À la librairie, il n’y a plus de libraires. Il y a des vendeurs de jouets, de sucreries, de fantastiques babioles électroniques. Il y a des rangeurs, des dérangeurs, des arrangeurs. Mais des libraires, il n’y en a plus, depuis longtemps. Alors quand on est légèrement idiot, absolument pas renseigné, pour tout dire égaré, comme moi, le choix d’un livre harasse. Il faut bien commencer quelque part. Je saisis un des vendeurs au passage. Facile à reconnaître, ils portent tous la même chemise bleue à motifs jaunes, avec leurs prénoms inscrits sur le coeur. Quel livre conseillez-vous, pas vous, personnellement, mais en tenant compte de l’intérêt des lecteurs, des critiques des critiques, vous savez ces gens qui font le trafic. Celui-là? Oui, un beau livre. Reliure solide, papier de qualité, qui ne jaunira pas trop vite, couverture sobre, comme je les aime. Mais dedans, vous savez ce qu’il y a dedans? Un roman. Ah bon, ils en font encore, des romans? Un roman qui raconte l’enquête d’un policier, mais qui n’est pas un roman policier parce que c’est un roman littéraire. Littéraire? Oui, voyez, nous l’avons rangé, classé, parqué dans la section littérature. Ça dit tout. Vous savez, ça pourrait m’intéresser, un roman policier littéraire qui n’est pas un roman policier! Prenez-le, achetez-le, la caisse est au bout de cette rangée. D’accord, je veux bien, mais vous en savez plus, sur ce livre unique, si bien relié? L’enquêteur, il a des valeurs, beaucoup de valeurs. Il veut qu’on protège les enfants, les commerçants, les éléphants. Une âme généreuse, voyez-vous. Lisez, vous aimerez. Vous croyez? Ça me rappelle un truc que j’ai lu quand j’avais quinze ans, il y a plus de quatre-vingt-deux ans. Vous demandez combien pour un livre comme ça? Trente dollars, quatre-vingt-quinze sous. Oh, je ne crois pas en avoir autant dans mon portefeuille. Vous n’auriez pas un journal, ça fera bien l’affaire, vous ne pensez pas? Dans les journaux, il y a plusieurs histoires, et c’est moins cher.
Archives de l’étiquette : microfiction
La fine mouche
À la fête, elle ne disait que bah, sla, bah sla et peut-être glagla gla. Je vous avoue qu’elle nous a franchement déçus, nous nous attentions de sa part, plus que de quiconque, à une prestance unique, à une quatre-vingtième, s’il le fallait, exécution mémorable, que nous aurions su commenter, raconter, dramatiser et enregistrer dans les annales de notre culture nationale parmi les grands et les grandes, au-dessus des minuscules bien entendu qui ont su s’y glisser grâce à leur présence d’esprit et à l’intervention du ministre, discrète et efficace, qui finit par nuire à ceux qui en profitent parce que là-dedans ils ne servent qu’à accumuler la poussière pendant que les brillants brillent, mais elle a délibérément tourné le dos à tout cela, sans toutefois nous fournir autre chose que ses glagla gla, qui n’expliquent, avouons-le, rien du tout et même, mais ici notre incompréhension est peut-être à mettre sur le dos d’une étroitesse de notre part, qui compliquent davantage une situation qui ne paraissait déjà pas tellement claire, à moins que, et c’est l’unique espoir qui nous reste, vous n’en sachiez un peu plus, parce que peut-être la connaissez-vous, peut-être avez-vous accès à son intimité et à ses propos hors contexte, mais vous n’avez pas à répondre, je ne vous pousserai pas au pied du mur, au contraire nous vous accordons toute la liberté dont vous souhaitez bénéficier et cela même si vous n’en savez pas plus que nous, même si à notre image vous errez, hésitant encore et peut-être pour toujours, si bien que la prochaine fois ils y penseront deux fois avant de l’inviter à nouveau, ce qui serait une perte dans la mesure où cette prochaine fois s’enchaînera peut-être à cette fois-ci pour nous guider, nous sortir enfin, parce qu’elle deviendrait alors une action audacieuse qui mériterait une intervention publique de notre part, de cette confusion.
La citrouille de Monsieur Bidodeau
Monsieur Bidodeau, notre voisin du bout de la rue, est un être abominable, dangereux.
