Heureusement qu’il y a Rose et Joey

JOANIE: Les belles histoires d’amour, ça existe.

RONIE: C’est vrai.

JOANIE: Regarde Rose et Joey. Le parfait amour. Ils se sont rencontrés à la plage il y a cinq ans. L’été, les vacances, le soleil. Rien de plus romantique. Amour, amour, tout l’été. Ça aurait pu s’arrêter là, mais non. Ne se sont jamais quittés. Pas merveilleux, ça? Lui, fils d’industriel, elle, fille de ma tante Josée.

RONIE: Quel bel exemple, ma chère Joanie!

JOANIE: Ces deux-là, c’est un destin divin qui les a appareillés. Je rêve encore d’un amour aussi rond, aussi solide, aussi jaune.

RONIE: Et vert.

JOANIE: Oui, vert. N’est-ce pas une merveille!

ROANIE: Ta cousine Rose, toutes les femmes l’envient! Elle nourrit son amour pour Joey en se découvrant un nouvel amant tous les quarts de lune!

JOANIE: Elle les effleure à peine. C’est moins qu’un souffle de mouche sur la peau. Une délicieuse délicatesse.

RONIE: Elle les esquinte, elle a de la ressource.

JOANIE: Une femme remarquable. Rose, c’est l’altruisme même! Si tu voyais tout ce qu’elle fait pour les miséreux, les pouilleux, pour les vieux débiles qui s’ennuient à l’hospice, et à cela il faut ajouter la sauvegarde des baleines, des étoiles, des âmes égarées dans l’espace intergalactique, juste à l’orée du néant. Si tu voyais. Juste à l’orée du néant!

RONIE: On dit qu’elle les noie, ses amants, comme des chatons. Le sourire aux lèvres, une fleur dans les cheveux.

JOANIE: Pendant que nous, ma chère Ronie, nous! Tu nous as vues?

RONIE: Blonde et rousse, mais maigres. Grande et petite, mais laides. Arriverons-nous à nous déplacer, ne serait-ce que d’un pas?

JOANIE: Cette boue qui nous suce les semelles! Comment voler vers le grand amour, dans ces conditions, je vous le demande!

RONIE: Heureusement que Rose et Joey nous fabriquent du rêve. Oui. Sans ce rêve-là, je crois que je me laisserais avaler par la boue.

JOANIE: Jusqu’à disparaître. Incognito.

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Vendre la terre

Rouso possède une usine dans chaque pays, une villa sur chaque continent, un Boeing, un Airbus, et une fortune gigantesque. Vu d’en bas, Rouso a tout pour être heureux. Sauf qu’il sue le malheur. Rouso est inconsolable depuis qu’il a réalisé qu’il ne sera jamais l’homme le plus riche au monde. Chaque fois qu’il avance d’un pas, son concurrent en fait trois. Désespérant.

Aussi, quand des Carinolexutianoles débarquent chez lui, c’est l’apothéose. Ces habitants d’une galaxie dont on ne se soucie pas, puisque nous ne l’atteindrons pas de sitôt, proposent un marché à Rouso. Ils veulent lui acheter la terre. En retour, ils lui donneront autant de richesses qu’il en désire. Et même un peu plus.

Le marché est vite conclu, mais Rouso a tout de même un doute. Comment vendre, leur demande-t-il, la terre, puisque je ne la possède pas? On lui fait comprendre que c’est une formalité, une politesse si on veut. On pourrait s’approprier de la chose sans cette transaction, mais les lois carinolexutianoles l’interdisent. Et pour changer ces lois, il faut se lever de bonne heure! La dernière fois, cela a pris trente-deux siècles! Alors, plutôt que de s’attaquer à cette trop lourde bureaucratie, vaut mieux se plier, et respecter les lois, même celles qui semblent désuètes, et avancer.

Rouso n’en demande pas plus. Sa conscience satisfaite, il donne son prix: cent fois la valeur de tout ce que possède son rival. Il n’y croit pas vraiment, faudra marchander, mais partons haut, pour obtenir un bon prix. Sauf que le Carinolexutianole négociateur accepte tout. Sans plus tarder, on signe les papiers, et officiellement, du moins selon la législation de ces étrangers, la terre est vendue. Avec tout ce qu’elle contient.

Maintenant homme le plus riche du monde, Rouso danse du matin au soir.

Mais ça ne dure pas. Dès le lundi suivant, les Carinolexutianoles le mobilisent, comme les milliards d’autres humains, pour travailler dans la production de denrées destinées à l’exportation.

Depuis qu’il mange, dort, travaille avec ses semblables, Rouso évite soigneusement de mentionner sa fortune. Il craint qu’on le prenne pour un illusionné. Vraiment, personne ne le croirait.

