Lettres d’amour

Ma mère est morte. Enfin. Elle m’était morte depuis longtemps. J’avais dix-sept ans lorsqu’elle a oublié que j’existais. Je n’ai pas insisté, je suis partie l’année suivante. J’ignore pourquoi on s’est donné tout ce mal pour me retrouver, pour m’annoncer son trépas, pour me pousser dans sa maison à la recherche de je ne sais quoi. Si au moins elle m’avait laissé un peu de fric, mais non. Elle était fauchée. De quoi pouvait-elle vivre? Sa maison, sa voiture, ses meubles, tout cela n’est pas même suffisant pour couvrir ses dettes. Je n’aurai rien d’elle. On me permet de fouiller un peu, de ramener des souvenirs sans valeur. Pas une photo de moi sur les murs, sur les meubles. Je suis absente, autant qu’elle l’est chez moi. Sur l’étagère dans ma chambre d’adolescente, j’ai trouvé sept paquets de lettres. Sept. Enrubannée du même ruban rouge. Je les ai lues, par curiosité et pas parce que c’est ma mère. Sept hommes différents les lui ont écrites. Étonnamment, elle semble avoir répété la même histoire avec chacun de ces sept hommes. Exactement la même histoire. C’est débile, complètement fou. Ma mère était folle. Au début, ce sont des lettres d’amour, ou plutôt, de passion, de déraison, de promesses fantasques, et c’est tellement gros que c’en est drôle. Après quelques semaines ou quelques mois, ça varie, le ton se calme, l’amour devient domestique et s’éloigne de plus en plus du présent pour s’accrocher à un avenir incertain. Projets de vie ensemble, rêves de voyages, de mariage. Puis ça se dégrade. Évidemment, avec ma mère, ça ne peut pas durer. Lettres de reproches, de querelles et de réconciliations, on voit que les bonshommes s’enfoncent. Ça ne remonte jamais. Fini l’amour, oubliée la passion, les dernières lettres sont bourrées de menaces, dans tous les cas, des pages et des pages de menaces, menace de séparation, menace de violences, menace de mort. Pourquoi a-t-elle conservé ces lettres, surtout les plus sinistres d’entre elles, comme si c’était des bijoux de famille, de ces souvenirs qu’on exhibe les soirs d’hiver pour se laisser bercer par la nostalgie? Tous ces hommes qui l’ont aimée à s’en arracher les cheveux, et qui ont fini par la détester comme la pire des harpies! Je ne saurai jamais qui sont ces hommes, je ne saurai jamais ce que ma mère leur a répondu. Tant d’amour et de haine, c’est indécent. À la poubelle, ces lettres! Ou mieux, au feu! Des lettres comme celles-là, il faut les brûler. Ou peut-être, encore mieux, devrais-je les garder, oui c’est ça, les conserver chez moi, les montrer, comme si elles m’étaient adressées, à mes amies qui me reprochent de n’aimer personne. Ça me fera une fausse vie qu’ils trouveront passionnante, et ce sera vraiment drôle, vraiment très très drôle. Absurde, certes, mais tellement drôle.

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Trois kilomètres

ETHAN: Je me demande si ça vaut le coup de payer presque le double du prix pour un vélo tout en carbone. Un vélo avec un cadre en alu et des roues en carbone, ça ne me donnera pas plus de vitesse?

MARIO: Pourquoi pas un vélo en carbone avec des roues en carbone? C’est la meilleure solution. Simple.

ETHAN: C’est le prix. Je n’ai pas les moyens.

MARIO: Quelques milliers de dollars de plus, mais crois-moi, tu ne le regretteras pas.

ETHAN: Eh!

MARIO: Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?

ETHAN: Tu n’as pas entendu? On dirait une balle, juste là, qui a sifflé à nos oreilles!

MARIO: Ça arrive. Mais pour le vélo, si tu n’as pas…

ETHAN: Ça arrive! Mais c’est dangereux! Courons nous mettre à l’abri!

MARIO: Les balles, elles vont où ça leur chante. Il n’y a pas d’abri. Donc, je disais que si tu n’a pas les moyens…

ETHAN: Comment ça, pas d’abri? Appelons la police! Les services d’urgence!

MARIO: Inutile. Ça ne vient pas d’ici. Laisse tomber. Pour le vélo…

ETHAN: Mais ça vient d’où? Aye! Encore une balle! Regarde, elle a brisé la branche de ce rosier!

MARIO: Ça vient de la guerre. Quand deux pays sont en guerre, il y a des coups de feu de part et d’autre. C’est la règle.

ETHAN: Mais nous ne sommes pas en guerre!

MARIO: Pas nous. Mais il s’en trouve toujours qui le sont. Ne t’en fais pas. Le vélo, si tu économises, disons que tu te donnes six mois, ou même un an…

ETHAN: C’est ridicule ce que tu dis. Si d’autres pays se font la guerre, il n’y a pas de raison que leurs balles nous frôlent!

