Jan découvre le monde et ne s’en remet pas

GOU: Jan a enterré son meilleur ami, et depuis, il en veut au ciel, parce que ce jour-là, il faisait beau, les oiseaux chantaient, tout resplendissait. Il aurait aimé un ciel d’orage, des tourbillons de vent comme dans les films. Au moins, une petite pluie. Les éléments n’en avaient rien à cirer de la mise au trou du quidam. Mais cela, il ne l’a jamais pardonné. Alors, depuis ce triste jour, il refuse de sortir de chez lui lorsqu’il fait beau, et court sur la tombe de son ami chaque fois que l’orage gronde à l’horizon.

TOL: C’est vrai que se faire enterrer quand le soleil brille, c’est insultant.

FOB: Quand les autos roulent encore.

BAW: Quand les usines tournent.

NUG: Quand les étudiants étudient.

POK: Quand les joueurs jouent.

SUZ: Quand les danseurs dansent.

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Marcher encore une autre année

Il y a tant de jours.

V: Tu as inventé un monde différent chaque jour, depuis une semaine, un mois, un an. Un an déjà?

C: Un an. Ça m’a coûté quelques cheveux.

V: Je n’en ai plus. Est-ce que tu t’y retrouves? Je pourrais peut-être t’aider.

C: Pourquoi pas. Apporte ta boussole, tes cartes, tes bottes de randonnée, et partons! Partons enfin!

V: Voilà, voilà. Par ici! Par là!

C: Nous sommes bien seuls. Tu es certain que nous avons pris le bon chemin? La nuit va bientôt tomber.

V: La nuit est tombée depuis longtemps, mon ami. Tu n’avais pas remarqué? Sérieusement?

C: Où ai-je la tête!

V: Éloignons-nous. Éloignons-nous encore un peu. Nous n’avons pas besoin de repasser sur nos pas, sur leurs pas. Avançons, je t’assure, tu finiras par t’y retrouver.

C: Est-ce que je parlerai encore au vent?

V: Tant que tu peux parler! De quoi se plaint-on!

C: Nous sommes perdus. Totalement égarés. Dormons un peu, retrouvons nos forces, et demain matin, tu me raconteras une histoire. Où j’inventerai à nouveau, et nous marcherons une autre année.

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Quelle chance de pouvoir manger tout le chocolat

B: Bonjour, comment vas-tu? Tu ne réponds pas? Mais où es-tu donc? Je ne te vois pas. Tu te caches, encore, tu veux me faire peur? Petit vilain. Tu sais bien que mon coeur cédera, un de ces jours!

B se déplace aléatoirement.

B: Ah! Te voilà! Tu joues au mort, aujourd’hui?

G: Je suis vraiment mort, ce n’est pas un jeu.

B: Si tu ne jouais pas, tu ne parlerais pas.

G: Qu’en sais-tu?

B: Je n’ai pas la tête à me la prendre. J’ai préparé un goûter, c’est prêt. Tu viendras, quand tu auras cessé d’être mort.

G: Est-ce qu’il y a du chocolat?

B: Oui, j’en ai acheté une boîte, hier.

G: J’arrive. Juste le temps de me relever.

G ne bouge pas. Les cadavres ne bougent pas. La plupart du temps.

B, lasse d’attendre, mange tout le chocolat.

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L’extraordinaire champ gravitationnel du nombril

YAN: Les gars! Vous avez vu? C’est quoi ce truc?

YOP: C’est un trou. Je crois que c’est seulement un trou.

YUK: Pas très profond ton trou, si tu veux mon avis.

YER: Ton avis pourrait être démenti par les faits. Regarde, le trou absorbe!

YAQ: C’est vrai! Il vient de gober ton chien!

YER: Oh Léo! Pourquoi t’a-t-on gobé?

YAN: Alertons les autorités, la police, l’armée!

YAQ: Trop tard, il vient d’avaler la voisine. Et le voisin.

YAN: Et leur maison! Où tout cela s’arrêtera-t-il?

YUK: Pas très original, ce trou. Il se prend pour un trou noir.

YAQ: Sauf qu’il n’est pas à des années lumières de nous! Il est juste là!

YAN: Je me sens aspiré. Les gars, aidez-moi, retenez-moi!

YER: Yan, c’était un bon gars, quand même.

YOP: Yaq aussi.

YUK: Yop aussi.

YER: Yuk aussi.

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De l’importance de savoir à quoi s’en tenir

POL: Bonjour, mon nom est Pol.

GAN: Bonjour, mon nom est Pol.

HYU: Bonjour, mon nom est Pol.

