Les satanés paresseux

Je suis paresseux. Alors, lorsque je crois un type paresseux, je le fusille du regard, et s’il n’est pas vexé, je le fusille du fusil. Je ne supporte pas les paresseux.

FERNO: Mais faut te contenir, mon cher. Vous vous entretuerez!

Heureusement, nous ne sommes pas nombreux. Il suffit de ne pas fréquenter les lieux où pullulent ces incapables. Facile. Il suffit de ne pas être là où je suis. Aussi, lorsque je suis quelque part, je pars. Ça limite les conflits, la tuerie, et je peux vivre une vie comme jamais on ne pouvait espérer en vivre une.

FERNO: Moi, j’ai faim.

Mangeons, buvons. Laissons ma voisine à ses profondes pensées. Elle écoute aux portes, et chaque fois, vraiment chaque fois, elle fabrique un sens profond à ce qu’elle entend. Ma voisine, elle est si! Si! Oh oui.

Avoir peur de Roland

Finalement, il n’y avait pas tant à dire, encore moins à écrire. Les portes de la grange étaient toutes ouvertes, tout le village aurait pu assister au meurtre, les coups de couteau d’abord, le lancer de la hache ensuite, la grande finale avec la fourche. Ça se voyait de loin, ça s’entendait d’encore plus loin encore, même si au premier abord il était difficile de reconnaître les acteurs de ce drame. Mais en s’approchant, en observant, on pouvait rapidement conclure qu’il s’agissait de Roland, le palefrenier, et de Sébastien, le facteur. Sébastien étant celui qui succombait, Roland celui qui frappait.

Quand le maire est arrivé, il a conclu que c’était clair, qu’il n’y avait pas à tergiverser, emprisonnement pour Roland, enterrement pour Sébastien, et que la vie continue.

Ce n’est que plus tard, bien plus tard, que les choses se sont embrouillées. Ceux qui n’avaient pas osé parler parlaient, ceux qui ne se souvenaient pas racontaient, ceux qui aimaient parler inventaient, de sorte qu’on a fini par se demander si c’était bien Sébastien, le macchabée, et Roland, le prisonnier. On a déterré Sébastien, mais impossible de trouver Roland. Contre toute attente, il s’était évadé, et personne ne s’en était rendu compte.

Depuis, tout le village a peur de Roland le revenant. Même s’il n’est jamais revenu au village, même s’il a fui à l’étranger, et qu’il vit heureux en Tasmanie, avec des gens qu’il aime, des enfants qu’il nourrit, une pelouse qu’il tond et des cheveux qui grisonnent.

Mais au village! Chacun jure l’avoir rencontré au bout du champ des Charpentier, ou au détour d’un chemin forestier, ou flottant la nuit au-dessus de la rivière.

L’amour sous-marin

Aujourd’hui, exception à la règle, nous rapportons, des grottes sous-marines de la côte Atlantique, une histoire d’amour.

Avant de plonger, ils ne se connaissaient pas. Des inconnus, des étrangers.

Plouf.

Éclat dans les yeux, derrière l’ovale des masques.

Ils ont trouvé le secret de la vie dans la grotte. Tant mieux pour eux. Personne ne les dérangera, personne ne viendra leur vendre des aspirateurs ou des encyclopédies.

Ou une voiture électrique.

Là-haut, on s’est inquiété, affairé, attristé.

S’ils vivent encore?

Faudrait aller voir. Mais qui oserait? Et comment retrouver ces grottes? C’est pas moi qui vous indiquerai le chemin.

