élevé tout de même.

AL: Une concession, c’est quoi votre truc? C’est une secte?

LE PORTIER: Pas de croyance chez nous, pas de rite, rien. Tant que vous vivez, vous en faites à votre tête, et quand vous mourrez, nous nous occupons du transfert. Tous frais compris.

AL: Le paradis, à l’origine, ils l’ont inventé pour nous décourager de mentir, de voler, de tuer. Alors vous, vous prenez tout le monde?

LE PORTIER: Tout le monde, oui. Sans exception.

AL: Vous dites que même moi, qui ai trahi mes amis, qui ai volé, cambriolé, dévalisé, fraudé, qui ai même, à deux ou trois occasions, provoqué la mort prématurée de gens qui avaient de sales gueules, donc moi je pourrais entrer dans votre paradis? Ça n’a aucun sens. Si c’est rempli de cambrioleurs, d’assassins, de violeurs et de dictateurs, c’est plus un paradis, c’est l’enfer!

LE PORTIER: C’est le corps qui commet tous ces crimes, le corps avec son cerveau bien matériel. Quand le corps a disparu, il ne reste que l’âme, qui alors retrouve sa pureté.

AL: C’est débile. Je ne serai jamais pur. Jamais.

LE PORTIER: Vous le serez, que vous le vouliez ou non.

AL: Si je passe à la confession, et tout le tra la la? C’est du vent, tout ça.

LE PORTIER: Pas de confession, pas de pénitence, rien. Je vous l’ai dit: notre paradis n’est pas celui de l’Église. Nous gérons notre propre concession. Le seul inconvénient, vous l’aurez compris, est que vous n’y rejoindrez pas vos proches, s’ils entrent dans le paradis de l’Église. Il est impossible de passer d’un paradis à l’autre, pour l’éternité.

AL: Je ne crois pas au paradis, alors ça règle le problème. Mais je trouve votre idée originale, j’imagine que vous attirez bien des bêtas!

LE PORTIER: Plusieurs de vos connaissances sont déjà inscrites. Je ne dirai pas vos amis, car ça, vous n’en avez pas, n’est-ce pas?

AL: Qui s’est inscrit? Quel imbécile parmi les copains s’est inscrit?

LE PORTIER: Service absolument confidentiel. Nous ne révélons rien sur l’identité des clients. Mais songez-y. Voulez-vous vous retrouver seul, après votre mort? Vraiment seul cette fois, encore plus que maintenant? Vous n’y croyez pas, d’accord, mais si c’était vrai tout de même, vous seriez alors dans un beau pétrin. Tout seul à errer dans les limbes, pour l’éternité.

AL: Je ne suis pas si seul que ça.

LE PORTIER: Si.

AL: Peut-être. Vous faites chier.

LE PORTIER: Vous voyez. N’hésitez plus. Inscrivez-vous. Qu’avez-vous à perdre?

AL: Faut faire quoi?

LE PORTIER: Nous n’avons besoin que de votre nom complet, la date et le lieu de votre naissance, pour qu’à votre mort nous ne vous confondions pas votre âme avec celle d’un autre.

AL: Et c’est tout?

LE PORTIER: Pour le paiement, nous acceptons toutes les cartes de crédit, ainsi que les virements bancaires en ligne.

AL: C’est… C’est combien?

LE PORTIER: Cinquante mille, payable en un seul paiement.

AL: Je vous fais un virement. Pas grave si c’est du fric gagné en vendant un peu de poudre?

LE PORTIER: Tous les paiements sont bons, mon bon, pour aller au paradis!