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Décorum

C’est un procès couru par la presse et le public. L’accusé, un homme de trente-huit ans et deux mois, aurait tué trois femmes, deux hommes, un enfant. Détail particulièrement macabre, il leur aurait mangé le cœur. Six cœurs.

Malgré les talents incontestables de son avocat, tous prévoient une peine exemplaire. Le procès devant jury s’ouvre donc devant une salle comble, avide d’émotions tordues, malsaines. Le procureur se lève, explique au jury pourquoi l’accusé doit être reconnu coupable. Il expose les grandes lignes de la preuve qu’il entend présenter durant le procès.

Il expose, oui, mais au grand étonnement de tous, les mots lui manquent. Il se tait au beau milieu d’une phrase, suspendue dans l’air lourd de la salle d’audience, comme une balle lancée mais jamais retombée.

Étonnement, mouvements de fesses sur les sièges de bois, toussotements du juge. Le procureur est muet.

Le juge l’invite à poursuivre, rien n’y fait. Le procureur reste planté devant le jury, sans un geste, sans un mot, les yeux exorbités qui fixent ceux d’une des membres du jury. Puissante connexion. Tangible, inquiétante, longue et silencieuse. Folle.

Ulcéré par cet élan inapproprié, le juge tonne, frappe du maillet, sermonne et ordonne. En vain.

Dans sa cage de verre, le mangeur de coeurs frappe des mains et rit à gorge déployée. Le public manifeste son ahurissement par un brouhaha croissant, dans lequel se noie la voix du juge.

Soudain.

Comme sous l’impulsion de la corde d’un arc qui se détend, le procureur enjambe la rambarde derrière laquelle siègent les membres du jury, et s’élance dans les bras de celle qui a capturé son regard. Des chaises se renversent, des cris s’élèvent, et pendant que, enlacés et s’embrassant à pleine bouche, le procureur et la membre du jury s’abandonnent sur le sol, tous s’écartent, horrifiés, scandalisés ou amusés, selon leurs morales, sous les invectives du juge qui ordonne la levée de l’audience. Les gardiens ramènent l’avaleur dans sa cellule, et l’on prie les spectateurs et la presse de se retirer. Tous les membres du jury, sauf une, s’éclipsent par une porte, tandis que le juge, enrobé dans sa toge qui le fait trébucher, trottine vers la porte qui lui est destinée.

Tous ont bientôt déserté la salle, certains à contrecœur, et les portes sont verrouillées. Plusieurs nez s’écrasent dans les deux toutes petites fenêtres qui donnent sur la salle. On est curieux, excité, interloqué.

Au sol, sur un tapis usé par les semelles de milliers de membres de jurys, le procureur et la membre du jury ont perdu tous leurs vêtements, multiplient avec une agilité remarquable, et naturelle, les expressions de leur foudroyante passion.

À cause de ce bris du décorum, le procès devra reprendre à zéro. Chacun spécule sur le sort réservé au couple neuf.

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Chasse au trésor

Je l’ai revue dans ce café où je vais tous les samedis matin. Je la connais bien, enfin, je la vois souvent. Elle travaille à la librairie où j’achète tous mes livres. Je ne lui ai jamais parlé, je n’ai jamais osé. Elle travaille dans la section Littérature jeunesse, et je n’ai jamais osé m’inventer un prétexte pour lui demander conseil. J’aurais pu m’inventer une nièce, une petite sœur, n’importe quoi aurait fait l’affaire, mais je ne joue pas bien. Alors je me suis contentée de lui sourire de loin, ou plutôt, de sourire de loin dans sa direction, comme si je souriais à tout l’univers dans un immense rayon au centre duquel elle se déplaçait.

Mais ce matin, elle était au café, assise à trois tables de moi. Elle lisait. Zazie dans le métro. Je ne connais pas. Moi, je lis surtout des romans de science-fiction, des romans d’aventure, de mystère et parfois d’épouvante. La littérature, vous savez ce qu’ils appellent littérature, m’ennuie. M’endort.

Elle était là, je n’osais pas la regarder, je risquais à peine un rapide coup d’œil de temps en temps. J’avais les yeux plongés dans mon propre livre, mais je n’ai tourné aucune page pendant trente-cinq minutes, incapable de lire, de me concentrer. Je perdais conscience de mon état, je m’imaginais suant à grosses gouttes, tremblotant comme une feuille d’automne, blanche comme une morte.

Ridicule, je me sentais grotesque, risible, en somme, plus sotte que jamais. Je devais me ressaisir, ou disparaître. Lui sourire, lui adresser la parole, ou ne plus jamais fréquenter ce café, sa librairie, ce quartier. Je me suis donc levée pour me rendre aux toilettes, question de respirer un peu, de m’éponger le front, les joues, de me ranimer le corps et l’esprit.

