Vendre la terre

Rouso possède une usine dans chaque pays, une villa sur chaque continent, un Boeing, un Airbus, et une fortune gigantesque. Vu d’en bas, Rouso a tout pour être heureux. Sauf qu’il sue le malheur. Rouso est inconsolable depuis qu’il a réalisé qu’il ne sera jamais l’homme le plus riche au monde. Chaque fois qu’il avance d’un pas, son concurrent en fait trois. Désespérant.

Aussi, quand des Carinolexutianoles débarquent chez lui, c’est l’apothéose. Ces habitants d’une galaxie dont on ne se soucie pas, puisque nous ne l’atteindrons pas de sitôt, proposent un marché à Rouso. Ils veulent lui acheter la terre. En retour, ils lui donneront autant de richesses qu’il en désire. Et même un peu plus.

Le marché est vite conclu, mais Rouso a tout de même un doute. Comment vendre, leur demande-t-il, la terre, puisque je ne la possède pas? On lui fait comprendre que c’est une formalité, une politesse si on veut. On pourrait s’approprier de la chose sans cette transaction, mais les lois carinolexutianoles l’interdisent. Et pour changer ces lois, il faut se lever de bonne heure! La dernière fois, cela a pris trente-deux siècles! Alors, plutôt que de s’attaquer à cette trop lourde bureaucratie, vaut mieux se plier, et respecter les lois, même celles qui semblent désuètes, et avancer.

Rouso n’en demande pas plus. Sa conscience satisfaite, il donne son prix: cent fois la valeur de tout ce que possède son rival. Il n’y croit pas vraiment, faudra marchander, mais partons haut, pour obtenir un bon prix. Sauf que le Carinolexutianole négociateur accepte tout. Sans plus tarder, on signe les papiers, et officiellement, du moins selon la législation de ces étrangers, la terre est vendue. Avec tout ce qu’elle contient.

Maintenant homme le plus riche du monde, Rouso danse du matin au soir.

Mais ça ne dure pas. Dès le lundi suivant, les Carinolexutianoles le mobilisent, comme les milliards d’autres humains, pour travailler dans la production de denrées destinées à l’exportation.

Depuis qu’il mange, dort, travaille avec ses semblables, Rouso évite soigneusement de mentionner sa fortune. Il craint qu’on le prenne pour un illusionné. Vraiment, personne ne le croirait.

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Picude, notre héros

Ceci est l’aventure extraordinaire de Picude, entrepreneur de l’année depuis un quart de siècle à Neymotown, une ville renommée intergalactiquement pour sa croissance économique fabuleuse, qu’aucune crise financière n’est jusqu’ici parvenue à ralentir.

N’essayez pas d’imiter Picude, il a plus de flair que vous en avez, il a plus de flair que tout mon arbre généalogique réuni n’en aura jamais. Qui dit flair dit sentir, aussi, nul ne s’étonne de voir notre héros entreprendre de longs périples dans les quartiers les plus étranges de la ville, le nez en l’air, à l’affût d’une bonne affaire.

Picule est une grosse boule, remplie de ses succès passés et à venir. Il marche lentement, vu sa corpulence et ses courtes pattes. Il saute plus qu’il ne marche, mais personne ne le lui fait remarquer, car cela le met hors de lui. Monter les rues en pente est pénible, on s’en doute, mais il se trouve toujours quelqu’un pour le pousser jusqu’en haut. Descendre, évidemment, est une partie de plaisir. Il se laisse rouler, ce qui lui permet parfois d’atteindre des vitesses folles. Cela a l’inconvénient de tout aplanir sur son passage, mais personne ne lui en tient rigueur. Car Picude c’est Picude, un héros hors pair.

Partout où il apparaît, on l’accueille avec applaudissements et génuflexions, avec de vibrants panégyriques, dont certains sont si bien sentis qu’on les conserve dans les caves voûtées de la Bibliothèque Nationale.

Sauf qu’aujourd’hui, après avoir pénétré dans un quartier de Neymotown où il n’a jamais ni sauté ni roulé, Picude sent que quelque chose ne tourne pas rond. Pas d’applaudissements, pas de génuflexions, des regards menaçants au lieu des panégyriques. Ceux-là, à coup sûr, ne se ramasseront pas à la Bibliothèque Nationale.

Picude s’étonne de la vétusté des vêtements que se portent dans ce quartier, qui tous sentent la sueur et la soupe aux pois.