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La marquise

Il m’aurait fallu dix bras pour transporter tout ce que madame la marquise voulait apporter. Je lui ai fait valoir que là où elle nous entraînait, nous n’aurions besoin de rien, elle encore moins que nous tous. Évidemment, elle n’a rien voulu entendre, et je me suis retrouvé à marcher pendant des dizaines et des dizaines de kilomètres, les bras chargés de livres, de poudres, d’huiles essentielles, et bien qu’il y ait eu des pertes, lorsque nous sommes enfin arrivés à Montréal, j’avais encore un fardeau considérable, suffisant, je croyais, pour la satisfaire. J’ignore où j’avais pêché cet optimisme, elle était en furie, elle m’a presque achevé à force de me fouetter, de me botter le derrière et les côtes, j’ai roulé jusqu’au port, j’ai failli me noyer dans le fleuve qui ce matin-là était furieux. Je ne dois la vie qu’à ce petit pêcheur, il ne faisait pas plus d’un mètre cinquante, il m’a versé du café, j’ai dû écouter le récit de sa vie, mais comme à la fin je dormais, il m’a vendu à un pirate texan qui ne m’a pas raconté sa vie. Nous doublions le cap Horn lorsque je me suis réveillé, comment peut-on dormir si longtemps, un des brigands m’a plaqué un automatique dans les mains, je ne savais pas m’en servir, je ne voulais pas me tirer dans les pieds, mais je n’ai pas eu à réfléchir davantage, nous abordions un immense cargo, ce qu’il contenait je l’ignorais, j’ai crié avec les autres, une pétarade, des cris, des jurons, quand les pirates se sont retirés avec leur butin, ils m’ont laissé derrière. Heureusement que je m’accrochais à mon arme automatique, les autres m’auraient jeté par-dessus bord, il n’y avait pas mille solutions, j’ai pris un otage, sauté dans une embarcation de sauvetage, et c’est un miracle si nous avons pu gagner Ushuaïa. L’otage a bien voulu me dénoncer aux autorités locales, mais j’avais disparu, je m’étais fondu dans la population locale, j’y ai vécu heureux pendant quelques semaines avant de gagner la Patagonie, terre de mes rêves, d’où j’ai appelé la marquise, qui a tout de suite sauté dans un avion pour m’y rejoindre. Je craignais ces retrouvailles, mais elle a été aux petits soins avec moi, beaucoup de remords m’assurait-elle, elle voulait acheter un château près de Carcassonne. Elle n’en avait pas les moyens, je le savais mieux qu’elle, mais lassé de la steppe patagonienne, je l’ai suivie, après m’être assuré qu’elle ne traînait plus son fouet, ses bâtons, et dès notre premier jour à Carcassonne, on nous a pris pour des touristes, puis des fous, nous n’avons pas eu de château, cela va de soi, pas même une modeste villa, à peine une chambre d’hôtel à peu près décente. C’est alors que la marquise a voulu que je lui trouve un mari. Je lui ai expliqué que c’était peine perdue, que même moi, porteur et souffre-douleur, je ne voudrais pas d’elle, rien n’a pu la convaincre, et pendant treize années, j’ai parcouru le Languedoc à la recherche d’un héritier, au mieux, ou d’un parvenu, au pire, qui voudrait bien accepter l’honneur d’épouser madame la marquise. Devant mes insuccès répétés, la marquise s’est remise à me rouer de coups, et quand je me suis retrouvé dans l’Aude, elle a cru que j’avais péri, ce qui l’a décidé à partir, pour terminer ses jours seule, à Reykjavik. Mais je n’étais pas mort. J’ai vite couru jusqu’à Avranches, où une pancréatite m’a terrassé. Le séjour à l’hôpital m’a plu, j’ai épousé une sublime infirmière, avec qui j’ai eu je ne sais plus combien d’enfants. J’ignore ce qu’est devenue la marquise, et à vrai dire, je ne m’en soucie pas. Tous les ans, nous passons un mois en Patagonie, où nous avons une petite maison.

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La plante verte

INSPECTEUR: Bonjour, monsieur, je cherche Androu Bilodeau.

BILODEAU: C’est moi, qui êtes-vous?

INSPECTEUR: Inspecteur Luke Black. Je peux entrer? Merci. Vous avez bien trente-cinq ans?

BILODEAU: Trente-six, j’ai eu trente-six ans hier. Maman m’a fait toute une fête, vous ne pouvez pas vous imaginer!