À mon retour, j’étais décidée. J’échangerais un regard avec elle, je me lèverais aussitôt pour lui demander de quoi il était question dans son livre, et le reste viendrait, s’il devait venir.

Mais elle n’était plus là. Partie. Sa table nettoyée, vide, luisante d’un néant inattendu.

J’avoue que j’étais secrètement soulagée, parce que je n’aurais pas à puiser dans mes rares ressources de courage, mais j’en aurais pleuré. Je me détestais, je maudissais mon hésitation. En me rasseyant, je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose sous mon livre. Je le lève, curieuse. Zazie dans le métro! Elle m’a laissé son livre!

Oh! Elle a tout compris à mon jeu. Depuis longtemps? Vite, l’ouvrir, chercher le message qu’elle m’aura laissé, son numéro, son courriel, son nom, un rendez-vous.

Rien. Pas même un signet pour m’indiquer une page, un passage qui m’aurait mis la puce à l’oreille. Faudra-t-il que je lise tout le livre pour comprendre? Est-ce que ce livre me donnera un indice, une piste?

Non. Si j’avais été dans sa situation, je n’aurais pas laissé tout un livre où trouver une révélation. J’aurais voulu quelque chose de plus direct, sans tout dire.

Mais quoi? Le nom de l’auteur? Elle s’appelle Queneau? Elle s’appelait peut-être Raymond, autrefois? Non. Plus personne ne s’appelle Raymond.

Le titre! C’est ça. Parions que c’est le titre. Si elle ne s’appelle pas Zazie, elle peut très bien m’attendre dans le métro! Oui! Elle est là! Elle est descendue dans la station de métro, juste à côté. Vite, payer, et filer. Pas une minute à perdre.

Heureusement, le samedi, ce n’est pas la foule. Je descends deux à deux les marches vers la station. Eureka! Elle est là, debout devant ce banc. J’agite la main pour qu’elle me voie, m’attende. Mais que fait-elle. Le métro arrive, elle s’avance, le métro s’arrête, les portes s’ouvrent. J’agite la main, je crie. Elle m’aperçoit, elle ne peut pas ne pas m’apercevoir! Elle s’engouffre dans le métro, disparaît.

Je suis à bout de souffle. J’ai couru, bien en vain. Je m’assois sur le banc où elle était il y a moins d’une minute. Un livre?

Elle m’a laissé un autre livre? Un autre indice? Je le retrouverai. Cette fois, de quoi s’agit-il? Une bande dessinée. La cordée du Mont-Rose. Qu’est-ce que c’est? Station Mont-Royal? Mont-Rose, Mont-R, comme dans Mont-Royal. Logique. Elle a tout prévu, tout prémédité.

Station Mont-Royal. Personne. Peut-être à l’extérieur? Non. Où est-elle? Impossible que ce soit une fausse piste.

Si ce n’est pas Mont-Royal, c’est quoi? La cordée, comme dans Lacordaire. Il n’y a pas de station Lacordaire. Alors? Mont-Rose, Rose-Mont. Voilà! Rosemont!

Je saute dans le prochain métro, je suis tout de suite à la station Rosemont. Elle est là. Oh, l’excitation monte! J’adore cette chasse à indices.

Est-ce que c’est bon, maintenant? Elle m’attendra?

Elle jette un sac à la poubelle et monte l’escalier en courant. J’ai beau m’élancer, mais à l’extérieur, elle s’est déjà éclipsée. Pourtant? Je jette un coup d’œil dans toutes les rues autour. En vain.

L’indice est dans le sac qu’elle a jeté. Je me précipite jusqu’à la poubelle, j’y plonge la main sous le regard méprisant des passagers qui sortent du métro.

Un nouveau livre. Le sol. Sous-titre: Une merveille sous nos pieds. Oh la la. Celle-là ne sera pas facile. Sol? Boutique de musique? Je connais la boutique La clef de sol à Québec, mais pas dans Rosemont. Il n’y a pas de disquaire, pas de luthier, rien. Rien non plus qui soit lié à l’agriculture ou au jardinage. Peut-être un jardin communautaire? J’en doute. Alors quoi? Sol?

Une petite recherche sur internet, voilà. Sol, Rosemont. Qu’est-ce que ça donne? Un article sur le sol de Rosemont, des logements à louer, bref, rien de précis. Cherchons Sol, Montréal. Voyons. Rien de mieux. J’espère qu’elle m’attendra. C’est ridicule, je dois trouver.

Je sais! Demandons sur Facebook. Il se trouvera peut-être quelqu’un pour m’aider. J’ai une énigme à résoudre et j’ai besoin d’aide. Mes indices sont: Sol – Rosemont – Une merveille sous nos pieds.