DAZ: Bonjour, eh bien, mon nom, mon nom c’est, c’est bien Pol.

VOR: Salut, moi c’est Pol.

MIP: Bon, voilà,  j’suis Pol.

TYR: Salut les copains, moi c’est Tyr!

TOUS: Salut Tyr!

TYR: Vous en faites une tête! On m’a dit, à l’extérieur, que vous étiez une petite bande de menteurs, de fabricateurs, d’inventeurs, de fabulateurs. C’est vrai?

TOUS: Non!

TYR: Tant mieux! Vous me rassurez. Il y a tant de ceci et de cela dans ce monde, suffirait de frapper à la mauvaise porte pour tomber sur des choses qui n’existent pas. Comme les musées de civilisations, tous des menteurs. Je ne vais jamais au musée. Je préfère les établissements comme le vôtre. D’accord, vous faites un peu intello, mais au moins, avec vous, on sait à quoi s’en tenir.

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La ballade des voisins imperceptibles

Il dormait. Il ne s’était pas rendu compte que personne ne l’aurait réveillé, comme son voisin, comme le voisin de son voisin, comme le voisin du voisin de son voisin, et les autres voisins.

Alors, quand il s’est levé au petit matin, beaucoup plus tôt que d’habitude, personne ne s’est soucié de cette incongruité. On a bien remarqué que les fissures des murs s’élargissaient, mais tant que la structure tenait, tant qu’en bas, dans la salle de production, les machines roulaient, on était satisfaits.

Sautant de surprises en surprises, il a fini par retomber au sol, avec tous les voisins de tous les voisins, avec le sien aussi. Sauf qu’il s’est foulé un pied.

Ainsi, depuis ce jour, va sa vie. Heureusement, il oublie encore souvent de se réveiller, et la terre tourne et tourne.

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De l’importance des monuments historiques miniatures

Z: Tu te souviens de P?

V: P? Non, je ne vois pas. À moins que… C’était pas ton beau-frère?

Z: C’était ton collègue! Tu as travaillé vingt ans avec lui, il est mort il y a cinq ans. Il occupait le bureau d’à côté, directeur de l’ingénierie informatique, mais tu le voyais tous les jours. Vous avez même fait du vélo ensemble, trois ou quatre fois.

V: Peut-être. Tu as une photo?

Z: Voilà, tu le reconnais maintenant? Cette photo a été prise deux mois avant sa mort.

V: Ah oui, je crois me rappeler. C’est pas lui qui vient d’une famille de cultivateurs.

Z: Non, ça, c’était G.

V: Qu’importe. Pourquoi tu me parles de ce P, mort il y a cinq ans?

Z: Je connais bien sa sœur, Y, et c’est sans doute pourquoi je me souviens si bien de P, eh bien, imagine toi qu’elle a mis la main, récemment, sur son journal personnel. Tout de suite après son divorce, un an avant sa mort, P a vécu pendant deux mois chez elle. Sa chambre était dans le sous-sol. Il avait caché son journal dans le faux plafond, et j’imagine qu’il l’y a oublié lorsqu’il est parti, il a dû penser qu’il l’avait perdu. Dans ce journal, tu sais ce que P raconte? Il y revient plusieurs fois, c’est ça qui est marrant, enfin, pas vraiment, c’est plutôt pathétique. Il raconte qu’il rêvait de quitter son boulot pour se consacrer à sa passion, la reproduction en miniature de monuments historiques. Il les aurait vendus, pour faire quelques sous, mais il savait qu’il ne pourrait jamais en vivre. Construire chacun des monuments prendrait trop de temps, beaucoup trop de temps, pour que ça soit rentable. Mais il était prêt à vivre pauvrement, louer un petit appartement, vendre sa voiture, bref, reprendre une sorte de vie d’étudiant, mais pour de bon. Il n’a jamais osé, essentiellement parce qu’il ne voulait pas laisser de lui l’image d’un type dérangé, complètement déconnecté du monde, de ce qui compte.

V: Pauvre con. Il croyait vraiment que les gens se souviendraient de lui?

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Une nouvelle extraordinaire qui en étonnera plus d’un

Q: J’ai appris toute une nouvelle!

T: Pas vrai!

Q: Oui, une nouvelle comme on en entend peu de nos jours.