INSPECTEUR: Vous vivez avec vos parents, n’est-ce pas?

BILODEAU: Oui. Fier divorcé. Ah cette femme, quelle idée m’est passée par la tête! Vous savez ce que c’est. Je ne pouvais rien faire. Elle râlait quand je laissais une ou deux assiettes sur le comptoir, elle ne voulait jamais faire la lessive, je ne pouvais plus sortir le soir, j’étais devenu, monsieur l’inspecteur, ni plus ni moins qu’un esclave contraint à d’infinis travaux. Alors je lui ai dit au revoir, adieu, et du coup, maman a emménagé ici. Maman, elle ne me comprend pas toujours, vous savez, elle est bien vieille, mais au moins, elle ne me donne jamais tort. Quoi que je fasse. Ça rend la vie vivable, vous voyez. Tandis qu’avec ma femme, je n’avais raison sur rien.

INSPECTEUR: Et votre père? Votre mère a bien emménagé avec votre père? C’est ce qu’indique le rapport du registraire.

BILODEAU: Bien sûr, bien sûr, mais il est légèrement rasant. Énormément rasant. Il me désapprouvait sur tout. Quand j’ai vendu sa moto, pour me payer une planche à voile, il a désapprouvé. Quand j’ai donné son chat à ma cousine Dahlia, il a rouspété. Quand j’ai jeté ses livres, parce qu’ils sentaient l’humidité, il a hurlé. À la fin, ça devenait lourd, vous vous imaginez bien! Maman et moi, nous n’en pouvions plus. Nous étions humainement à bout.

INSPECTEUR: L’avez-vous tué?

BILODEAU: Les gros mots! Tué? Vous rigolez? Je ne suis pas un assassin. Maman non plus. Pourquoi l’aurais-je tué? Il nous sert encore, vous savez.

INSPECTEUR: Où est-il? Je veux le voir. J’enquête sur sa disparition.

BILODEAU: Nous ne l’avons pourtant pas porté disparu. Ni moi, ni maman, j’en suis certain.

INSPECTEUR: Un de ses amis a signalé sa disparition.

BILODEAU: Il avait un ami? Lui?

INSPECTEUR: Semble-t-il. Dites-moi où il est, que je le raye de la liste des personnes portées disparues.

BILODEAU: Eh bien, le voilà, sur l’étagère près de la fenêtre! Voyez comme il se porte bien! Nous en prenons grand soin, comme vous le constatez.

INSPECTEUR: Mais, c’est une plante, une petite plante en pot!

BILODEAU: Nous l’avons fait transsubstantier, voyez-vous. C’est cher, mais nous avons vendu sa voiture sport et ses chevaux. Le résultat est pas mal, vous ne trouvez pas?

INSPECTEUR: Je peux voir le certificat?

BILODEAU: Sous le pot, il est sous le pot.

INSPECTEUR: Je vois, tout semble en ordre. Mais alors, pourquoi le garder ici? Vous pourriez le replanter ailleurs, l’oublier tout à fait.

BILODEAU: C’est qu’il nous rapporte encore. Tant qu’il est ici, ses revenus coulent dans cette maison, qui d’ailleurs lui appartient. Maman voulait bien le planter sur le bord du chemin, loin loin loin, mais je l’ai raisonnée. S’il part, nous risquons de tout perdre, et qui sait s’il a pensé à nous dans son testament! Car voyez-vous, j’ai appris qu’il avait fait un testament en secret. Sans nous en parler. J’en frissonne. Il n’a jamais voulu nous donner le moindre indice, avant sa plantation en pot. Par prudence, nous l’arrosons, nous utilisons le meilleur engrais, nous lui parlons même, quelques fois. Après tout, c’est une bien jolie plante, vous ne trouvez pas?

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Vaut mieux boire

CÉDRIC: Nous n’avons pas le temps d’organiser une manifestation ce soir, je crois que nous devrions prendre un taxi, descendre en ville, faire la fête, j’ai envie de boire, de boire toute la nuit, et peut-être écouter un band dans un bar, peut-être danser, peut-être finir la nuit avec Mariella, Daniella, Patriciella, Johanella, oh la, oh la!