Ces inquiétantes constatations sont toutefois vite chassées par une odeur infiniment douce, une odeur qui met tout son être en émoi, qui réduit Picude à son nez. Il sent la bonne affaire, et même plus, l’excellente affaire. Toute une rue d’immeubles fort solides font face à la rivière, qui coule dans ses flots entremêlés au bas d’une pente raide. Quelle vue! Quelle aubaine! Ses capacités d’abstractions inégalées lui permettent d’effacer les draps, les pantalons et les culottes qui pendent aux balcons et sur d’innombrables fils, les dizaines d’enfants qui se chamaillent dans les escaliers et jusque dans la rue, les voisins qui se crient des recettes de choux aux choux. Picule parvient à imaginer, en lieu et place de ce décor, de charmants petits appartements garnis de couples, tous mignons, avec de délicieux grands portefeuilles.

Il n’en faut pas plus à Picule pour se décider. Notre héros local, mais d’envergure infinie, achètera, nettoiera, vendra. Plusieurs millions, juste sur cette rue. Picule est jeune, il sent qu’au nombre d’avenues, de rues, d’allées et d’impasses que compte ce quartier, il flânera par ici pour des années encore. D’ici cinq ans, peut-être moins, sa fortune doublera, voire triplera, grâce à cette découverte. Et il sera entrepreneur de l’année pour encore longtemps!

Au moment où il allait rebrousser chemin pour semer ses ordres à ses contremaîtres en rénovation, épuration, éviction, une bande de jeunes, sans égard pour son héroïcité, entreprend de le pousser d’un côté et de l’autre, s’amusant comme avec un ballon surdimensionné. Le jeu attire des curieux, et en un clin d’oeil, deux équipes se forment, on improvise des buts, et Picule roule et rebondit au milieu de la rue, incapable de sortir du mouvement. L’équipe A marque un but, puis l’équipe B en marque deux. Les spectateurs frémissent, parient de petites sommes, et dans la rue, c’est la fête.

Pour Picule, c’est pénible. Tous ces coups, ces roulades, ces bousculades, lui blessent les membres, lui écorchent les mains, font saigner son fameux nez.

Finalement, la partie se termine quand le ballon ne roule plus. L’équipe B l’emporte, quatre contre trois. Bravo, crient les supporters.

Tous se retirent. Ils abandonnent Picule, immobile, entre deux carcasses de voitures rouillées. Picule respire, mais son éclat s’est terni. Passablement.

Linoce, qui passait par là en rentrant de son travail à la buanderie, remarque l’étrange ballon, s’arrête et constate aussitôt que ça vit, que c’est un homme. N’écoutant que sa naïveté, elle le roule jusqu’à son appartement, où pendant trois jours, trois nuits, elle le panse, le soigne, le nourrit. Quand Picule se réveille enfin, reconnaissant, il baise les doigts de la jeune femme. Sauvé, Picule est sauvé!

Revenu à lui et chez lui, l’entrain lui revient, et après avoir acheté tous les immeubles de la rue, dont celui où il a été soigné, il en fait chasser les locataires pour les remplacer par des citoyens générateurs de revenus et de croissance économique exponentielle.

L’année suivante, Neymotown lui décerne le titre d’entrepreneur de l’année.

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Ô ma nature!

Là où je vis, il y a un loup qui hurle du matin au soir, par intermittence. Au début, j’avais peur, surtout pour les enfants. Même si j’en ai plusieurs, je n’aurais pas aimé qu’il m’en prenne un, ou deux. On a beau dire, un enfant, même si ça se fait vite, c’est presque irremplaçable. On s’y attache, que voulez-vous, c’est plus fort que soi.

Alors le loup.

J’ai consulté les voisins, ceux qui vivent ici depuis toujours. Impossible d’en tirer quoi que ce soit. D’abord, ils refusent de me laisser entrer chez eux, je dois leur parler à partir de la rue. Leur crier plutôt, parce qu’à cette distance, il en faut du poumon pour atteindre l’autre. J’ai beau m’égosiller, tenter de les séduire, de me montrer sous mon plus beau jour. Pas facile quand il faut hurler à s’en déchirer la gorge. Surtout quand l’autre ne répond pas. Ceux, les rares qui répondent, le font sans hausser la voix, si bien que je n’entends rien.

Je n’ai rien appris sur le loup.

Il y a bien les marchands. Heureusement les marchands. Pas le boulanger, pas le boucher. Eux, ils sont seuls, ne se sentent pas tenus de parler, d’être gentils. Si vous n’achetez pas chez eux, vous devrez rouler trente-cinq kilomètres jusqu’au prochain village. Par contre, il y a trois marchands de glace, cinq garages, trois salons funéraires. Même si je ne mange pas de glace, j’en achète, et même si ma voiture est en bon état, je la fais vérifier, revérifier, on est jamais trop prudent. Comme je n’ai pas de cadavre à portée de la main, je ne fréquente pas les salons funéraires.

Enfin, le fameux loup.