Attendons. À cette heure-ci, ça ne devrait pas être long. Voilà. Un sous-sol d’une maison dans Rosemont. Passons. Fouilles archéologiques dans Rosemont? Il n’y en a pas. Tiens, maman. Que va-t-elle me sortir! La bibliothèque. Qu’est-ce qu’elle raconte? Maman, de quoi parles-tu? Comme elle déraille, parfois! La bibliothèque Marc Favreau. Marc Favreau, c’était Sol, le clown. Tiens. Connais pas. Cherchons Marc Favreau. Qu’est-ce que ça dit? Mort en 2005, pas étonnant que je ne le connaisse pas. Principalement connu pour son personnage de Sol. Mais elle a raison. Tu parles d’un nom pour un clown!

La bibliothèque est juste là, je la vois d’ici. J’y cours, j’y vole.

Elle est là! Je tremble. Elle vient vers moi. Tout va bien se passer. Mon cœur qui s’affole. Respirer. Respirer. Quoi? Que me dit-elle?

Vous comprenez ce que je vous dis? C’est le concours mensuel de la librairie Champignon! Vous vous y êtes inscrite, et vous avez été choisie! Félicitations! Vous êtes la première à résoudre les trois énigmes. Voici votre bon d’achat, cinquante dollars. Félicitations!

Cinquante dollars? Comment ai-je pu oublier ce concours! Elle s’en va? Déjà? Je tremble. Étourdie. Sonnée. Je ris, je pleure.

Un concours!

J’achèterai cinquante dollars de livres dans la section Littérature jeunesse! Je relirai Harry Potter s’il le faut, mais je lui dirai bonjour toutes les semaines.

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Chut!

Ils s’éveillent près d’un ruisseau, comme dans la littérature. L’eau lance ses petits couteaux d’argent, les lourdes feuilles pendent paresseusement au-dessus des flots, quelques truites gobent des patineuses.

Elle le regarde dormir, l’air de se demander depuis combien de temps dure ce sommeil. Le sien vient à peine de s’achever. Elle sourit, caresse ses cheveux qui s’emmêlent sur ses épaules nues.

À son tour, le voilà qui ouvre les yeux. Il touche le bas de sa robe qui traîne dans l’herbe, respire à grands poumons cette belle journée.

Il ouvre la bouche, mais d’un geste vif elle lui pose le doigt sur les lèvres, et aussitôt s’étonne de son geste, regarde ses mains, recule.

Il s’assied en s’appuyant contre le tronc d’un chêne, observe cette femme que les herbes, les fleurs et les arbres ont adoptée. Lydia, je connais ton nom sans que je ne sache pourquoi, sans mémoire.

Elle pousse un petit cri, tord ses lèvres de douleur. Elle se tient la main droite, ensanglantée. L’index et le pouce manquent. Ils gisent dans l’herbe, à quelques centimètres d’elle.

À la vue du sang, l’homme se précipite vers elle. Laisse-moi t’aider. Laisse-moi te bander la main. Que s’est-il passé?

Mais au même moment, horrifié, il observe la main de Lydia se sectionner, comme si un sabre invisible la sectionnait. Des larmes montent aux yeux de la jeune femme, impuissante. Chut! S’il te plaît, Edgar, ne parle pas.

De sa main encore valide, elle tente de nouer un garrot autour de son avant-bras. Mais Edgar, inquiet, déchire sa propre chemise en lanières. Je vais te soigner. Il le faut.

Dans un hurlement, la femme bondit sur ses pieds et s’enfuit dans un sentier qui longe le ruisseau. Derrière elle, traîne dans les roseaux son joli bras ensanglanté.

À la vue de cette amputation, Edgar s’arrache les cheveux. Quelle malédiction a pu s’abattre sur sa compagne? Quel est cet endroit? Qui est-il? Qui est-elle? Il s’élance à sa poursuite, en proie aux plus étranges tourments. Lydia, attends-moi! Que se passe-t-il? Lydia? Où sommes-nous?

Lydia s’effondre lourdement sur une pierre qui surplombe l’eau. Elle a perdu une jambe, que le courant emporte dans un sombre nuage rougeâtre. Tais-toi! Edgar, je t’en prie, tais-toi!

L’homme, essoufflé, qui arrive enfin auprès d’elle, s’immobilise, saisi d’effroi. C’est un cauchemar! Ce n’est pas possible!

Aussitôt ces mots prononcés, Lydia perd la jambe et le bras qui lui restaient. Elle n’est plus qu’une petite chose sanguinolente, que la douleur anesthésie. Tais-toi. Tu me tues.

La voix est si faible qu’Edgar, hésitant, s’avance vers elle, se penche près de sa bouche pour entendre. Je vais t’emmener, je vais te sauver.

Paroles fatales. La tête de Lydia se détache du cou et roule sur les pierres jusque dans le ruisseau, où elle flotte de longues minutes avant d’être happée par les flots chantants.