DENZEL: Je partais, j’y allais, les copains sont déjà là. Ils ont fumé, ils ont chanté, c’est l’heure d’y aller. Où donc est Anatole? Anatole ne vient pas?

CÉDRIC: Anatole est dans le sous-sol, il mélange des produits dans ses éprouvettes. Il mélange, chauffe, remélange, et recommence. Depuis ce matin, sans manger, sans boire.

DENZEL: Sans boire?

CÉDRIC: Enfin, sans boire suffisamment. Chaque fois que je descends le voir, il croasse.

DENZEL: Il mélange quoi, Anatole?

CÉDRIC: Quelques sortes de médicaments, je crois, des extraits de plantes, ce genre de trucs. À moins que ce soit autre chose.

DENZEL: Tu ne lui as pas demandé? Peut-être devrais-je aller le voir, le convaincre de remonter, de nous accompagner.

CÉDRIC: Tu perdras ton temps. Anatole, quand il est concentré sur une lubie, l’univers autour s’efface.

DENZEL: Des médicaments? Mais pourquoi? La dernière fois que je l’ai vu, il ne parlait que de démanteler le gouvernement.

CÉDRIC: C’était après son projet de peindre en rose les mouettes pour qu’elles soient chouettes. Anatole, si tu veux mon avis, il ne se saoulera pas cette nuit.

DENZEL: Dommage, il va nous manquer. J’aime quand il raconte ses histoires qui vous entortillent l’esprit dans une spirale. Infinie. Anatole, il sait raconter.

CÉDRIC: Il sait boire, aussi.

DENZEL: T’es certain qu’on ne peut pas le tirer de son sous-sol? Qu’est-ce qu’il espère cette fois? Inventer une nouvelle drogue qui nous permettra de marcher sur l’eau? Une drogue qui nous rendra invisibles? Qu’est-ce que c’est?

CÉDRIC: Il n’a rien dit. Ce matin, il est descendu, il a commencé à mélanger ses médicaments, et c’est tout. Anatole avait sans doute besoin d’un aparté, quelque chose pour nous oublier, pour oublier les autres, la rue, les bars, les boyaux tordus, les réveils noirs.

DENZEL: Il est plus solide que ça, Anatole. Non, je crois qu’il a un plan, un plan pour nous projeter tous en avant. Anatole, c’est un visionnaire temporaire.

CÉDRIC: Temporaire?

DENZEL: Il voit la destination, mais toujours, il s’égare en chemin. C’est quand même mieux que nous, que moi en tout cas. Je ne vois rien, jamais rien.

CÉDRIC: J’aime bien tes manifestations.

DENZEL: Merci. Elles sont colorées. Mais tu vois, Anatole, quand il manifestait, il savait pourquoi, jusqu’à ce qu’il nous entraîne dans la chambre de ses parents. Là, je me suis douté que nous tournions en rond.

CÉDRIC: J’ai soif. Oui, en rond, c’était ahurissant.

DENZEL: Dis-moi, Cédric, est-ce qu’un jour nous cesserons de boire?

CÉDRIC: Allons-y! Nous parlons trop. Anatole ne viendra pas. Je lui laisserai un message, il saura où nous retrouver s’il sort de son long tunnel.

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Chanter sous la douche

Deux gamins dans la cour d’école.

JOEY: Si tu continues à m’embêter, je le dirai à mon père. Mon père, il tue des gens. Il va te tuer, si je lui demande.

CHLOÉ: C’est pas vrai, je ne te crois pas. Tu es un sale menteur!

JOEY: C’est vrai! Il m’a dit qu’il faisait ça en série.

CHLOÉ: Ceux qui tuent des gens, ils vont en prison. Est-ce que ton père est en prison?

JOEY: Euh, non.

CHLOÉ: Alors tu vois, tu es un sale menteur!

JOEY: Idiote, c’est parce qu’il ne le dit à personne. La prison, ça ne l’intéresse pas.