MARIO: Oh, tu sais, de nos jours, les fusils d’assaut ont une portée impressionnante. Impressionnant.

ETHAN: Ces balles nous viendraient du bout du monde! C’est impossible. C’est de la fiction!

MARIO: Nous fabriquons des armes super performantes, nous les leur vendons, nous nous enrichissons, et parfois, nous récoltons les ricochets. Il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Le vélo, donc, je te conseille d’économiser davantage, question de t’acheter ce qu’il se fait de mieux. Tu y gagneras deux, voire trois kilomètres à l’heure.

ETHAN: Trois kilomètres! Vraiment?

MARIO: C’est ce que j’ai gagné.

ETHAN: Ça veut dire que je pourrais… je pourrais presque te dépasser!

MARIO: En théorie, oui. Alléchant, non?

ETHAN: Tu as peut-être raison. Pourquoi se précipiter! Pour gagner trois kilomètres, ça vaut le coup d’attendre quelques mois de plus.

MARIO: Sage décision, Ethan.

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Les bonobos

Salut Lola, ma chère et unique Lola. Heureusement que la transmission de courriels par télépathie fonctionne encore. C’est le seul moyen de communication qui me reste, depuis que tous feignent de ne plus comprendre un mot de ce que je leur raconte, depuis que je n’ai plus accès ni à un téléphone, encore moins à un ordinateur, pas même à un vulgaire stylo. Me voilà bien dépourvu, et je le crois bien, abandonné. Je compte sur toi, ma chère et unique Lola, je n’ai plus que toi.

Les enfants nous tarabustaient depuis le printemps pour visiter le zoo. J’ai eu beau leur représenter que l’observation d’animaux en prison était une activité dépravée, que cela nous placerait dans la position de geôliers, ni plus ni moins. Ils n’ont rien voulu entendre, ils m’ont ri au nez, ils ont refusé de manger leur salade, leur soupe et leur purée.

Ma femme a cédé, sous prétexte qu’à trois et quatre ans, ils ne comprenaient pas les notions morales auxquelles nous voulions les élever, et que, justement, nous pourrions nous servir de cette expérience pour les éduquer. Je bouillais, tu t’en doutes. Me voir côtoyer tous ces gens qui se moquent des animaux, qui les provoquent, qui leur lancent leurs saloperies, m’horripilait. 

Nous voilà donc au zoo. Je me sentais diminuer à vue d’œil, devenir un de ces rustres rigolant de tout, à la silhouette et la voix grasses. Les lions! Les masses de mômes tentaient de les réveiller, leurs parents se plaignant aux employés de les laisser dormir alors qu’ils avaient payé pour les voir. L’éléphant! Seul dans sa fosse à peine assez large pour pivoter sur lui-même. Les zèbres mélancoliques, les autruches apathiques, les ours névrotiques. Bouleversant!

J’en avais assez, je tirais la bande vers la sortie, mais les enfants brâmaient à déchirer les tympans. Ils ne partiraient pas sans voir les singes. Je les tenais d’une main, ma femme de l’autre, et pour éviter de les écarteler, j’ai obtempéré, et les ai suivis dans l’allée des primates. Gorilles, macaques, babouins, les gamins riaient, imitaient  les expressions qu’ils prenaient pour des grimaces.

Si j’avais pu, je les aurais tous libérés! Mais les pauvres, que serait-il advenu d’eux, en ce pays, loin des leurs? Je bougonnais, j’étais d’une humeur massacrante. J’imagine qu’il se dégageait une telle colère de tout mon être qu’elle devenait visible, une sorte d’ectoplasme blafard vaguement effrayant, puisque la foule s’est subitement éloignée de moi. Même ma femme et mes enfants ont reculé, m’ont dévisagé avec la même frayeur qui déformait tous les visages.

Deux gardiens, armés d’énormes filets, se sont approchés de moi comme s’ils avaient affaire à un fauve. Tout doux, tout doux, me répétaient-ils. Je n’allais tout de même pas les mordre, les griffer! J’allais m’éclipser, me sortir de cette situation absurde lorsque l’un d’eux m’a capturé dans son filet. Ils m’ont vite maîtrisé, et en moins de temps qu’il en fallait pour que je réalise ce qui m’arrivait, ils m’ont poussé dans la cage des bonobos!

J’y suis encore, ma chère Lola. Et je compte sur toi pour m’en sortir au plus vite, puisque ma femme m’a aussitôt tourné le dos, en traînant nos enfants derrière elle.