Éperdu, terrifié, Edgar se prend la tête à deux mains et s’enfuit dans la forêt derrière lui. On ne l’a plus jamais revu.

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La Comédie

MANTIE: Si tu me dénonces, je nierai. Je nierai tout.

DISIA: Je ne te dénoncerai pas. 

MANTIE: Ça t’indiffère? Tu crois que ça n’est rien, tu t’en détournes comme d’une banalité, tu iras ton chemin sans arrière-pensée?

DISIA: Tu n’as pas à t’inquiéter. Je suis ton amie, pourquoi irais-je te dénoncer, et à qui?

MANTIE: Mais à tout ce qui écoute, lit, avale! À tous et à tout!

DISIA: Tu dramatises. Gardons notre sang tiède, respirons longuement, et viens avec moi, j’allais faire des courses.

MANTIE: Son sang est froid.

DISIA: Pas encore, mais ça viendra. Allez, viens.

MANTIE: J’en fais quoi?

DISIA: Laisse-le. Il n’a pas besoin de toi. Ni de personne, d’ailleurs.

MANTIE: J’ai peur d’avoir des remords. Je sens que je devrais faire un geste, quelque chose pour me racheter.

DISIA: Tu finiras par te dénoncer toi-même. Tu l’as trucidé parce qu’il ne voulait pas que tu touches à sa Comédie humaine. Le voilà bien mort, tu ne dois pas avoir peur des morts. Ils nous tournent le dos, tous. Alors.

MANTIE: Pourtant, je n’avais pas de haine. On dirait qu’il dort. A-t-il au moins prononcé un mot, un seul mot?

DISIA: Apportons sa Comédie humaine, à nous deux, nous y parviendrons. Ce serait vraiment dommage de la laisser derrière, et là, oui, ça rendrait tout cela modestement absurde.

MANTI: Je n’y avais pas pensé. Voler, une chose que je n’ai jamais faite. Pas même un bonbon.

DISIA: Là c’est différent. La culture, ça ne se vole jamais, ça n’a pas de prix.

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L’amie des animaux

Un alaskan malamute, que tout le monde trouve charmant, sauf les voisins qui n’en peuvent plus de ses hurlements à la lune, même les soirs sans lune. Jorge et Jonas prennent l’apéro chez leur amie Liane, l’amie des animaux et de l’alaskan malamute qu’elle a appelé Roger.

JONAS: C’est vrai que c’est un joli chien.

JORGE: Un peu gros, mais oui, joli.

LIANE: C’est plus qu’un chien. C’est Roger, mon ami. Il comprend tout, Roger. Ne riez pas. Quand je lui dis que c’est l’heure du dodo, il comprend.

JORGE: Il se couche aussitôt?

LIANE: Oh, Roger aime qu’on le lui répète un peu. En fait, il adore. Que voulez-vous, chacun ses petites faiblesses.

JONAS: Liane! Ton chien vient de chiper une tranche de pain!

Liane sourit, maternelle.

LIANE: T’en fais pas. Roger mange du pain. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais dès qu’il voit du pain, il ne peut pas résister.

JORGE: Regardez! C’est pas qu’une tranche, il part avec le pain au complet!

LIANE: Roger, tu fais ton coquin parce qu’il y a de la visite! Oh, Roger! Mes amis, je dois vous l’avouer. Je n’ai jamais aimé comme j’aime Roger! Oh, ne faites pas cette tête-là! On peut très bien aimer des animaux. Vous ne pouvez pas savoir, mais comme les animaux ne parlent pas, la communication est beaucoup plus subtile. Comme si nos esprits dialoguaient, comme si nos âmes volaient ensemble. Quelque chose de spirituel, je crois. Et d’intellectuel.

JORGE: Intellectuel?

JONAS: C’est une métaphore.

LIANE: Non non, pas une métaphore! Oh la la, non! C’est la pure réalité! Pure!

JONAS: Merde!

Le chien, ses deux pattes crasseuses sur le pantalon de Jonas, attrape son steak, le secoue dans tous les sens et s’en va l’avaler, en dix secondes, devant le seuil de la cuisine.

JONAS: Mon pantalon est foutu! Ton chien! Ton chien! Tu ne peux pas le retenir? L’attacher?

Liane, grand sourire d’amie des animaux.

LIANE: C’est le plus gentil des pitous. Roger, il est plus doux qu’un lapin!

JONAS: Mon pantalon! C’est un pantalon tout neuf!

Jorge s’éloigne précipitamment de la table. Juste à temps, puisque le chien enfourne son steak, directement dans son assiette.

LIANE: Si vous saviez comment Roger est intelligent. Au début, je lui ai appris les trucs de base, ceux que tous les chiens peuvent faire. S’asseoir, se coucher, tourner, sauter. Mais c’était, comment dire, un peu trop élémentaire pour Roger.