CHLOÉ: Pourquoi il ne le dirait pas, hein?

JOEY:  C’est son secret personnel. Tu n’en as pas, toi, des secrets personnels?

CHLOÉ: Ça ne prouve rien. Et pourquoi, d’abord, qu’il tue des gens?

JOEY: Il tue pas n’importe qui, idiote. Il tue seulement ceux qui ne respectent pas la loi du livre jaune.

CHLOÉ: C’est quoi ça, le livre jaune? Une autre de tes inventions?

JOEY: C’est le livre préféré de mon père. C’est une nouvelle religion qui est plus vraie que toutes les religions.

CHLOÉ: Mon père, lui, il ne lit pas. Il dit que la lecture, c’est pour les paresseux.

JOEY: Le livre jaune, c’est autre chose. C’est un livre important.

CHLOÉ: Les livres, c’est pas important. À part les bandes dessinées.

JOEY: Les bandes dessinées, OK. Mais le livre jaune aussi. Ça dit que si tu crois une chose, et que tu y crois souvent, eh bien cette chose est vraie.

CHLOÉ: Hier matin, je croyais que je pouvais voler. Évidemment, c’est pas vrai.

JOEY: Tu y crois souvent?

CHLOÉ: C’est quoi souvent?

JOEY: Je ne sais pas, souvent, c’est assez souvent, quoi. Disons, une fois par jour.

CHLOÉ: Oui, j’y crois une fois par jour, je crois.

JOEY: Alors, tu peux voler.

CHLOÉ: Idiot! Regarde, je bas des bras, et je ne vole pas.

JOEY: C’est vrai que tu as un problème avec le décollage. Faudrait que tu sois plus haut, que tu sois déjà dans les airs, peut-être. Qu’est-ce que j’en sais. Je demanderai à mon père.

CHLOÉ: Qu’est-ce qu’il croit ton père?

JOEY: Que les gens doivent faire comme on dit dans le livre jaune, qu’ils ne doivent pas chanter sous la douche. Est-ce que tu chantes sous la douche, toi?

CHLOÉ: C’est pas de tes oignons. Il tue les gens qui chantent sous la douche?

JOEY: Je crois, oui. C’est écrit dans le livre, et en plus, il y croit souvent, très souvent. Tu ne chantes pas sous la douche?

CHLOÉ: Oh non! Jamais! Jamais, jamais, jamais. Je ne voudrais pas mourir.

JOEY: Où vas-tu?

CHLOÉ: Je grimpe jusqu’en haut de cet arbre. Tu viens?

JOEY: Pourquoi tu veux grimper là? Tu ne veux jamais, d’habitude.

CHLOÉ: Je vais voler. Aujourd’hui, je vais voler.

JOEY: D’accord. Je regarderai d’en bas.

CHLOÉ: Voilà. Je grimpe. Encore un peu plus haut. Oh, je peux atteindre cette branche, ce sera mieux là. Oh la la, c’est haut. J’ai le vertige. Mais puisque je peux voler, il n’y a pas à s’effrayer, pas vrai?

JOEY: C’est ça.

CHLOÉ: Allons-y! Ahhh!

JOEY: Chloé? Que fais-tu là? Elle est morte. Elle n’y croyait pas assez souvent, c’est ça son problème.

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La statue

Je parle tout bas, parce que j’ai déjà perdu une jambe et trois doigts. Pour avoir parlé franchement, pour avoir soulevé un doute. Légitime. Tant que je ne serai pas sorti de cet hôpital, de cette ville, je ferai assaut de discrétion, je me tiendrai à distance des oreilles des locaux, même de ceux qui me sourient.

Pourtant.

Je ne voulais pas m’arrêter dans ce bled, dont j’ignorais l’existence, mais mon moteur surchauffait, je devais trouver un garagiste d’urgence. Google map m’a conduit directement ici, où un garagiste a gentiment accepté de réparer le système de refroidissement.