Quand on s’en fout, on s’en fout

Je collectionnais des dés. Vous savez, des dés à jouer. J’en avais de tous les pays, de toutes les couleurs, des avec les coins arrondis, des avec les coins droits, des avec les coins coupés. Des petits dés, des grands dés, des dés miniatures, des dés si grands qu’on peut s’y asseoir. Dans le Cercle international des collectionneurs de dés, j’étais une personnalité. Vice-président de la section nord-américaine, division de l’est. J’en étais fier, car ça m’a pris des années pour parvenir à ce sommet. Des années, beaucoup de travail, énormément de recherche, et des investissements qui vous feraient frémir, si je les révélais. Je ne le ferai pas, j’en ai honte, depuis que j’ai fait les comptes, depuis que je ne suis plus collectionneur. Parce qu’un jour, le choc. J’ai percuté la muraille de Chine, le mur de Berlin. Est-ce parce que mon chien m’a laissé? Parce que je me suis mis à écouter aux portes? Du jour au lendemain, perte totale de toutes mes illusions. Des illusions qui n’en étaient pas jusque là, on s’entend, puisque des illusions ne sont des illusions qu’à partir du moment où on se rend compte que ce sont des illusions. Désillusionné donc. Totalement. Je me suis, disais-je, du jour au lendemain, aperçu que la majorité des humains n’avait rien à cirer des dés. Indifférence totale. Vice-président de la section nord-américaine, division de l’est, du Cercle international des collectionneurs de dés? Ils ne connaissent pas. Ils ne veulent pas connaître. J’ai pensé mourir. Que faire de ma vie? Où trouver un sens? Heureusement, ma voisine m’a traîné chez une psy, qui m’a aidé à découvrir mes aspirations profondes. Manger du chocolat, faire de la bicyclette, écouter des séries en boucle à la télé. Vous riez? Vous souriez? Ma psy m’a dit que des gens riraient, que des gens souriraient. Je ne vous écoute pas, je ne prête l’oreille qu’à mes aspirations profondes. Nous sommes ce que nous sommes, en somme. Sans me donner de nom, secret professionnel, ma psy m’a révélé qu’un écrivain avait vécu le même drame que moi, une semaine précisément avant moi. Ce doit être la saison. Ce type-là, un beau matin vers neuf heures trente, s’est rendu compte que la majorité des humains n’avait rien à cirer des livres. Indifférence totale.

Celui qui marche encore

Sont-ce des rhumatismes, ou simplement le poids de mes valises? Mes genoux me font affreusement souffrir, si je le pouvais, je m’enfoncerais dans un lit de fougères, je m’abandonnerais au chant du rossignol, je m’endormirais pour peut-être, enfin, me reposer. Mais je dois continuer sur ce chemin. Me traîner jusqu’au prochain village, puis au prochain, et encore au prochain. Toujours un autre village, ils en ont semé à l’infini!

Ils sont tous morts, ceux qui vivaient là-bas. Tellement morts, que je m’étonne de bouger encore, d’avoir encore la force de soulever ces pieds.

Depuis mon départ, je me répète que ça n’a aucun sens. Pendant que je marche, des bêtes se chassent et se dévorent, juste là, à côté, dans la forêt. Des hommes partent à la guerre. Des enfants brisent des carreaux avec leurs balles. Des voiles s’envolent derrière de jolies femmes. Des volcans. Des rivières. Des secousses innombrables, partout.

Vivre dans tout cela. Avoir l’impression d’en être, membre du club de ce qui remue, se démène, vaque à ses affaires, s’ennuie.

Voilà un autre village. Je leur serrerai la main, je danserai, et je poursuivrai mon chemin. Ils sauront, pendant qu’ils boivent, que je marche encore.