Le chien mord dans le steak de Liane, renverse au passage les coupes et la bouteille de vin, qui se fracasse sur les carreaux. Vin rouge sur le pantalon écru de Jorge, débris de verre éparpillés entre les trois dîneurs. Jonas, irrité, se lève, repousse sa chaise qui tombe à la renverse. Il marche en direction de la porte, suivi par Jorge.

JONAS: Tu as un problème, Liane!

JORGE: C’est vrai, quoi! On ne traite pas les gens comme ça!

LIANE: Je lui ai donc appris plein de choses. Je suis, si vous voulez, son enseignante à temps plein. Parce que oui, j’ai quitté mon boulot pour me consacrer entièrement à son éducation.

JONAS: Je ne te reconnais plus. Adieu Liane.

JORGE: Elle n’écoute pas. Nous n’existons pas.

LIANE: Mon mari m’accusait de lui préférer le chien! Comme c’est drôle. Évidemment, j’ai nié, longtemps. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il avait raison. Alors j’ai demandé le divorce, et plus personne ne s’interpose entre Roger et moi. Après tout, comme dit ma psy, nous n’avons qu’une vie! Autant la vivre pleinement, aller au bout de nos passions!

JORGE: Elle est folle. Ça finira mal.

JONAS: Pas notre problème. Viens, faut disparaître!

De la cuisine montent des bruits de verre brisé, de vaisselle piétinée, de nourriture mastiquée. Bruyamment.

LIANE: Récemment, je lui ai appris à retrouver des gens. J’embauche un étudiant, qui me sert de cobaye. Rassurez-vous, il ne lui est rien arrivé! Ah ah ah! Je prends son foulard, par exemple, et je demande à l’étudiant d’aller se cacher dans le bois. Une heure plus tard, je tends le foulard à Roger. Ah ah ah! Au début, il le déchiquetait! Quel plaisantin! Maintenant, il l’abîme un peu, c’est sa manie, mais surtout, il sait retrouver l’étudiant. Épatant, non?

Vêtements crottés, visages rouges, Jonas et Jorge quittent la maison, courent jusqu’à leur voiture et démarrent en faisant crisser les pneus. Dans la maison, un vacarme retentit, comme si le vaisselier au complet venait d’être renversé.

LIANE: T’en fais pas Roger, les gens ne nous comprendront jamais.

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Parachuté

Je l’ai rencontrée au Deauville Tattoo Festival. Canadienne. Deux jours, deux nuits. Nous nous sommes séparés à Roissy. Deux avions, deux retours. J’ignore son nom. Avant de partir, elle m’a chuchoté que nous aurions pu vivre ensemble pendant des mois, peut-être des années. Je l’ai suppliée de me laisser son courriel, m’a seulement dit qu’elle était de la Mauricie, Québec, Canada. Elle m’a quitté en me disant que si cette passion était pour nous, le destin nous réunirait.

La Mauricie. J’ai regardé, c’est grand. Quarante mille kilomètres carrés. Je ne crois pas au destin, mais sait-on jamais!

Deux mois plus tard, me voilà, parachute au dos, à survoler la Mauricie. Je sauterai au point le plus central, et je laisserai les vents me transporter là où il lui plaira.

Mon destin. C’est parti!

Sous moi, il n’y a que de la forêt. À perte de vue. Des montagnes, des lacs, des montagnes. Une inquiétante mosaïque verte et bleue.

Heureusement, les vents sont forts, et je me déplace vers le sud à une bonne vitesse. Mais si j’atterris là-dedans, je ne donne pas cher de ma peau. La survie en forêt, je n’y connais rien. Je n’ai ni vivres ni tente, pas même de bonnes chaussures de randonnée.

Trop tard. Impossible de remonter à bord de l’avion. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’il a disparu bien vite, cet avion. Me voilà seul au-dessus de ce pays que je ne connais pas.

Une route! Tout de même. Il y a des gens qui vivent par ici. Ou qui passent par ici, parfois. Aucune voiture, mais une route, c’est déjà ça.

Disparue la route. Forêt à nouveau. Paraît qu’il y a des ours, des loups, des lynx, des moustiques.

Une route à nouveau. Qui serpente dans la forêt entre les lacs. Quelques voitures, des camions. J’approche de la civilisation! Ma passion! Mon destin! J’arrive!

Des habitations, à peine visibles sous le couvert végétal.

D’autres routes. Enfin. J’approche du sol, je toucherai bientôt la cime des arbres!

Un village! J’atterrirai dans un village!

Me voilà rassuré. Laissons le vent me guider. Pourvu que je ne tombe pas au milieu de la route, devant un semi-remorque. Destin ennuyeux.

Des toits, des jardins, une église.