Hélas, pendant qu’il travaillait, j’ai eu la malheureuse idée d’explorer les alentours. Même dans les trous les plus insignifiants, on finit toujours par dégoter quelque petite merveille. Après plusieurs minutes de marche, j’ai abouti sur ce qui ressemblait à la place principale des lieux. Une jolie place avec un ou deux cafés, fermés, mais c’était charmant tout de même.

J’errais lentement, les mains dans le dos, l’œil indulgent et curieux. J’ai même pris quelques photos, que je comptais partager avec mes amis. Les passants me souriaient, je leur rendais la pareille, et j’étais prêt à faire l’éloge de cette ville. C’est alors que je l’ai vue.

La statue.

C’était une statue d’au moins dix mètres de haut, couverte de bronze. Une œuvre étonnante, naïve mais tout de même imposante. Vu sa position au centre de la place, j’ai vite compris que j’avais affaire au héros local. J’ai pensé à un des fondateurs, à un ancien maire, à un général qui aurait servi dans une guerre.

J’avais tout mon temps, alors je me suis approché pour lire l’inscription, rédigée en cinq langues. Jacquot Roberge, alias Jacberge342, influenceur international, qui avait, la veille de son départ pour l’autre monde, cinq cent soixante-treize millions six cent dix-neuf mille sept cent dix-sept abonnés.

Pendant que je lisais, un passant s’est arrêté près de moi, visiblement extrêmement fier. Incroyable, n’est-ce pas? J’ai touché la plaque avec l’inscription pour m’assurer qu’elle était véritable. Je croyais à une mauvaise plaisanterie, à un petit jeu pour se payer la tête des, rares, touristes. C’était une plaque de bronze, tout ce qu’il y avait de plus officiel. Hébété, je n’ai répondu au passant que par un hochement de tête.

Attirés sans doute par la présence d’un étranger au pied de leur héros, les citoyens ont commencé à faire cercle autour de nous. J’étais muet, mais je voyais bien que tous ces yeux quêtaient un commentaire de ma part. Je ne voulais pas les insulter, alors j’ai simplement remarqué que la statue était monumentale. Monumentale, ont-ils tous répété, ravis. Et c’était des tapes dans le dos, des éclats de rire, on devenait de plus en plus familier avec moi, presque amical.

Rassuré par leur bonhomie, je me suis permis une question, une toute petite question. Comment sait-on que tous ces millions d’abonnés étaient de véritables abonnées, car vous savez, tout le monde le sait, moi-même j’en ai, certains abonnés ne sont que des… 

Je n’ai pas eu le temps de terminer ma phrase. La colère avait figé tous les sourires, et quand les premiers poings se sont levés, j’ai jugé que ma petite balade touristique avait bien trop duré. Mais il était déjà trop tard. Les coups ont plu de partout, coups de poing, coups de couteau, quelqu’un avait même une hache sur lui – qu’il gardait, je présume, pour s’en prendre aux touristes insolents – avec laquelle il m’a sectionné trois doigts de la main droite. La jambe était, à mon avis, encore bonne quand on m’a transporté dans cet hôpital. Plusieurs coups de couteau dans la cuisse et le mollet, certes, mais elle était récupérable. Sauf que le chirurgien, qui était aussi conseiller municipal, a cru bon de participer à la vindicte populaire et a, sans m’en demander mon avis, décidé de m’amputer la jambe.

J’ai eu beau protester, mais on m’a vite anesthésié. Une fois la chose faite, je n’ai plus osé contester, de peur qu’on m’ampute ce qui me restait de membres. Je compte bien traîner tous ces sauvages devant les tribunaux, mais pas avant d’être bien en sûreté, loin de ce patelin infernal.

Voilà l’infirmière en chef qui s’approche, hostile comme toutes ses collègues.

Merde.

Elle m’a vu.

Elle a vu mon cahier.

Je crois que maintenant je vais y passer.