La ballade de Stan et Roger

Il est arrivé avec un sac rempli d’argent, je lui ait dit tu l’as volé, il a juré que non, qu’est-ce que je m’en fous, c’est ce que je lui ai répondu, buvons légèrement et décollons, nous n’avons pas fait long avant de nous perdre, quand nous partons ensemble, c’est inévitable, pas de chance, nous voilà, deux tartes en pleine forêt, qu’avions-nous à nous fourrer là, il y a eu la nuit, il n’y a pas eu la lune, il y a eu les moustiques, des millions de moustiques intraitables, nous avons bien essayé d’acheter la paix, avec ce sac rempli de billets nous nous disions, mais ces moustiques-là étaient intraitables, pas moyen de dialoguer, alors pour limiter les dégâts, nous avons marché toute la nuit, forcément nous nous sommes perdus davantage, si c’est possible, au petit matin des chasseurs, nous avons chanté en les voyant, ils nous ont volé vêtements, papiers et chaussures, mais pas le sac de fric, nous l’avions dissimulé sous des feuilles dès que nous les avons aperçus, sauf que là, à poil et toujours perdus, la nature se montrait acariatre, mais il y avait de l’espoir, nous étions près de quelque chose, vu les chasseurs, nous les avons suivi de loin, patients, égratignés par les brouissailles, les branches d’épinette, ils tournaient en rond, nous avons failli les perdre de vue plusieurs fois, nous n’osions pas approcher, vu les fusils, ils ont fini par nous conduire à un village, nous nous croyions sauvés, le maire qui nous a offert de nous conduire à la ville, oui merci, peu nous importe la ville, nous voilà sur la route, nous avions acheté de vieilles fringues, l’air de vagabonds, sauf que ce n’est pas à la ville qu’il nous a fait descendre, c’était un désert, pas de chance, comment est-ce possible que nous n’ayons jamais vu cet endroit, j’ignorais qu’il y avait un désert dans le coin, nous avons décidé de faire du stop, mais comme il n’y avait pas de voitures, nous n’avions pas trop le choix, nous avons marché le long de la route, et je me demandais si nous allions mourir ou si nous aboutirions quelque part, et je me le demande encore, et j’avoue, ma foi, que je n’en sais rien, sauf que je me fatigue, oui, j’ai faim, j’ai soif, j’ai surtout soif, j’ai hystériquement soif, et tout cela me fatigue.

La morale y’a qu’ça!

CAROLE: J’aimerais que tu m’écrives une histoire avec une morale positive, quelque chose qui sent le froment, l’avoine, le foin et le patrimoine.

JEANNE: Misère, ma toute belle! Tu m’écorches les oreilles. Je ne goûte pas, au petit matin, des apparitions à chaque tournant, au creux de chaque vallon!

CAROLE: Pourtant, tu pourrais entonner de ces pensées inspirantes, celles qu’on peut imprimer sur des t-shirts, des porte-crayons, des cubes et des pierres!

JEANNE: À d’autres ces vices grossiers!

CAROLE: Tu te dépouilles de tes vraies richesses, ma vieille. La morale, y a que ça.

JEANNE: Mon zèle redoutable se tarit dans la pestilence et l’élasticité de la jeunesse.

CAROLE: Jeunesse! Tu la flétris par tes inclinations, ton refus de la vocation.

JEANNE: Fléaux, petits tas d’afflictions, monticule d’amertume.

CAROLE: Tu délires. Devrais-je sévir, ou m’apitoyer?

JEANNE: Croque des notes, ravissante phosphorescente au charme bien profond, tu compromets le triste assemblage de vilenies qui panse la virile parole.

CAROLE: Sans morale, on ne te souffrira plus!

Traitement en cours…
Terminé ! Vous figurez dans la liste.

On ne rigole pas avec Madame de La Mauricie, qu’on se le tienne pour dit

Boris entre à la librairie du square des Trois-Ruisseaux. C’est samedi matin. Boris porte un corduroy, un pull bleu nuit, des mocassins.

BORIS: Tiens, on en vend encore!

Il tourne un carrousel bien garni de cartes postales, comme jadis, au temps où les gens s’écrivaient encore. Excité par sa découverte, il en choisit une vingtaine, qu’il s’apprête à payer.

BORIS: Je ne connais pas autant de gens! C’est ridicule.

Il se raisonne, et remet les cartes postales sur le carrousel. Il en garde cependant une, qui représente le square des Trois-Ruisseaux, au milieu duquel, sur un banc blanc, une dame au large chapeau garni de fleurs et de papillons, lit un livre.

BORIS: Je l’enverrai à Nina.

Muni de sa carte, sourire ravi, Boris s’avance jusqu’au comptoir. Sur le carrousel, on indique que les cartes postales se vendent un dollar.

Il n’y a personne derrière le comptoir. Boris attend, car Boris est patient. Il l’a toujours été, il l’est partout, dans le trafic, au boulot, avec ses voisins. Personne ne vient.

Faute de mieux, Boris vérifie dans toutes les allées de la librairie, il ose même ouvrir la porte des wc, en vain. Nulle trace du libraire, nulle trace du moindre commis.

BORIS: Il y a quelqu’un?

Boris répète sa question, en haussant le ton à chaque fois. On ne lui répond pas. Comme il s’agit d’un cas de force majeure, il pousse la porte de l’arrière boutique, seul endroit où il n’a pas mis le nez. Personne. L’espace, vaste et propre, est vide.