J’ai pu glaner, entre les glaces et les courroies de transmission, trois informations précieuses. Trois. D’abord, le loup est noir, avec un peu de poil blanc sur le poitrail, ce qui serait rare et signe, folklore local, d’une malédiction. Secondo, le loup n’est pas seul, sauf qu’on ne voit jamais la meute, qui se tient à bonne distance du village. Tertio, le loup n’a jamais ni mangé ni attaqué un villageois. Idem pour son ascendance jusqu’à 1759. Par contre, il semble qu’il attaque régulièrement des citadins. Folklore local ou malin plaisir à m’effrayer?

Évidemment, je me suis empressé de vérifier sur internet. Rien. Le village ne parle pas de son hurleur sur internet. Je n’étais pas rassuré, je commençais à m’inquiéter. Dans ce village, on est lent à sympathiser avec les citadins. Je me demandais, tout bas pour qu’ils ne m’entendent pas, s’ils ne s’en débarrassent pas de temps en temps. En blâmant le loup.

Pauvre loup.

Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé une audience avec le maire, qu’il m’a accordée trois semaines plus tard. Cinq minutes. Il a refusé de parler du loup. Pas dans sa juridiction.

Oh ce loup!

J’ai du mal à me concentrer, j’ai du mal à dormir. Il hurle trop fort, trop souvent. Moi qui croyais que les loups ne hurlaient qu’à la pleine lune, comme dans les contes. Enfin, je n’y croyais pas vraiment, mais tout de même, hurler tous les jours! Faut que sa vie soit d’un ennui! Certaines nuits, quand j’arrive à m’endormir, je rêve qu’il marche sous ma fenêtre, qu’il nous guette, ma famille et moi.

Faim de loup.

Nous avons acheté cette maison d’été, à l’orée des bois, pour profiter du paysage de la montagne. Pour les promenades, les aventures. Nous aurions peut-être dû parler aux locaux avant de signer. On peut toujours revendre. La mer, c’est bien aussi, et il n’y a pas de loups.

Au loup!

Il est devant moi, sur le sentier. Noir. Noir avec du blanc sur le poitrail. C’est bien lui. Pourtant, ce sentier, j’y marche tous les matins avant le réveil des enfants, et je n’ai jamais vu de loup. Ses hurlements montent de bien plus loin, pas ici, juste derrière chez moi. En voilà d’autres. Deux autres, puis encore deux, et encore. Combien sont-ils?

Au loup!

Je me sens con, seul au milieu de cette meute. Sans mon téléphone. J’aurais pu prendre une photo, j’aurais pu appeler au secours. Mais qui? Ces villageois ne se dérangeront pas pour moi. Nous qui songions à nous installer définitivement dans un joli petit village. C’est vrai. Nous travaillons en ligne, essentiellement. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’une connexion à internet et une nourriture de qualité. Et du vin.

Sales loups!

Parlant de nourriture de qualité, ces canins hérissés me semblent intraitables. Ils ont faim, et je suis au menu. Je vais y passer. Vraisemblablement.

À l’aide! Au loup! Au loup!

Ils attendent que je m’affaiblisse! Partons en paix! Ne cédons pas à la panique. Soyons gracieux, dans ces derniers moments. Ô ma nature! Je viens à toi! Je t’ai polluée, oui, mais j’ai beaucoup recyclé! Papier, plastique, bouteilles de vin. Compost aussi! Parfois, pas toujours. Et j’ai fait plein d’enfants. Je ne les compte plus, tellement ils sont nombreux.

Hey, les loups!

Qu’est-ce qui leur prend? Qu’ont-ils à partir en agitant la queue! C’est pas que je tenais à périr, mais pour une fois, j’étais prêt. Total zen!

Les loups?

Qui est ce villageois? Je ne l’ai jamais vu? Tous les loups autour de lui, comme s’il était le chef. Il y avait un film sur ça, que j’ai vu quand j’étais môme. Que me raconte-t-il? Ce sont ses chiens? Des chiens? Quoi? Des alaskan malamute?

Y a pas de loup.

Monsieur, personne ne m’a dit… Je croyais que… Vous avez ri, quand j’ai dit Ô ma nature?

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Du ménage et de la littérature

Deux jeunes femmes, colocataires dans un appartement du centre-ville. Vendredi soir, vingt et une heures trente. Patricia entrebâille la porte de la chambre d’Éléonore.

PATRICIA: Éléonore?

ÉLÉONORE: …

PATRICIA: Éléonore?

ÉLÉONORE: Quoi?

PATRICIA: J’ai envie de danser. D’aller en boîte. Tu m’accompagnes? Pas le goût d’y aller seule.

ÉLÉONORE: Je ne peux pas, je dois faire de la littérature.

PATRICIA: Pas grave, je dois faire du ménage. Dans ma chambre. On termine nos trucs, et on ira après?