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Le grand Julien

GRAND-MAMAN: Bonjour mon petit Julien. Ah ah ah! Je devrais dire mon grand Julien! Tu es maintenant bien plus grand que ta vieille grand-mère! Combien fais-tu? Un mètre quatre-vingt-cinq? Un mètre quatre-vingt-dix? Oh la la! Tu grandis tellement vite. On ne voit pas le temps passer. Il y a combien de mois qu’on ne s’est vus? Ou serait-ce un an? Deux ans? Dis-moi, aimes-tu encore autant te promener à bicyclette?

JULIEN: Ouais. J’avais un hardtail jusqu’à l’an dernier, mais je viens de m’acheter un full sup avec cent cinquante en avant, cent trente en arrière. Plus facile pour les sentiers enduro.

GRAND-MAMAN: Grand-Maman n’est pas certaine de comprendre, mais je suis convaincue que ta nouvelle bicyclette est bien jolie. J’aimerais bien la voir, mais n’est-ce pas, vous vivez si loin, ce serait compliqué de l’emmener jusqu’ici. Et à mon âge, je ne peux plus voyager comme autrefois. Je me souviens, quand tu étais tout petit, tu étais tombé à bicyclette, sur le trottoir. Tu te souviens? Oh, peut-être pas, tu étais si petit. J’imagine que tu ne tombes plus maintenant, ah ah ah, tu as un bien meilleur équilibre.

JULIEN: Ça m’arrive. J’ai crashé en descendant une double diamond, mais ça va, j’ai juste cassé un doigt. Moins pire que l’été dernier, quand j’ai essayé mon premier back flip. Cassé trois côtes. À part ça, il y a eu une commotion, des éraflures, un poignet tordu.

GRAND-MAMAN: Tu n’as pas plus d’équilibre que ça? Tu m’étonnes. À ton âge, je tombais rarement à bicyclette. Et tu aurais dû voir toutes les folies qu’on faisait. Tu connais la côte derrière l’église? Eh bien, tu me croiras si tu veux, mais nous la descendions à bicyclette sans freiner! Sans freiner! Tu te rends compte! On nous appelait les casse-cous, et plein d’autres noms bien moins gentils. Mais ça, évidemment, c’était il y a longtemps. Je t’assure, tu aurais eu bien peur avec nous!

JULIEN: Peur? De m’ennuyer, peut-être. J’ai l’impression qu’on ne se comprend pas top. Faudrait que je t’apporte une vidéo, la prochaine fois. Derrière chez moi, il y a une côte aussi. Avec des drop, des gap jumps, des table top, tout quoi. Il y a même une descente assez technique, dans les pierres et les racines.

GRAND-MAMAN: Oh, comme j’aimerais aller chez toi. Tout ce que je pourrais te montrer à bicyclette. Faudrait y aller par étapes, évidemment, pour que tu ne te blesses pas.

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Fortune et hamburgers

Quand j’étais riche, monsieur, je ne lisais pas. Jamais. Je me nourrissais de hamburgers et de beignets à la crème, et je buvais de la bière. Américaine. Quand j’étais riche, je m’enrichissais. J’avais du flair, l’esprit pratique, si bien que je me réveillais toujours plus riche que je ne m’étais endormi.

Jusqu’au jour où.

Ce jour fatal où je me suis laissé convaincre de prendre des vacances, de ne rien faire pendant trois jours, trois nuits. De m’asseoir là, bien à l’aise, sans lever les yeux sur ceux qui s’agitent. Ce jour-là, monsieur, j’ai perdu contact, et je n’ai jamais pu rétablir la communication.

Au bout de mes trois jours trois nuits, je suis retourné à mes affaires, j’ai acheté, vendu, soudoyé, ramassé. Mais je l’ai senti, le flair s’étiolait et l’incertitude croissait. Du jamais vu. J’avançais du même pas habituel et pourtant, malgré moi, je me sentais aspiré par une spirale infernale vers des profondeurs obscures.

Jusqu’à la modification.

Je ne voyais plus ce que j’avais vu, je ne comprenais plus ce que j’avais compris, je dépérissais. Tout ça à cause de trois maigres journées. Comme si on avait tiré un fil de la prise électrique, et qu’entre-temps, la prise avait disparu.