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Stratégique et prolifique

Au bureau de direction de la Commission scolaire du Domaine Vauvert, on sue à grosses gouttes grises. L’enjeu est de taille: l’année scolaire reprend dans trois semaines et un jour, et il manque toujours trois profs de wigoo-wigoo. Pour l’instant, on n’ose pas parler de crise, mais chacun y pense, avec effroi.

ROGER: Il nous faut un plan quinquennal avec des mesures bimensuelles aux effets trimestriels.

JEANNE: Un plan parabolique.

GINO: Académique!

ROGER: Cela va de soi, oui, académique.

ANNE: Avec une réévaluation cyclique des résultats.

MANON: Emphatique.

JEANNE: Nous bâtissons l’avenir. Ce plan doit s’appuyer sur une volonté énergique.

SÉBASTIEN: Zygomatique.

ROGER: Pardon?

SÉBASTIEN: L’arcade zygomatique me fait horriblement souffrir. Un coup de poing, hier soir. Douloureux. Je n’arrive plus à me concentrer sur le plan énigmatique.

JEANNE: Récapitulons. Il faut prévoir, dans ce plan de recrutement de nouveaux profs de wigoo-wigoo, des mesures concrètes, respectables, quantifiables. Notre échec, jusqu’à présent, est essentiellement attribuable à l’absence de telles mesures.

ANNE: Quelles sont les mesures concrètes prévues, quelles sont-elles?

MANON: Je me pose la même question.

GINO: C’est la question.

ROGER: Vous avez raison. C’est pourquoi je propose de rompre avec la tradition, qui s’est avérée inefficace, nous en convenons tous, pour adopter un plan audacieux. Nous ne recruterons pas de profs de wigoo-wigoo si nous n’améliorons pas leurs conditions de travail.

SÉBASTIEN: Des conditions exécrables.

MANON: Ceux qui sont en poste sont surchargés.

JEANNE: Écrasés.

GINO: C’est dramatique.

ANNE: Catastrophique.

ROGER: Nous sommes donc d’accord, il nous faut améliorer leurs conditions de travail.

JEANNE: En réduisant la charge de travail.

MANON: Et comment y parviendrons-nous?

GINO: Chaque prof de wigoo-wigoo en poste doit accumuler les tâches de deux, parfois trois, parfois quatre profs. Ils veulent un peu de temps pour dormir.

SÉBASTIEN: Pour se désengourdir.

ANNE: Pour grandir.

MANON: Mais comment y parvenir?

ROGER: Soyons audacieux. Améliorons leurs conditions de travail en réduisant leurs tâches en embauchant davantage de profs de wigoo-wigoo.

JEANNE: Exactement!

GINO: Il fallait y penser.

MANON: Ça c’est un plan.

SÉBATIEN: On a un plan?

ROGER: Stratégique!

GINO: Je le répète, vraiment, il fallait y penser.

ANNE: Oui. Nous recruterons davantage de profs de wigoo-wigoo en recrutant des profs de wigoo-wigoo.

JEANNE: C’est fort.

ROGER: Mes chers collègues, nous avons bien travaillé. Levons cette séance, et à la semaine prochaine!

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C’est moi qu’ils ont embarqué

C’était une belle fête, une fête comme on n’en fait plus dans la région. Il y avait là tous les gens que j’aurais moi-même invités si j’étais un de ceux qui organisent de ces fêtes. Que des gens bien, beaux, brillants. Pour s’y rendre, il fallait quitter la ville et rouler, ah ça oui, rouler longtemps, patiemment, et trouver la petite route privée, dans les bois, oh une belle route, bien entretenue, pavée d’un asphalte de qualité, et rouler encore, rouler jusqu’au portail, glisser sa main dans un lecteur biométrique pour accéder au coeur du domaine, et rouler encore jusqu’au manoir.

Dès mon arrivée, j’ignore pourquoi, j’ai eu envie de partir. Pourtant elle était là, elle, je l’ai vue parmi les invités qui laissait ses longues mèches danser entre les serpentins et les ballons. Il y avait peut-être trop de magie, une somme de joies trop grande, je craignais peut-être d’y perdre la raison.

Je me suis allongé sur un grain de sable que des chaussures avaient traîné jusque là, près du buffet. J’étais calme, on s’amusait sans me prêter la moindre attention. J’aurais dû m’éclipser en douce, refaire la route en sens inverse, seul, jusque chez moi. Mais toutes ces couleurs chantantes, la féérie de cette nuit d’été, et elle, au cœur du tourbillon.

Je respirais à pleins poumons, des larmes d’ivresse aux yeux. Mon esprit a vacillé, a perdu l’équilibre. Fragile sur mon grain de sable, j’ai sombré, assommé par une extase étrangère.

J’ai dû dormir longtemps, car à mon réveil, il n’y avait plus un son, plus une couleur, et je me suis senti plus seul que dans ma maison vide. Où étaient-ils tous? Depuis combien de temps étais-je ainsi, perdu dans un sommeil trop lourd?