ÉLÉONORE: D’accord.

Dans sa chambre, Patricia range les vêtements éparpillés sur sa commode, met de l’ordre dans ses cosmétiques, époussette, même la poussière imaginaire. Patricia adore épousseter. Et passer l’aspi, même s’il n’y a rien à aspirer. Tout cela, sans se presser, lui prend un peu plus d’une heure. Retour devant la porte entrebâillée de la chambre d’Éléonore.

PATRICIA: J’ai terminé mon ménage.

ÉLÉONORE: J’en ai pas fini, avec ma littérature.

PATRICIA: T’as besoin d’aide? Je peux te refiler un coup de main.

ÉLÉONORE: Pourquoi pas. Alors voilà. Il tombe amoureux d’une fille, mais elle lui préfère son hérisson. Il insiste, elle lui tourne le dos, il colle, elle lui botte le derrière, il revient à la charge, et là, je ne sais pas trop ce qu’elle fait.

PATRICIA: Elle va chercher son hérisson, elle le place entre eux deux.

ÉLÉONORE: J’hésite. Je n’aime pas me servir des animaux pour mes expériences.

PATRICIA: C’est un hérisson complaisant.

ÉLÉONORE: Tu crois?

PATRICIA: Tu n’auras qu’à lui inventer une sortie de crise joyeuse.

ÉLÉONORE: Évidemment. Donc, le type se pique sur le hérisson, il hurle de douleur, il s’enfuit en la traitant de folle, de maniaque.

PATRICIA: D’écervelée.

ÉLÉONORE: Elle remercie son hérisson, en lui caressant la tête.

PATRICIA: As-tu pensé ajouter un passage un peu compliqué, quelque chose qui donnera de la profondeur?

ÉLÉONORE: Un peu d’hermétisme, peut-être?

PATRICIA: Les gens adorent. Donc, ton hérisson, il a double usage. Maintenant qu’il a chassé l’intrus, il roule dans tes pensées.

ÉLÉONORE: Il va les transpercer!

PATRICIA: Pourquoi pas. Il les transperce, et les pensées se vident.

ÉLÉONORE: Pas très joyeux comme sortie de crise.

PATRICIA: C’est vrai. Le hérisson transperce les pensées, qui laissent ainsi entrer plus de lumière. Voilà. L’illumination par hérisson.

ÉLÉONORE: Génial.

PATRICIA: Bleue.

ÉLÉONORE: Bleu? Quoi, bleu?

PATRICIA: La lumière, elle est bleue. C’est plus obscur qu’une lumière ordinaire.

ÉLÉONORE: Un œil! La lumière bleue dont la source est un œil. Mais, un œil de quoi?

PATRICIA: De rien. Un œil qui a sa propre vie d’œil.

ÉLÉONORE: En bois.

PATRICIA: Qui chante.

ÉLÉONORE: Je crois que ça y est, maintenant. C’est plus que bon. Merci merci merci. Merci de m’avoir aidé à faire ma littérature. La prochaine fois, c’est moi qui t’aiderai à faire ton ménage.

PATRICIA: Allez! Change-toi en vitesse, et allons danser!

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La Comédie

MANTIE: Si tu me dénonces, je nierai. Je nierai tout.

DISIA: Je ne te dénoncerai pas. 

MANTIE: Ça t’indiffère? Tu crois que ça n’est rien, tu t’en détournes comme d’une banalité, tu iras ton chemin sans arrière-pensée?

DISIA: Tu n’as pas à t’inquiéter. Je suis ton amie, pourquoi irais-je te dénoncer, et à qui?

MANTIE: Mais à tout ce qui écoute, lit, avale! À tous et à tout!

DISIA: Tu dramatises. Gardons notre sang tiède, respirons longuement, et viens avec moi, j’allais faire des courses.

MANTIE: Son sang est froid.

DISIA: Pas encore, mais ça viendra. Allez, viens.

MANTIE: J’en fais quoi?

DISIA: Laisse-le. Il n’a pas besoin de toi. Ni de personne, d’ailleurs.

MANTIE: J’ai peur d’avoir des remords. Je sens que je devrais faire un geste, quelque chose pour me racheter.

DISIA: Tu finiras par te dénoncer toi-même. Tu l’as trucidé parce qu’il ne voulait pas que tu touches à sa Comédie humaine. Le voilà bien mort, tu ne dois pas avoir peur des morts. Ils nous tournent le dos, tous. Alors.

MANTIE: Pourtant, je n’avais pas de haine. On dirait qu’il dort. A-t-il au moins prononcé un mot, un seul mot?

DISIA: Apportons sa Comédie humaine, à nous deux, nous y parviendrons. Ce serait vraiment dommage de la laisser derrière, et là, oui, ça rendrait tout cela modestement absurde.