Alors j’ai voulu comprendre. Je me suis mis à étudier. Médecine, psychologie, anthropologie, économie, littérature, géologie. On m’a fait docteur en toutes ces matières, et j’ai parcouru le monde, et j’ai parlé, et j’ai lu, et j’ai parlé. Je me suis mis à boire les vins les plus chers sans pouvoir m’en empêcher, je me suis nourri de caviar et de boeuf de Kobé, j’ai voyagé sans nécessité, j’ai fréquenté les grands hôtels par délicatesse, je me suis découvert un goût pour les étoffes rares et les bijoux uniques.

Je me suis ruiné.

Il ne m’est resté que mes livres, des milliers de livres empilés dans mon petit appartement. Je les lis et les relis encore, mais j’ai perdu la foi depuis longtemps. Je ne crois plus que je finirai par comprendre quoi que ce soit au tourbillon de ma vie. Mais dans les universités et même sur la place publique, on m’applaudit encore lorsque je livre un discours. Toujours le même, avec de nouveaux mots que je peine parfois à comprendre. 

Le soir, chez moi, pour ne pas me rappeler mes hamburgers et ma fortune, je lis, je lis pendant des heures, jusqu’à ce que le sommeil vienne.

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Histoires pour endormir les enfants

C’est l’heure du dodo pour l’enfant dans la maison de l’enseignante et du fonctionnaire. Journée comme les précédentes, à quelques détails près, imperceptibles.

ENFANT: Maman! Maman! Lis-moi une histoire!

PAPA: C’est qu’il les adore ces histoires! Bonne nuit mon petit chou.

MAMAN: Tous les enfants les adorent. C’est très très populaire en ce moment.

PAPA: Allez. Je vous laisse. Je ne veux pas manquer les dernières nouvelles.

MAMAN: Sanglantes.

PAPA: Heureusement.

MAMAN: Alors, mon petit chou, où en sommes-nous?

ENFANT: Hier tu m’as lu l’histoire de l’homme au sabre et à la tronçonneuse.

MAMAN: Ah oui. Ce soir, ce sera Le père Gervais. Mais d’abord, couche-toi bien, c’est ça. Tu dois bien dormir cette nuit. Rappelle-toi, demain, c’est samedi, et où irons-nous?

ENFANT: À la campagne!

MAMAN: Pour y faire quoi?

ENFANT: Cueillir des fraises!

MAMAN: Ce sera une belle journée. Mon petit chou, lisons cette histoire. Je commence. Le père Gervais. Il était une fois, un homme qui tous les jours subissait la haine de Jeanlaine, sa femme. Leur garçon, Gosselain, en souffrait terriblement. Un jour qu’il jouait derrière la maison, Gosselain a trouvé son père Gervais pendu à un arbre. Un cadavre déjà tout raide, si raide qu’il ne répondait pas aux nombreuses questions de Gosselain. Quand Jeanlaine est arrivée, elle a dit bon débarras. Gosselain s’est demandé si elle le détestait autant, lui, qu’elle détestait Gervais. Alors Gosselain a voulu imiter son père, et il s’est passé la corde du pendu autour du cou. Mais ça n’a pas fonctionné, et Jeanlaine lui a expliqué qu’il n’était pas Gervais, que ça ne servait à rien de l’imiter. Elle a avoué qu’elle détestait Gervais parce qu’il avait tué des dizaines et des dizaines d’enfants. Gervais a fini par avoir honte, alors il s’est retiré de la vie pour de bon, ce qu’il aurait dû faire bien avant. Entendant cela, Gosselain en a oublié de se pendre, et depuis ce jour, il végète dans son trou du bout du monde.
ENFANT: Maman…

La voix de l’enfant endormi est à peine audible.

ENFANT: Une autre histoire, maman…

La mère ferme la lampe, et la respiration régulière de son enfant ne s’interrompt pas. Elle sort de la chambre sur la pointe des pieds, émue devant le charmant spectacle de cet enfant qui dort.

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