J’ai cherché dans toutes les pièces, à tous les étages, mais nulle part je n’ai trouvé la moindre trace de la fête. Je n’ai pas même retrouvé les hôtes, comme si le manoir était déserté depuis des années.

En inspectant plus attentivement, j’ai remarqué que tous les meubles étaient couverts d’une épaisse poussière grisâtre, dans laquelle je me suis mis à dessiner des arabesques. J’ai rêvé, me suis-je dit, je suis fou.

À force d’errer d’une pièce à l’autre, j’ai découvert, dans de vieux cartons défoncés, rongés par la moisissure et les souris, des tas de serpentins et de ballons dégonflés, de toutes les couleurs. Ah! Il y a bien eu une fête ici!

Dehors, parmi les ronces, les broussailles et les jeunes arbres, j’ai eu à chercher longtemps pour retrouver, puis reconnaître, ma voiture. Les quatre pneus étaient à plat, la rouille avait rongé les trois quarts de la carrosserie, et quand j’ai tourné la clef, sans surprise il ne s’est rien passé.

Ne me restait plus qu’à m’en retourner à pied, dans cette nuit de charbon, sans lune, sans étoiles. Je trébuchais à chaque pas dans les crevasses qui couraient sur l’asphalte, et après avoir passé le portail, grand ouvert, j’ai couru, j’ai couru avec toute la folie dont j’étais encore capable.

Quand j’ai atteint la route, j’ai failli me faire tuer. Une voiture a surgi de la nuit à toute vitesse, je n’ai pu l’éviter qu’à la dernière seconde. Des phares bondissaient les uns après les autres, fouillaient la nuit avant de disparaître. Moi qui croyais que tout était en ruine, que j’avais affaire à une petite apocalypse!

J’ai fait du stop, mais personne ne voulait me laisser monter. J’étais trop sale, je puais trop. Finalement, un fermier m’a permis de grimper dans sa remorque, et j’ai pu enfin rentrer chez moi.

Brisé de fatigue, j’ai tourné la clef dans la serrure, j’ai ouvert la porte. Mais je n’avais pas fait cinq pas que j’ai entendu des cris, et j’ai reçu un coup derrière la tête. C’est absurde, mais une famille vivait chez moi. Quand les flics sont arrivés, j’ai porté plainte contre ces gens qui avaient, de toute évidence, forcé ma porte pour envahir mon intimité, mon chez-moi. Mais c’est moi qu’ils m’ont pris pour l’intrus! C’est moi qu’ils ont embarqué!

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La villa

Deux vieux hommes assis dans une berline de luxe grignotent des fèves de cacao. Ils observent le portail d’une villa, un peu plus haut sur la rue.

ROGER: Toute ma vie, quatre-vingt-quatre ans, ça aura été un échec.

ROBERT: N’exagérons pas.

ROGER: Je n’y suis jamais parvenu. Jamais. Et pourquoi? Parce que je ne suis pas à la hauteur! Non, monsieur. Ils me saluent au club, ils acceptent parfois de s’asseoir à ma table, nous bavardons, nous parlons de tout et de rien, mais jamais de ça.

ROBERT: On dit qu’on ne trouve là rien que nous ne puissions trouver ailleurs.

ROGER: Évidemment qu’on le dit! Les jaloux. Les dépités. Les rejetés. Parce que ce qu’on y trouve, ça ne se mesure pas, ça ne se pèse pas. Entrer dans la villa, y être admis, voilà tout.

ROBERT: Tu aurais pu leur racheter trois fois, leur villa. Et maintenant, tu viendras tous les jours jusqu’à ta mort pour observer ta déconfiture? C’est ridicule, non? Ne vaudrait-il pas mieux tout oublier, profiter de ta ribambelle de descendants?

ROGER: Une vie, c’est l’empilement de nos actions. Ce qui reste. Parfois, ça suffit, quand tu as tissé un solide écheveau. Mais souvent, c’est mon cas, il reste beaucoup trop de fils épars, qui jamais ne serviront à rien. Mon essence s’est éventée.

ROBERT: Parce qu’on ne t’a jamais ouvert la porte de la villa!

ROGER: Exactement.

ROBERT: Pourquoi? Que te sont ces gens? Je connais des types qui ne te valent pas, et de loin, et qui y entrent. Pourquoi en faire toute une histoire?

ROGER: C’est mon histoire. Ces gens, c’est l’histoire de mon échec. Ils m’ont toujours refusé leur porte. Je ne suis pas certain de connaître leurs raisons, ça ne se demande pas, ça ne se dit pas. J’ai cru que c’était ma famille, mes aïeuls, ma fortune, mon épouse. Ça n’est rien de tout cela. C’est moi, simplement. Moi, essentiellement.