MANTI: Je n’y avais pas pensé. Voler, une chose que je n’ai jamais faite. Pas même un bonbon.

DISIA: Là c’est différent. La culture, ça ne se vole jamais, ça n’a pas de prix.

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Amoureux

ICALIA: Vous souvenez-vous quand vous étiez amoureux?

ROTRAN: Amoureux, moi? Vous rigolez!

ICALIA: Pourtant, on l’a dit. Il y a des témoignages, des photos, une vidéo, un webinaire, deux blogues, et je ne sais plus combien de tweets.

ROTRAN: Vraiment? Moi qui croyais, enfin, qui étais persuadé. Mémoire, oh mémoire, quand tu nous frappes la tête sur le dash.

ICALIA: Oh le dash! Oh le dash! N’empêche, vous voilà cerné, identifié. Recroquevillé.

ROTRAN: Vous avez des précisions, des informations? Peut-être pourriez-vous me fournir une énumération des objets de cet amour, avec quelques répercussions, car ça n’a certainement pas manqué. Je ne suis pas devin, mais on devine. Non?

ICALIA: L’énumération est courte: c’était Trabriotala. La seule et unique Trabiotala.

ROTRAN: Ce nom ne me revient pas. Cela a dû être fort bref, il y a fort longtemps.

ICALIA: Cela a duré entre deux et cinq ans, il y a de cela dix ans, neuf mois, trois jours. Vous avez effacé, rayé, vraiment c’est une réussite!

ROTRAN: Un succès, semble-t-il. Vous êtes certaine? Oui? Moi qui me gausse depuis des années d’un passé irréprochable, d’une vie exemplaire, propre, claire, et je dirais, car on le dit, limpide. Mais on ne le dira plus. Devant la preuve, je devrai me courber. Avouer? Comment cela serait possible, sans le souvenir?

ICALIA: Du souvenir, je connais un marchand de la rue Desormeaux qui en vend. C’est cher, mais de qualité A-1.

ROTRAN: A-1? Impressionnant.

ICALIA: On y va? Je peux vous y accompagner.

ROTRAN: Non merci. Dorénavant, je ferai preuve d’humilité. Cela je le peux. Je jouerai le rôle à merveille. Mais ne me demandez pas d’en apprendre la genèse, la visqueuse, boueuse et fumeuse réalité.

ICALIA: Pourtant, Trabiotala, ça promet. Ça peut être une illumination.

ROTRAN: Je n’y pressens que soupirs, attentes, frustrations et renoncements. Ça m’anéantirait. Puis, je n’ai pas le temps d’oublier une deuxième fois. Je ne me souviendrai pas. Jamais.

ICALIA: Comme vous voulez. Après tout, comment savoir! La rumeur fait peut-être fausse route. Ça s’est vu.

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Un poème

Filer dans la nuit, dans le désert du Nevada, sans pare-brise. Des fous à moto me poursuivent depuis que je t’ai quitté.

Qui sont-ils? Que me veulent-ils?

J’ai mis tes lunettes, mais ce n’est pas suffisant. Ce vent sur mon front. Ce bourdonnement dans mes oreilles. Je sens ma tête sur le point d’éclater.

Je n’ai pas peur. Je garde mes yeux sur la route, mes mains sur le volant.

La route est déserte. Presque déserte. Nous ne croisons pas plus d’une voiture toutes les demi-heures. Ou plus.

Que me veulent-ils?

Je ferai tout pour survivre à cette nuit. Pas question d’abandonner.

J’ai suffisamment d’essence pour atteindre la ville. J’ignore ce que je ferai une fois sur place. Et eux, quel est leur plan? Vont-ils me tirer dessus? Me laisseront-ils entrer dans la ville?

J’ignorais que j’avais des ennemis. Je me creuse la cervelle, je ne trouve rien.

Je crois que j’ai gagné un peu de terrain sur eux. Dans mon rétro, leurs phares rétrécissent. Combien sont-ils? Trois? Quatre? Peut-être seulement deux.

Si au moins il y avait des flics sur cette route. Ça les exciterait. Excès de vitesse. Gros excès. Mais pas de chance d’en rencontrer un qui ne dorme pas dans cette nuit sans lune.

Zut!

Une crevaison. Pas le moment.

Oh la la. Ça valse. Un coup à droite, un coup à gauche. Me voilà bien enlisé dans le sable.

Vite. Sortir. Courir.

Les voilà. Ils s’arrêtent, inspectent la voiture.

Impossible de se cacher. Courir.

Que font-ils? Ils mettent le feu à la voiture. Ne semblent pas vouloir me poursuivre. Qu’est-ce que c’est?

Ils chantent, ils rient.

Les voilà qui partent. Rebroussent chemin, retournent d’où ils viennent.