T: Il faudra que tu me racontes parce que ça m’intéresse comme tout ce qui vient de toi tu nous arrives toujours avec de ces originalité on se demande où tu peux dénicher tout ça quel type de vie tu mènes car enfin un homme comme toi de l’extérieur ça ressemble à un homme comme moi mais on se rend bien compte qu’il y a un abîme entre nous oui malgré notre proximité notre amitié notre relation qui dure depuis mais tu vois très bien ce que je cherche tant bien que mal mais plutôt mal à t’expliquer pas besoin de me creuser la tête davantage sauf que j’avoue et de cela j’en glissais deux mots aux copains du café des sports que je voudraient bien connaître ton secret ou ta faculté ou faudrait-il parler d’une qualité à moins qu’il ne s’agisse d’une habileté que tu aurais développée à force de labeur après tant d’années et ce n’est pas impossible pour ma part je ne te connais pas depuis toujours même s’il y a déjà quelques années ce qui veut dire qu’avant je ne t’ai jamais interrogé sur cette époque pré-nous à quoi bon de quoi se souvient-on comment distinguer ce qu’on invente de ce qui a été je ne connais pas le tamis qui permettrait de séparer l’ivraie mais ça n’a pas d’importance puisque même le présent comme cet instant celui que nous vivons même lui ne nous apparaît pas tout à fait ça semble fou et ça l’est entre ce qui survient et nous se dresse l’imagination qui déforme réforme transforme si bien que ce qui se déroule maintenant entre toi et moi n’est pas une chose mais deux choses et ça pourrait être mille choses si nous étions mille nous ne vivons pas le même moment tu vois nous croyions partager ces quelques minutes alors que nous ne partageons rien du tout mais alors là rien de rien.

Q: Je dois y aller, K m’attend au château.

T: Et ta nouvelle?

Q: Ce sera pour la prochaine fois.

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Quand la Patagonie vous appelle, même la prière des anges sonne faux

JÉRÔME: On ne me parle plus. On s’est dit offensé. On me reproche cette décision. Épouse, fille 1, fille 2, fils, père, frère, cousine, nièce, neveu, voisin, ami 1, ami 2, ami 3, patron, client 1, client 2, client 4 (client 3 s’en fout), et mes chats. Pourtant, quand on meurt, ça ne devrait pas faire d’histoires. Tu vis, tu meurs. J’ai choisi la Patagonie. Susceptibilités patriotiques, on ne digère pas que j’aie choisi de ne pas mourir sur la terre bien grasse de nos ancêtres, tous plus malheureux les uns que les autres et morts dans une misère indicible. La Patagonie, c’est bien, je crois. C’est vrai que je ne connais pas, je n’y suis jamais allé, mais j’ai vu trois ou quatre photos, et le nom, Patagonie, n’est pas joli? Patagonie, ça sonne à mes oreilles comme un lieu mythique, tellement que la première fois que je l’ai entendu, je croyais qu’il s’agissait d’une sorte de lieu sacré de la mythologie antique. Alors, quand j’ai su que ça existait pour de vrai, il n’y a eu aucune hésitation, j’ai su que j’y mourrais. J’ai obtenu un prêt de la banque pour l’achat d’une voiture d’occasion. Deux mille six cent dollars. Je m’en servirai pour payer ce voyage en Patagonie, avion, location de voiture, hôtels, je ferai la fête, j’explorerai les déserts, les montagnes, et comme meurent les rêves, j’y mourrai, l’esprit bien dodu, radieux, immémoré. Et tant pis pour ceux qui se plaignent parce qu’ils ne pourront pas m’embaumer, m’enterrer (ou me brûler?), me pleurer (ou plutôt se pleurer), me dilapider, me glorifier (se glorifier). Tant pis si je les prive d’un cadavre, mais quand la Patagonie vous appelle, même la prière des anges sonne faux.

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De l’importance de respecter ses résolutions

E: Oui, monsieur l’inspecteur, dès que je l’ai vu entrer, je l’ai reconnu, je veux dire, son odeur, parce qu’il s’était déguisé, il avait pris mon visage, pensait me troubler, mais pas très malin, il sentait tout autant, pas qu’il puait, non, une odeur qui lui est propre, mélange de sueur et de végétal, peut-être quelque chose qui tirait sur le conifère, mais légèrement, faudrait analyser, la respirer, cette odeur, pendant de longues minutes, mais une chose est certaine, c’était bien lui, alors pour en finir, j’ai tiré, il est mort au deuxième coup, et ce n’est qu’après que j’ai pensé à cette possibilité, lui parler, profiter de l’avantage de l’arme pour l’interroger, et quand j’ai vu, sur sa tête, mon visage se crisper, puis s’éteindre, ça m’a secoué, et j’ai décidé de mieux manger à l’avenir, et de respecter ma résolution, marcher au moins dix mille pas par jour.

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