ROBERT: Leur serais-tu antipathique? Pourtant, tout le monde t’aime.

ROGER: Tu ne te rends pas compte. J’avais quinze ans lorsque j’ai souhaité pour la première fois entrer chez eux. Quinze ans! Je me suis rapproché de la famille, j’ai joué au tennis avec les garçons, j’ai toujours été avenant, poli, respectable. Nous étions presque amis, à cette époque. Ils venaient chez nous, ils dînaient même à la maison, à l’occasion. Mais jamais je ne pouvais mettre un pied chez eux. Tous nos copains du club y allaient, sauf moi. Puis un des garçons est venu à mon mariage, je ne suis pas allé au sien. J’ai fait fortune, j’ai donné des dizaines de tuyaux à la famille, qui leur ont permis de faire des gains importants. On m’a célébré, remercié, louangé, mais jamais invité. Ça fait presque soixante-dix ans que ça dure. Tu te rends compte?

ROBERT: Je les aurais oubliés bien vite, je t’assure.

ROGER: Ils sont ma malédiction. Si j’étais entré chez eux, à quinze ans, peut-être n’y aurais-je plus jamais pensé, peut-être les aurais-je oubliés. 

ROBERT: Mon vieux, tout ça t’est monté à la tête. Vieille tête fêlée! Laissons ça pour aujourd’hui, descendons en ville boire un coup, pendant qu’on tient encore debout. Nous reviendrons demain, avec tes fèves de cacao, immangeables, mais que je croque tout de même, et nous reprendrons cette discussion. Je te poserai les mêmes questions, tu me feras les mêmes réponses. Avec un peu moins de mots. D’un jour à l’autre, il y a moins de mots. Tu finiras par te taire, et moi aussi.

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Vendre la terre

Rouso possède une usine dans chaque pays, une villa sur chaque continent, un Boeing, un Airbus, et une fortune gigantesque. Vu d’en bas, Rouso a tout pour être heureux. Sauf qu’il sue le malheur. Rouso est inconsolable depuis qu’il a réalisé qu’il ne sera jamais l’homme le plus riche au monde. Chaque fois qu’il avance d’un pas, son concurrent en fait trois. Désespérant.

Aussi, quand des Carinolexutianoles débarquent chez lui, c’est l’apothéose. Ces habitants d’une galaxie dont on ne se soucie pas, puisque nous ne l’atteindrons pas de sitôt, proposent un marché à Rouso. Ils veulent lui acheter la terre. En retour, ils lui donneront autant de richesses qu’il en désire. Et même un peu plus.

Le marché est vite conclu, mais Rouso a tout de même un doute. Comment vendre, leur demande-t-il, la terre, puisque je ne la possède pas? On lui fait comprendre que c’est une formalité, une politesse si on veut. On pourrait s’approprier de la chose sans cette transaction, mais les lois carinolexutianoles l’interdisent. Et pour changer ces lois, il faut se lever de bonne heure! La dernière fois, cela a pris trente-deux siècles! Alors, plutôt que de s’attaquer à cette trop lourde bureaucratie, vaut mieux se plier, et respecter les lois, même celles qui semblent désuètes, et avancer.

Rouso n’en demande pas plus. Sa conscience satisfaite, il donne son prix: cent fois la valeur de tout ce que possède son rival. Il n’y croit pas vraiment, faudra marchander, mais partons haut, pour obtenir un bon prix. Sauf que le Carinolexutianole négociateur accepte tout. Sans plus tarder, on signe les papiers, et officiellement, du moins selon la législation de ces étrangers, la terre est vendue. Avec tout ce qu’elle contient.

Maintenant homme le plus riche du monde, Rouso danse du matin au soir.

Mais ça ne dure pas. Dès le lundi suivant, les Carinolexutianoles le mobilisent, comme les milliards d’autres humains, pour travailler dans la production de denrées destinées à l’exportation.

Depuis qu’il mange, dort, travaille avec ses semblables, Rouso évite soigneusement de mentionner sa fortune. Il craint qu’on le prenne pour un illusionné. Vraiment, personne ne le croirait.

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Picude, notre héros

Ceci est l’aventure extraordinaire de Picude, entrepreneur de l’année depuis un quart de siècle à Neymotown, une ville renommée intergalactiquement pour sa croissance économique fabuleuse, qu’aucune crise financière n’est jusqu’ici parvenue à ralentir.

N’essayez pas d’imiter Picude, il a plus de flair que vous en avez, il a plus de flair que tout mon arbre généalogique réuni n’en aura jamais. Qui dit flair dit sentir, aussi, nul ne s’étonne de voir notre héros entreprendre de longs périples dans les quartiers les plus étranges de la ville, le nez en l’air, à l’affût d’une bonne affaire.