C’est peut-être un piège, pas question de revenir vers la route avant le lever du soleil. Ils ont peut-être laissé un des leurs derrière.

Je marche. Toute la nuit, en parallèle avec la route. M’éloigner le plus possible de la voiture, de mes ennemis.

Enfin le soleil. Espérons qu’une voiture s’arrêtera.

Une moto! Oh non!

Rassurons-nous. Certainement pas un de ces types. Ils sont partis, disparus.

Plutôt aimable. Me conduit jusqu’à la ville, jusque chez moi.

Je lui offre un verre, pour le remercier. Frères humains, je crois en vous!

Je lui raconte ma mésaventure, mon pare-brise éclaté par la pierre qu’ils ont lancée, et la poursuite, et l’incendie, et la nuit dans le désert.

Il s’excuse.

Pardon?

Il s’excuse. Son copain, c’est un excentrique. Il avait besoin de ça, cette nuit, pour écrire un poème.

Un poème? C’est quoi cette connerie.

Oui, un poème.

Je lui balance mon verre au visage. Ridicule. J’en oublie de relever son numéro de plaque. Il déguerpit, l’air vraiment désolé.

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S’égoutter

Des amis autour de la piscine. Maillots de bain. Musique. Margueritas.

JASMIN: Je vais pisser.

Un peu éméché, Jasmin monte les cinq marches du balcon, pousse la porte-fenêtre, titube jusqu’aux toilettes. Appuyé sur le mur, il baisse son maillot, qui tombe à ses chevilles. Il ferme les yeux.

Ça coule, longtemps. Jasmin a bu tout l’après-midi. Sensation de libération. Peu à peu, sa vessie reprend des proportions normales, moins douloureuses. Ça coule et ça coule, tellement que Jasmin manque de s’endormir, appuyé au mur.

Puis ça y est. Quelques gouttes, voilà. Remonter le maillot, aller rejoindre les amis. Mais. Évidemment, il en restait encore un peu. Rasant.

Demi-tour, Jasmin s’installe au-dessus de la cuvette. Et ça coule encore. Comme s’il ne l’avait pas fait une première fois. Ça n’en finit plus, il sent que ça va durer.

S’appuie à nouveau sur le mur, échappe son maillot qui tombe à ses chevilles.

Jasmin somnole, bercé par le bruit du flot ininterrompu. Impression de s’affaiblir, immobile devant la cuvette.

À l’extérieur, les amis l’appellent. Jasmin! Jasmin! C’est que ça fait déjà une bonne demi-heure qu’il est parti. On vient même frapper à la porte, mais on n’insiste pas. Il y a une autre toilette à l’étage.

Ça coule, et ça coule encore. Les yeux fermés depuis de longues minutes, souffle régulier, tout porte à croire que Jasmin s’est vraiment endormi. Comment est-ce possible? Dormir debout et uriner en même temps?

Quelqu’un derrière la porte demande si tout va bien. Jasmin grogne, et de l’autre côté, on se satisfait de cette réponse. Une petite voix dit qu’il est sans doute malade, qu’il vaut mieux le laisser.

Le soleil se couche, quelques-uns des amis se rhabillent, rentrent chez eux. D’autres aident à ranger, à nettoyer.

On semble avoir oublié Jasmin. Personne ne vient lui demander si ça va. On peut l’entendre uriner.

Appuyé au mur, Jasmin ronfle. Voilà quelques heures qu’il est là, à laisser ce flot continu quitter son corps.

Vers minuit, tout le monde est parti. Sean et Hugues, les hôtes, s’apprêtent à se coucher. Dernière vérification à la porte des toilettes. Trois petits coups. Jasmin? Pas de réponse. Sean colle son oreille contre la porte. Silence. Ça ne coule plus.

Inquiets, Sean et Hugues ouvrent la porte avec un tournevis.

Cri d’horreur.

Appuyé sur le mur, un squelette à peine humide, un maillot à ses chevilles.

Comment est-ce possible? Comment peut-on uriner au point de se vider de tout?