Quelques mètres, je vais toucher terre!

Oh! Aie!

Ma cheville!

Comment ai-je pu atterrir sur le toit de cette maison? Une si petite maison! Je crois que je me suis foulé le pied.

Mon parachute doit bloquer la porte d’entrée. J’entends remuer là-dessous. Est-ce qu’ils accueillent les étrangers à coup de fusil, dans ce pays?

Une femme, qui a bien dix ans de plus que moi. Me demande ce que je fais là. Je suis mon destin, madame. Elle n’est pas armée, elle sourit.

Ce n’est pas la femme que j’espérais rencontrer. Évidemment. J’aurais pu inventer, vous mentir un peu et raconter que je l’ai retrouvée, que le destin nous a réunis.

Mon amour du Deauville Tattoo Festival vit peut-être dans une cabane en bordure d’un des centaines de lacs que j’ai vus de là-haut.

La femme m’aide à descendre. Me soigne la cheville. Nous sommes dans un bled qu’ils appellent Saint-Élie-de-Caxton. Contrairement à moi, Élie, neuvième siècle av. J.-C., n’a pas atterri, il s’est envolé. Je l’ai peut-être croisé sans m’en rendre compte.

La femme était seule depuis trois ans, deux mois, une demi-heure. Elle ne l’est plus, depuis que nous avons signé les papiers à la mairie.

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Chez Georgette

Les étrangers qui entrent au café Chez Georgette en ressortent rarement vivants.

C’est un café sur le bord de la grande route, qui traverse du nord au sud la forêt de la Roche-Rouge. Isolé. Pas une autre habitation, pas même une station-service. Le premier village est à cinquante-deux kilomètres au sud, le second à quarante-huit kilomètres au nord.

Au café Chez Georgette, à part les routiers habituels, tout le monde est étranger. Je suis un routier. J’en ai vu des gens entrer, qui ne sont jamais ressortis. J’ignore ce qu’ils sont devenus. Je les ai peut-être rêvés.

Ce matin, il y eu cette femme qui montait du sud, qui s’est arrêtée pour manger un croque-monsieur. Presque jeune, elle ne souriait pas. Éteinte. Ni triste, ni inquiète, ni fâchée. Vide.

Puis il y a eu cet homme, qui descendait vers le sud. Il a commandé un croque-monsieur. C’est ce que choisissent tous les étrangers. Le plat du jour ne les attire pas. Pourtant.

Je ne m’arrête jamais plus de trente minutes dans ce café. Quand des étrangers entrent, ce qui est rare, je les observe. Alors le temps passe vite.

Puisque toutes les tables étaient prises, par les routiers et la femme, l’homme a demandé la permission de s’asseoir à sa table. Elle a haussé les épaules.

Il a ouvert son téléphone pour consulter ses messages, ils le font tous, mais comme il n’y a pas de réception ici, au milieu de la forêt, il l’a reposé. Nerveux. Sourire nerveux.

Les croque-monsieur n’arrivaient pas. Ils devraient vraiment commander le plat du jour, c’est tellement plus simple.

Il a levé les yeux vers elle, lui a parlé de la légende. Les étrangers qui disparaissent dans ce café. Il a ri. Il voulait constater, détromper les superstitieux. On sentait, cela était inscrit dans la brièveté de ses gestes entrecoupés, qu’il avait tout de même un peu peur. Qu’il aurait besoin de se convaincre lui-même.

Elle lui a répondu qu’elle n’y croyait pas, que c’était bête. Il s’est calmé. Ils ont parlé de la route, du croque-monsieur qui n’arrivait pas, ils n’avaient plus faim, voulait seulement faire une pause, il a été question de cinéma, de la ville, de la mer, de longues promenades dont ils se souvenaient, ou qu’ils imaginaient. Il a fini par lui prendre la main, elle a fini par lui donner un baiser. Combien de temps tout cela a duré? Une vie, ça m’a semblé.

Je suis sorti. Dans le stationnement, devant le café, il n’y avait que les camions des routiers. Je les connais tous, ces bahuts. Mais pas de voiture. Comme si ces deux étrangers étaient venus jusque là à pied.

Par curiosité, je suis retourné à l’intérieur. Leur table était prise par un routier. Un type du sud que je connais de vue. Nulle trace d’une femme, d’un homme, de ce qui ressemblait à un nouveau couple.

J’ai demandé à Georgette elle-même ce qui était advenu de ces deux-là. Elle m’a dévisagé comme si je lui racontais des obscénités. Je n’ai pas insisté, j’ai repris la route.

La prochaine fois, je prendrai des photos, pour me prouver que je n’invente rien. Ou je leur dirai de partir en courant, ou je les emmènerai loin, très loin du café Chez Georgette.

Traitement en cours…
Terminé ! Vous figurez dans la liste.