Picule est une grosse boule, remplie de ses succès passés et à venir. Il marche lentement, vu sa corpulence et ses courtes pattes. Il saute plus qu’il ne marche, mais personne ne le lui fait remarquer, car cela le met hors de lui. Monter les rues en pente est pénible, on s’en doute, mais il se trouve toujours quelqu’un pour le pousser jusqu’en haut. Descendre, évidemment, est une partie de plaisir. Il se laisse rouler, ce qui lui permet parfois d’atteindre des vitesses folles. Cela a l’inconvénient de tout aplanir sur son passage, mais personne ne lui en tient rigueur. Car Picude c’est Picude, un héros hors pair.

Partout où il apparaît, on l’accueille avec applaudissements et génuflexions, avec de vibrants panégyriques, dont certains sont si bien sentis qu’on les conserve dans les caves voûtées de la Bibliothèque Nationale.

Sauf qu’aujourd’hui, après avoir pénétré dans un quartier de Neymotown où il n’a jamais ni sauté ni roulé, Picude sent que quelque chose ne tourne pas rond. Pas d’applaudissements, pas de génuflexions, des regards menaçants au lieu des panégyriques. Ceux-là, à coup sûr, ne se ramasseront pas à la Bibliothèque Nationale.

Picude s’étonne de la vétusté des vêtements que se portent dans ce quartier, qui tous sentent la sueur et la soupe aux pois.

Ces inquiétantes constatations sont toutefois vite chassées par une odeur infiniment douce, une odeur qui met tout son être en émoi, qui réduit Picude à son nez. Il sent la bonne affaire, et même plus, l’excellente affaire. Toute une rue d’immeubles fort solides font face à la rivière, qui coule dans ses flots entremêlés au bas d’une pente raide. Quelle vue! Quelle aubaine! Ses capacités d’abstractions inégalées lui permettent d’effacer les draps, les pantalons et les culottes qui pendent aux balcons et sur d’innombrables fils, les dizaines d’enfants qui se chamaillent dans les escaliers et jusque dans la rue, les voisins qui se crient des recettes de choux aux choux. Picule parvient à imaginer, en lieu et place de ce décor, de charmants petits appartements garnis de couples, tous mignons, avec de délicieux grands portefeuilles.

Il n’en faut pas plus à Picule pour se décider. Notre héros local, mais d’envergure infinie, achètera, nettoiera, vendra. Plusieurs millions, juste sur cette rue. Picule est jeune, il sent qu’au nombre d’avenues, de rues, d’allées et d’impasses que compte ce quartier, il flânera par ici pour des années encore. D’ici cinq ans, peut-être moins, sa fortune doublera, voire triplera, grâce à cette découverte. Et il sera entrepreneur de l’année pour encore longtemps!

Au moment où il allait rebrousser chemin pour semer ses ordres à ses contremaîtres en rénovation, épuration, éviction, une bande de jeunes, sans égard pour son héroïcité, entreprend de le pousser d’un côté et de l’autre, s’amusant comme avec un ballon surdimensionné. Le jeu attire des curieux, et en un clin d’oeil, deux équipes se forment, on improvise des buts, et Picule roule et rebondit au milieu de la rue, incapable de sortir du mouvement. L’équipe A marque un but, puis l’équipe B en marque deux. Les spectateurs frémissent, parient de petites sommes, et dans la rue, c’est la fête.

Pour Picule, c’est pénible. Tous ces coups, ces roulades, ces bousculades, lui blessent les membres, lui écorchent les mains, font saigner son fameux nez.

Finalement, la partie se termine quand le ballon ne roule plus. L’équipe B l’emporte, quatre contre trois. Bravo, crient les supporters.

Tous se retirent. Ils abandonnent Picule, immobile, entre deux carcasses de voitures rouillées. Picule respire, mais son éclat s’est terni. Passablement.

Linoce, qui passait par là en rentrant de son travail à la buanderie, remarque l’étrange ballon, s’arrête et constate aussitôt que ça vit, que c’est un homme. N’écoutant que sa naïveté, elle le roule jusqu’à son appartement, où pendant trois jours, trois nuits, elle le panse, le soigne, le nourrit. Quand Picule se réveille enfin, reconnaissant, il baise les doigts de la jeune femme. Sauvé, Picule est sauvé!

Revenu à lui et chez lui, l’entrain lui revient, et après avoir acheté tous les immeubles de la rue, dont celui où il a été soigné, il en fait chasser les locataires pour les remplacer par des citoyens générateurs de revenus et de croissance économique exponentielle.

L’année suivante, Neymotown lui décerne le titre d’entrepreneur de l’année.

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Ô ma nature!