Troublé, Boris revient au comptoir, sort deux dollars de son porte-monnaie, les pose près de la caisse enregistreuse. Sur un bout de papier, il écrit pour une carte postale, il n’y avait personne dans la librairie, Boris.

Boris part avec sa carte postale, s’arrête dans un café, écrit quelques mots à Nina, dessine une fleur, sort et la poste.

Sitôt rentré chez lui, il n’a pas le temps d’enlever ses mocassins qu’on frappe à la porte. La police.

BORIS: Je peux vous aider?

Deux policiers lui passent les menottes, lui lisent ses droits constitutionnels, ses droits personnels, ses droits criminels et compassionnels, et le poussent dans un fourgon cellulaire.
Le fourgon roule toute la nuit. Au petit matin, c’est un Boris endormi que de nouveaux policiers escortent jusqu’à une prison à sécurité maximum, qui ressemble à un château hollandais du XVIIIe siècle. Émerveillé, Boris oublie qu’il est entre les mains de la Justice.

Son oubli est de courte durée. Dès qu’il est poussé dans la salle d’interrogation, il comprend que sa situation est précaire.

Un inspecteur lui caresse les cheveux, pendant que l’autre lui frappe les cuisses de sa matraque en béton armé recouverte d’un plastique très dur, rose. Tous deux répètent le même mot, pendant cinq heures, avoue, sur différents tons, parfois même en imitant des bruits d’animaux.

Boris veut avouer. Mais il ignore ce qu’ils aimeraient qu’il avoue. Chaque fois qu’il pose la question, on lui répète, avoue, sans autres explications.

Alors Boris se recueille, et décide de tout avouer, comme les gens faisaient il y a quelques siècles, à la confesse.

BORIS: J’ai brûlé un feu rouge mais il était quatre heures du matin et il n’y avait pas une voiture et je me rendais aux urgences avec maman qui avait un malaise, j’ai roulé à soixante-cinq dans une zone de soixante, je n’ai pas déclaré à l’impôt cent dollars que j’ai gagné au bingo, je n’ai pas dit à Nina que j’étais vierge, j’ai dit à mon propriétaire que j’aimais son chat alors que c’est faux parce que son chat est affreux il a la face plate et il s’appelle Roger, j’ai dit au marchand d’aspirateurs que je n’avais pas besoin d’aspirateurs alors que j’en ai besoin mais je n’ai tout simplement pas les moyens de m’en payer un, à trois reprises j’ai quitté le travail quinze minutes plus tôt au cours de la dernière année, je ne mange jamais d’épinards même si je dis le contraire à maman.

Pour toute réponse, les inspecteurs ont, le premier, chantonné, avoue, le deuxième, hurlé, avoue

Boris a avoué qu’il ne savait plus ce qu’il devait avouer.

Vingt-neuf jours plus tard, on a sorti Boris de sa cellule pour le conduire devant le juge.

JUGE: Alors, vous refusez d’avouer.

BORIS: Au contraire, j’avoue tout!

JUGE: Très bien. Avouez dans les normes.

Boris, incertain, a repris ses aveux pour le feu rouge brûlé, l’excès de vitesse, tous ses aveux, jusqu’aux épinards. Imperturbable, le juge a tout noté, jusqu’à la fin. Boris a bien cru que cette fois, ça y était, son cas serait réglé une fois pour toute, il pourrait reprendre sa vie, revoir Nina, à qui il n’avait pu donner de ses nouvelles depuis vingt-neuf jours.

Sauf qu’il était loin d’être au bout de ses surprises.

JUGE: Vous vous êtes moqué de la Cour. Ce sont, Monsieur, des outrages au Tribunal dont vous venez de vous rendre coupable. Chaque faux aveu est un outrage, et pour chaque outrage, vous êtes condamné à un an de détention. Laissez-moi calculer. Voilà. Nous en sommes à huit années. Maintenant, venons-en au principal chef d’accusation. Donc, Monsieur, vous refusez d’avouer. Ce refus de coopérer avec la Justice constituera un facteur aggravant lorsque je déterminerai votre peine.