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Carla et Rosario

CARLA: Monsieur l’inspecteur, la situation est corrélativement simple, et vous comprendrez tout dans quelques minutes, si vous me laissez le temps de produire devant vous l’essentiel de l’imbroglio dans lequel je me suis enfoncée bien malgré moi, soyez-en certain, car qui souhaiterait se débattre dans cette soupe sans pouvoir en tirer le moindre bénéfice, la moindre petite douceur, pas même une once d’affection, encore moins d’amour, puisque tout est là, tout sera dit, dans ma quête frénétique mais raisonnable pour un grand amour teinté de passion, flammes, larmes, cris, j’avais décidé de sauter dans ma voiture et de rouler sans m’arrêter, pas même au feu de circulation, à l’intersection de ma rue et du boulevard, je l’avoue, pour me rendre au plus vite chez Rosario, le Rosario que je n’avais jamais vu, certes, mais qui accompagnait chacun de ses messages d’une photo, vingt-sept ans, athlétique, poétique, diabolique, et souvent torse nu, quoique ces images ne m’émouvaient pas, je veux dire, pas à elles seules mais accessoirement parce qu’elles accompagnaient des mots d’amours d’une franchise et d’une limpidité que je n’aurais jamais imaginées chez un homme et cela, si vous les aviez lues vous comprendriez, mais qu’est-ce que je dis, bien sûr vous les avez lues, vous ne faites que ça, fouiner dans les intimités, farfouiller avec votre joli museau blasé, donc vous voyez que ce n’était pas que les photos, c’était un ensemble, tout de lui avait fini par former une existence dont chacune des fibres participait de son essence, en sorte qu’il devenait impossible d’en soustraire une seule sans provoquer l’écroulement général, alors quand il m’a donné rendez-vous devant le théâtre de marionnettes du parc Richetrou, après plus de trois mois d’échanges en ligne, je palpitais, vous savez, le coeur, les poumons, la rate et tout parce que, comme dans toutes les transmutations, un doute persiste, s’installe malgré soi et c’est la raison pour laquelle j’ai combattu si ardemment ce sentiment, pour l’effacer, le terrasser afin d’arriver à lui dans un état de grâce exactement semblable à celui qui nous liait internettement, pour ne rien gâcher, pour ne pas avilir par mes faiblesses une communion si fine, si profonde et sincère qui, de cela je peux en être fière, je suis parvenue à maintenir intacte en conduisant peut-être un peu trop vite, je le concède, vous me direz combien je vous dois, mais tout de même prudemment, si j’en juge par l’absence d’accident dans mon sillage, à part la vieille clôture que j’ai emboutie en me garant devant chez lui, par mégarde, parce que ça n’avait pas d’importance, parce que c’était dans un monde que je quittais et que je ne reverrais jamais, à tel point que j’ai laissé les clefs dans le contact, prête à m’envoler, vaporeuse, et quand j’ai frappé chez lui il n’y avait devant sa porte qu’une âme illuminée, une femme cosmique qui s’apprêtait à vivre une fusion nucléaire, si bien que lorsque la porte s’est ouverte, j’ai senti une immense chaleur m’envahir, me brûler des pieds à la tête, et pendant une fraction de seconde je croyais réallement que je me consumait, là debout sur ce seuil inconnu, mais patemment ça ne s’est pas produit puisque dans la fraction de seconde qui a succédé, je me frigorifiais sur place, le visage levé sur un homme d’une cinquantaine d’années, bel homme comme on dit, pour son âge, mais bedonnant, mi-chauve, nez fatigué, l’oeil papelard, qui s’est mis à parler, un jargon d’où je ne distinguais que de rares mots comme ben belle et plusieurs autres de la même tournure, ce qui m’a fait réaliser que j’avais en face de moi non pas un domestique, un frère ou un père, mais l’homme en chair et en paroles, Rosario lui-même, imposteur, fumiste et déprédateur qui aurait mérité que je le fusille sur le champ, si j’avais eu un fusil, pour m’avoir rejeté dans l’étang de boue d’où je croyais m’être extirpée depuis trois mois déjà, aussi, vous remarquerez que ma réaction a été toute en retenue, et s’il n’avait pas insisté pour m’aider à dégager ma voiture prise dans la clôture, je ne serais pas ici, mais il ne me lâchait pas, et tout en poussant il me baragouinait toujours la même pâtée, d’où se dégageaient encore des ben belle et des amour, ce qui devait correspondre à sa façon de me faire la cour, ou peut-être, plus prosaïquement, à me convaincre de lui faire une pipe, et ça n’arrêtait pas, sa voix grasse et sourde qui m’étouffait, qui me faisait monter la nausée jusqu’à ce que je doive me fermer les yeux et les oreilles pour reprendre des forces, déterminée à sauter de ma voiture et à m’enfuir le plus loin que je pourrais de ce monstre, mais quand j’ai rouvert les yeux, je n’ai d’abord vu que sa grosse tête dégarnie appuyée sur le capot, puis son ventre, et derrière, le mur de sa maison où, mais à ce moment-là je ne m’en étais pas encore rendu compte, ma voiture l’avait écrasé bien malgré moi, car je le répète, fuir m’aurait suffi, mais à cet instant précis, celui où mon pied est tombé malgré moi sur l’accélérateur, je tentais de reprendre mes sens, et si j’ai couru ensuite, ce n’était pas par culpabilité mais simplement pour ne pas m’anéantir, pour ne pas sombrer avec lui, ma tête près de la sienne sur le capot, unis dans le même cloaque à respirer les même relents d’ordures, parce que je ne savais pas qu’il avait, ou qu’il allait, trépasser, parce qu’il l’est bien, du moins c’est ce que j’en déduis à cause de votre tête, qui est mieux que la sienne, rassurez-vous.