Là où je vis, il y a un loup qui hurle du matin au soir, par intermittence. Au début, j’avais peur, surtout pour les enfants. Même si j’en ai plusieurs, je n’aurais pas aimé qu’il m’en prenne un, ou deux. On a beau dire, un enfant, même si ça se fait vite, c’est presque irremplaçable. On s’y attache, que voulez-vous, c’est plus fort que soi.

Alors le loup.

J’ai consulté les voisins, ceux qui vivent ici depuis toujours. Impossible d’en tirer quoi que ce soit. D’abord, ils refusent de me laisser entrer chez eux, je dois leur parler à partir de la rue. Leur crier plutôt, parce qu’à cette distance, il en faut du poumon pour atteindre l’autre. J’ai beau m’égosiller, tenter de les séduire, de me montrer sous mon plus beau jour. Pas facile quand il faut hurler à s’en déchirer la gorge. Surtout quand l’autre ne répond pas. Ceux, les rares qui répondent, le font sans hausser la voix, si bien que je n’entends rien.

Je n’ai rien appris sur le loup.

Il y a bien les marchands. Heureusement les marchands. Pas le boulanger, pas le boucher. Eux, ils sont seuls, ne se sentent pas tenus de parler, d’être gentils. Si vous n’achetez pas chez eux, vous devrez rouler trente-cinq kilomètres jusqu’au prochain village. Par contre, il y a trois marchands de glace, cinq garages, trois salons funéraires. Même si je ne mange pas de glace, j’en achète, et même si ma voiture est en bon état, je la fais vérifier, revérifier, on est jamais trop prudent. Comme je n’ai pas de cadavre à portée de la main, je ne fréquente pas les salons funéraires.

Enfin, le fameux loup.

J’ai pu glaner, entre les glaces et les courroies de transmission, trois informations précieuses. Trois. D’abord, le loup est noir, avec un peu de poil blanc sur le poitrail, ce qui serait rare et signe, folklore local, d’une malédiction. Secondo, le loup n’est pas seul, sauf qu’on ne voit jamais la meute, qui se tient à bonne distance du village. Tertio, le loup n’a jamais ni mangé ni attaqué un villageois. Idem pour son ascendance jusqu’à 1759. Par contre, il semble qu’il attaque régulièrement des citadins. Folklore local ou malin plaisir à m’effrayer?

Évidemment, je me suis empressé de vérifier sur internet. Rien. Le village ne parle pas de son hurleur sur internet. Je n’étais pas rassuré, je commençais à m’inquiéter. Dans ce village, on est lent à sympathiser avec les citadins. Je me demandais, tout bas pour qu’ils ne m’entendent pas, s’ils ne s’en débarrassent pas de temps en temps. En blâmant le loup.

Pauvre loup.

Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé une audience avec le maire, qu’il m’a accordée trois semaines plus tard. Cinq minutes. Il a refusé de parler du loup. Pas dans sa juridiction.

Oh ce loup!

J’ai du mal à me concentrer, j’ai du mal à dormir. Il hurle trop fort, trop souvent. Moi qui croyais que les loups ne hurlaient qu’à la pleine lune, comme dans les contes. Enfin, je n’y croyais pas vraiment, mais tout de même, hurler tous les jours! Faut que sa vie soit d’un ennui! Certaines nuits, quand j’arrive à m’endormir, je rêve qu’il marche sous ma fenêtre, qu’il nous guette, ma famille et moi.

Faim de loup.

Nous avons acheté cette maison d’été, à l’orée des bois, pour profiter du paysage de la montagne. Pour les promenades, les aventures. Nous aurions peut-être dû parler aux locaux avant de signer. On peut toujours revendre. La mer, c’est bien aussi, et il n’y a pas de loups.

Au loup!

Il est devant moi, sur le sentier. Noir. Noir avec du blanc sur le poitrail. C’est bien lui. Pourtant, ce sentier, j’y marche tous les matins avant le réveil des enfants, et je n’ai jamais vu de loup. Ses hurlements montent de bien plus loin, pas ici, juste derrière chez moi. En voilà d’autres. Deux autres, puis encore deux, et encore. Combien sont-ils?

Au loup!

Je me sens con, seul au milieu de cette meute. Sans mon téléphone. J’aurais pu prendre une photo, j’aurais pu appeler au secours. Mais qui? Ces villageois ne se dérangeront pas pour moi. Nous qui songions à nous installer définitivement dans un joli petit village. C’est vrai. Nous travaillons en ligne, essentiellement. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’une connexion à internet et une nourriture de qualité. Et du vin.

Sales loups!

Parlant de nourriture de qualité, ces canins hérissés me semblent intraitables. Ils ont faim, et je suis au menu. Je vais y passer. Vraisemblablement.

À l’aide! Au loup! Au loup!