Le festival de la crevette

Les bureaux de l’Hebdo de Sainte-Antanoisiette-sur-mer sont en effervescence. Les employés, Adrien et Jill, courent dans tous les sens pendant que leur patron-rédacteur en chef LeMauve, hurle, gratte les murs, frappe du pied. Il n’y a pas de nouvelle.

Il ne s’est rien passé à Sainte-Antanoisiette-sur-mer aujourd’hui, rien à rapporter. Sauf que l’heure de tombée approche, le journal a besoin de son contenu. N’importe quoi ferait l’affaire, comme d’habitude. Sauf que là, il n’y a pas même n’importe quoi. Il n’y a rien.

Adrien a bien tenté de produire de la nouvelle. Répondant aux ordres du patron-rédacteur en chef, il est parti, il y a une heure, pour incendier la grange du bonhomme Lecourt, que personne n’aime, et qui n’est pas abonné au journal. Le bonhomme Lecourt l’a accueilli avec son vieux fusil de chasse. Calibre 12. 

Alors.

Le patron-rédacteur en chef a dépêché Jill au centre d’activités récréatives du Club de l’âge d’or de Sainte-Antanoisiette-sur-mer pour y glaner quelques rumeurs, ou au pire, d’anciennes nouvelles qu’on aurait omis de rapporter, ou dont on ne se souviendrait plus. La bande de vieux l’a vite trouvée suspecte, et les plus vaillants l’ont chassée à coups de cannes.

LeMauve pâlit. L’anxiété lui noue le regard, il sue à torrent. S’il ne trouve rien, il perdra des commanditaires, et s’il en perd, les propriétaires lui botteront le derrière.

Soudain.

Jill a une idée de génie. Le calme tombe comme une pierre, lourdement, pesamment. LeMauve et Adrien, toute oreilles, s’approchent.

JILL: Voilà, il suffit d’écrire un ou deux articles, une fois n’est pas coutume, à propos de ce qui se passe à Saint-Losionian-sur-dune. À ce qu’on m’a dit, il y a eu un meurtre la nuit dernière, un vol ce matin, et le maire a été hospitalisé cet après-midi pour une foulure à la cheville gauche.

ADRIEN: Quoi! T’es sérieuse? Mais c’est trop fort! C’est trop bon! Il faut écrire ça tout de suite, faire une entrevue, demander des commentaires, des analyses, des suivis! Le maire de Saint-Losionian-sur-dune s’est foulé une cheville! Quand même incroyable!

LEMAUVE: Attention! Ne nous emballons pas! Je vous l’accorde, que le maire de ce village sous-développé, qui fait ombrage au nôtre depuis des générations, se soit foulé une cheville est quelque chose. Mais nos lecteurs ne veulent pas de cette nouvelle. Ils veulent qu’on leur parle de Sainte-Antanoisiette-sur-mer, et de rien d’autre! Ils n’ont rien à faire de ce qui se trame à l’autre bout du monde! Et moi non plus d’ailleurs. Trouvons mieux!

Consternation.

Voyant s’envoler une si belle occasion de remplir des pages, non seulement aujourd’hui, mais pour les jours à venir, les deux journalistes s’effondrent. L’odeur de la fin plane dans l’air déjà nauséabond de leur petit local sans aération.

LeMauve, atterré lui-aussi par ce qu’il vient de dire, s’effondre sur une chaise.

Trente-deux minutes plus tard, Jill boit un verre d’eau. Ça la rafraîchit, ça lui redémarre la cervelle.

JILL: J’ai une autre idée! Locale!

LEMAUVE: Locale? Parfait, tu peux commencer à l’écrire. Au boulot!

JILL: Vous ne voulez pas l’entendre?

LEMAUVE: Si elle est locale, pas nécessaire.

JILL: Adrien?

LEMAUVE: Puisque tu insistes, vas-y. Mais fait vite, il faut produire, produire, produire, produire.

JILL: Le mois prochain, c’est le Festival de la crevette de Sainte-Antanoisiette-sur-mer. Nous pourrions écrire un article qui expliquerait l’origine de ce festival, son importance pour l’économie locale, pour la fierté locale, pour l’avenir local. Nous pouvons écrire des pages et des pages là-dessus, avec entrevues, commentaires et analyses.

LEMAUVE: Jill, tu es gé-ni-a-le! Géniale! Cela nous permettra, comme on dit, de mettre la table, et de bien la mettre! Nous ferons des suivis tous les jours pendant un mois. Et après la fête, nous parlerons de cette édition du festival, avec des dizaines et des dizaines d’entrevues, de commentaires, d’analyses! Notre journal est sauvé pour au moins trois mois! Et si entre-temps il y avait des nouvelles à couvrir, eh bien, nous aviserons!

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