Le juge se mit à lire une pile de documents, qui au total devaient contenir au moins neuf cent quatre-vingt-dix-sept pages. La lecture a duré trois jours. Boris s’était alternativement endormi, réveillé, endormi, réveillé. Finalement, le juge a relevé le front, a longuement considéré Boris, a grimacé.

JUGE: Résumons. Vous vous êtes accaparé d’une carte postale. Voilà le cœur du délit.

BORIS: Le cœur?

JUGE: Le cœur.

BORIS: J’ai pourtant laissé deux dollars pour une carte postale qui en valait un. Cela est suffisant pour payer les taxes et autres frais. Peut-être n’a-t-on pas trouvé les deux dollars? Je puis en donner deux autres, et même davantage.

JUGE: Outrage au tribunal! Un an de plus.

BORIS: Monsieur le juge!

JUGE: Vous avez subtilisé une carte postale, ce qui est un crime en soi, mais surtout, vous vous êtes frauduleusement emparé de la photographie de Madame de La Mauricie. Ce crime est du même ordre que si vous l’aviez torturée de vos mains, ou si vous lui aviez volé son imagination. Monsieur, vous savez que la loi interdit d’acheter des photographies où est représentée Madame de La Mauricie.

BORIS: Mais on les vend!

JUGE: On a le droit de les vendre, insolent, mais il est strictement interdit de les acheter! Vous vous êtes infiltré dans la librairie au moment où le libraire était sorti pour commettre votre crime.

BORIS: Si j’avais su, j’en aurais choisi une autre. J’ai pourtant attendu le libraire. Il m’aurait avisé que je ne pouvais pas acheter cette carte-là, et nous n’en serions pas là.

Le juge, rouge de colère, frappe son bureau du poing.

JUGE: Vous bafouez la loi! Outrage au tribunal! Un an de plus! Vous savez bien que le libraire vous l’aurait vendue, puisqu’il en a le droit! Effronté! Il vous l’aurait vendue, mais vous, Monsieur, vous n’aviez, n’avez, n’aurez, pas le droit de l’acheter. Ce refus d’admettre votre responsabilité constituera un second facteur aggravant.

BORIS: Je vous la rendrais, la carte, mais je l’ai déjà postée.

JUGE: Taisez-vous! Laissez-moi calculer votre sentence.

Le juge griffonne des chiffres sur une feuille à en-tête de la Justice. Il additionne, multiplie, divise, soustrait, multiplie à nouveau. En sueur, il lève la main.

JUGE: Monsieur, levez-vous.

Boris, faible, étourdi, se lève. Il ne peut réfréner un tremblement dans la jambe gauche.

JUGE: Vous êtes coupable d’achat d’une photographie de Madame de La Mauricie. Dix ans de pénitencier fermes. Deux facteurs aggravants. Cinq ans. Dix outrages. Dix ans. Total: vingt-cinq ans. Est-ce que le condamné veut s’adresser à la Cour, avant d’entamer son lent pourrissement dans notre geôle nationale?

Boris, toujours debout, mais avec grand peine, relève la tête.

BORIS: Pouvez-vous dire à Nina que je l’aime, mais dites-lui de ne pas m’attendre, parce que dans vingt-cinq ans, je serai tout ridé, et comme son voisin lui a déjà fait deux ou trois bébés, aussi bien continuer.

Traitement en cours…
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Jan découvre le monde et ne s’en remet pas

GOU: Jan a enterré son meilleur ami, et depuis, il en veut au ciel, parce que ce jour-là, il faisait beau, les oiseaux chantaient, tout resplendissait. Il aurait aimé un ciel d’orage, des tourbillons de vent comme dans les films. Au moins, une petite pluie. Les éléments n’en avaient rien à cirer de la mise au trou du quidam. Mais cela, il ne l’a jamais pardonné. Alors, depuis ce triste jour, il refuse de sortir de chez lui lorsqu’il fait beau, et court sur la tombe de son ami chaque fois que l’orage gronde à l’horizon.

TOL: C’est vrai que se faire enterrer quand le soleil brille, c’est insultant.

FOB: Quand les autos roulent encore.

BAW: Quand les usines tournent.

NUG: Quand les étudiants étudient.

POK: Quand les joueurs jouent.

SUZ: Quand les danseurs dansent.

Traitement en cours…
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