Ils attendent que je m’affaiblisse! Partons en paix! Ne cédons pas à la panique. Soyons gracieux, dans ces derniers moments. Ô ma nature! Je viens à toi! Je t’ai polluée, oui, mais j’ai beaucoup recyclé! Papier, plastique, bouteilles de vin. Compost aussi! Parfois, pas toujours. Et j’ai fait plein d’enfants. Je ne les compte plus, tellement ils sont nombreux.

Hey, les loups!

Qu’est-ce qui leur prend? Qu’ont-ils à partir en agitant la queue! C’est pas que je tenais à périr, mais pour une fois, j’étais prêt. Total zen!

Les loups?

Qui est ce villageois? Je ne l’ai jamais vu? Tous les loups autour de lui, comme s’il était le chef. Il y avait un film sur ça, que j’ai vu quand j’étais môme. Que me raconte-t-il? Ce sont ses chiens? Des chiens? Quoi? Des alaskan malamute?

Y a pas de loup.

Monsieur, personne ne m’a dit… Je croyais que… Vous avez ri, quand j’ai dit Ô ma nature?

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Du ménage et de la littérature

Deux jeunes femmes, colocataires dans un appartement du centre-ville. Vendredi soir, vingt et une heures trente. Patricia entrebâille la porte de la chambre d’Éléonore.

PATRICIA: Éléonore?

ÉLÉONORE: …

PATRICIA: Éléonore?

ÉLÉONORE: Quoi?

PATRICIA: J’ai envie de danser. D’aller en boîte. Tu m’accompagnes? Pas le goût d’y aller seule.

ÉLÉONORE: Je ne peux pas, je dois faire de la littérature.

PATRICIA: Pas grave, je dois faire du ménage. Dans ma chambre. On termine nos trucs, et on ira après?

ÉLÉONORE: D’accord.

Dans sa chambre, Patricia range les vêtements éparpillés sur sa commode, met de l’ordre dans ses cosmétiques, époussette, même la poussière imaginaire. Patricia adore épousseter. Et passer l’aspi, même s’il n’y a rien à aspirer. Tout cela, sans se presser, lui prend un peu plus d’une heure. Retour devant la porte entrebâillée de la chambre d’Éléonore.

PATRICIA: J’ai terminé mon ménage.

ÉLÉONORE: J’en ai pas fini, avec ma littérature.

PATRICIA: T’as besoin d’aide? Je peux te refiler un coup de main.

ÉLÉONORE: Pourquoi pas. Alors voilà. Il tombe amoureux d’une fille, mais elle lui préfère son hérisson. Il insiste, elle lui tourne le dos, il colle, elle lui botte le derrière, il revient à la charge, et là, je ne sais pas trop ce qu’elle fait.

PATRICIA: Elle va chercher son hérisson, elle le place entre eux deux.

ÉLÉONORE: J’hésite. Je n’aime pas me servir des animaux pour mes expériences.

PATRICIA: C’est un hérisson complaisant.

ÉLÉONORE: Tu crois?

PATRICIA: Tu n’auras qu’à lui inventer une sortie de crise joyeuse.

ÉLÉONORE: Évidemment. Donc, le type se pique sur le hérisson, il hurle de douleur, il s’enfuit en la traitant de folle, de maniaque.

PATRICIA: D’écervelée.

ÉLÉONORE: Elle remercie son hérisson, en lui caressant la tête.

PATRICIA: As-tu pensé ajouter un passage un peu compliqué, quelque chose qui donnera de la profondeur?

ÉLÉONORE: Un peu d’hermétisme, peut-être?

PATRICIA: Les gens adorent. Donc, ton hérisson, il a double usage. Maintenant qu’il a chassé l’intrus, il roule dans tes pensées.

ÉLÉONORE: Il va les transpercer!

PATRICIA: Pourquoi pas. Il les transperce, et les pensées se vident.

ÉLÉONORE: Pas très joyeux comme sortie de crise.

PATRICIA: C’est vrai. Le hérisson transperce les pensées, qui laissent ainsi entrer plus de lumière. Voilà. L’illumination par hérisson.

ÉLÉONORE: Génial.

PATRICIA: Bleue.

ÉLÉONORE: Bleu? Quoi, bleu?

PATRICIA: La lumière, elle est bleue. C’est plus obscur qu’une lumière ordinaire.

ÉLÉONORE: Un œil! La lumière bleue dont la source est un œil. Mais, un œil de quoi?

PATRICIA: De rien. Un œil qui a sa propre vie d’œil.

ÉLÉONORE: En bois.

PATRICIA: Qui chante.

ÉLÉONORE: Je crois que ça y est, maintenant. C’est plus que bon. Merci merci merci. Merci de m’avoir aidé à faire ma littérature. La prochaine fois, c’est moi qui t’aiderai à faire ton ménage.

PATRICIA: Allez! Change-toi en vitesse, et allons danser!

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