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Il y a une solution à tout

Échange de messages dans un groupe de discussion. Léa, Méo, Mae et Léo.

LÉO: C’est embêtant. Nous partons en vacances demain. Tous les bagages sont dans le camping-car. Et les jeux des enfants. Et les bicyclettes. Et le vin.

MÉO: Tout de même. C’est ton père. Ça comporte des corvées.

MAE: Et toi Méo? C’est ton frère, non? Ça comporte quoi, dans ton cas?

MÉO: Je te rappelle que je suis à Sydney, Australia, ma belle. Toi qui ne travailles pas, tu as tout ton temps.

MAE: Moi, c’est impossible. En ce moment, un raz-de-marée roule sur mon existence!

LÉA: Mae? C’est l’amour?

MAE: Fou! Oui oui. Fou fou! Délié, illimité, affiné.

LÉO: Troisième cette année? Ou quatrième?

LÉA: Léo!

MÉO: L’amour, ça n’empêche rien. Tu peux t’occuper des funérailles.

MAE: Nous nous écrivons toutes les heures! Nous serons ensemble ce soir, demain soir. Mon esprit possédé. Je voudrais bien, mais j’en serais incapable. Inepte.

LÉO: Ça pourrait être une belle façon de faire connaissance, préparer des petites funérailles ensemble. Main dans la main, choisir un cercueil, organiser une exposition du cadavre, et finir le tout par un feu de joie!

LÉA: Léo, tu exagères! Ta soeur a peut-être trouvé le bonheur, tu ne vas pas tout lui gâcher!

LÉO: Mais toi Léa, c’était ton mari, la corvée, c’est pas plutôt à toi qu’elle reviendrait?

LÉA: Il a été mon mari pendant sept ans, mais dans la dernière année, tu le sais bien, il me trompait. Ouvertement. Au vu et au su de toute la ville. Alors.

MÉO: Il s’en vantait. C’est bien mon frère.

MAE: Faut le faire congeler. On s’en occupera quand on pourra.

LÉO: J’ai vérifié. Impossible. Ils peuvent le garder au frais pour quelques jours, mais le congeler, ils ne peuvent pas.

LÉA: Légalement, le congeler nous-mêmes, ça poserait un problème, je crois. Les gens, ils n’ont pas le droit de garder des cadavres chez eux, ad vitam aeternam.

MÉO: Sans compter que s’il y a panne d’électricité, ça risque de sentir mauvais. Et qui voudrait avoir un corps en décomposition dans son sous-sol?

LÉO: J’ai pas de congélateur.

MAE: J’en ai un, mais il est rempli de brocoli congelé. Mettre de la chair par-dessus, non merci. Ça corromprait. Et puis, je suis végétarienne.

LÉO: Personne ne te demande de le manger.

MAE: Idiot!

LÉA: Caser un cadavre entre les fruits congelés et le saumon fumé, ça ne se fait pas.

MÉO: Alors, vous n’avez pas le choix. Il vous faudra bien les faire, ces funérailles! Vous prenez le premier cercueil venu, une p’tite soirée, une p’tite cérémonie, deux ou trois mots et hop dans le four. Pas besoin d’attendre les cendres. Ils en disposeront. Au rebut!

LÉO: Tu peux bien parler, toi tu t’en fous, dans ton Australie lointaine! Tu n’auras pas à lever le petit doigt! On te reconnaît, toujours absent quand la famille a besoin.

MÉO: Je paierai le cercueil, si ça peut vous consoler.
LÉA: Tant qu’à payer, pourquoi ne pas embaucher quelqu’un pour s’occuper du cadavre? Cercueil, salon funéraire, incinération. Deux ou trois personnes.

LÉO: Des acteurs, en somme. Pour jouer notre rôle.

MAE: C’est une excellente idée! Ils joueront bien mieux que nous. Je suis certaine qu’à l’École de théâtre, nous pourrions en trouver quelques-uns. Ça leur fera un peu de sous pour payer leurs études.

MÉO: Ça existe, un service comme celui-là? Ça se fait?

LÉA: Tout peut se faire, du moment qu’on le décide.

MAE: Alors c’est décidé.

LÉO: On peut tout faire en ligne?

LÉA: Je publie une annonce ce soir, et j’en suis certaine, on y répondra tout de suite. Nous diviserons les frais après.

LÉO: D’accord.

MÉO: Au salaire minimum. Faudrait pas exagérer.

LÉO: Ça va de soi.

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