Tout le printemps, tout l’été, innocemment, il a fait pousser une citrouille, une citrouille géante comme on n’en voit jamais au marché. Désherbage, fertilisation, chasse aux insectes, il y passait toutes ses journées, toutes ses nuits. Toutes. Oh, nous ne nous doutions de rien, non, et je l’avoue, nous nous moquions. Surtout quand il s’est mis à recouvrir sa citrouille avec des draps pour que les rayons du soleil ne fassent pas craqueler sa peau. La nuit, c’était encore plus drôle. Il l’enveloppait dans trois ou quatre sacs de couchage, pour s’assurer que les températures plus fraîches ne freinent pas sa croissance, et dormait à ses côtés pour la protéger des prédateurs nocturnes, rats, écureuils et autres bestioles.
Le résultat a été massif. Une citrouille d’une tonne. Une tonne! Qui a besoin d’une citrouille d’une tonne, de nos jours, qui? Pas nous, cela est certain, ni personne sur la rue, personne dans le voisinage.
Nous étions impressionnés par la taille du potiron, d’ailleurs plusieurs ont défilé pour la prendre en photo, pour prendre Bidodeau en photo, le jardinier extravagant. L’original a même eu droit à un reportage à la télé locale, où on pouvait l’entendre commenter c’est une grosse citrouille, mais rien de plus. La journaliste a bien voulu comprendre pourquoi, oui pourquoi faire ça, prendre tout ce temps pour ça, mais Bidodeau n’avait rien d’autre à dire que ben, c’est parce que c’est une grosse citrouille.
Il cachait bien son jeu, l’énergumène! Un soir, à la brunante, c’était en octobre, la citrouille a remué. Ma voisine, madame Lalibeau l’a vue, elle a capté la scène sur vidéo. Une citrouille qui bouge, qui se tourne d’un côté, puis de l’autre, personne n’avait jamais vu ça.
Alors les gens ont pris l’habitude, pendant toute une semaine à la brunante, de passer devant la maison de Bidodeau, pour voir la citrouille bouger. Tous les soirs, elle s’agitait davantage, et un son caverneux montait du fond de son corps obèse. Nous avons tenté de demander des explications à Bidodeau, mais il refusait de nous parler, il restait cloîtré chez lui, lui qui pourtant avait passé tant de jours, tant de nuits à l’extérieur.
La citrouille a fini par se calmer. Un répit qui a duré deux jours, peut-être trois. Un vendredi soir, beau vendredi d’automne où des dizaines de voisins promenaient chiens et enfants, notre monde a basculé. Il y a eu d’abord un énorme rugissement, en provenance de chez Bidodeau. Puis, sans crier gare, la citrouille s’est levée sur des espèces de jambes de bois, et s’est mise à agiter des espèces de bras verdâtres. Les premiers qui l’ont vue ont été saisis d’une frayeur indescriptible, mais au lieu de fuir à toutes jambes, ils ont brandi leurs téléphones pour filmer le phénomène.
Erreur! Le phénomène s’est lancé à leur poursuite, et à une vitesse folle, s’est mis à dévorer tout ce qui se présentait sur son chemin. La citrouille bouffait du citoyen!
Heureusement, j’étais déjà rentré à ce moment-là. J’ai tout observé de la fenêtre du salon, horrifié. La citrouille qui descendait la rue, qui courait, qui roulait, qui avalait tout, mais alors là, vraiment tout, humains, chiens, chats et rats. Son appétit semblait insatiable.
Rapidement, je me suis rendu compte qu’elle croissait. À force de manger, elle prenait des forces et du volume. Elle s’est mise à vider toutes les rues du quartier, avant de s’attaquer aux boulevards, à tout ce qui vivait dans cette ville. Bien sûr, la police est intervenue, mais leurs balles se perdaient dans la masse orange. Quand les autorités ont fait appel à l’armée, il était déjà trop tard. L’écorce de la citrouille était devenue impénétrable, plus solide que les plus solides des blindés. Il a bien fallu en convenir, rien ne pouvait l’arrêter.
J’ignore comment tout cela va se terminer. À la télé, on peut suivre les déplacements de la citrouille. Cela nous donne le temps de nous ravitailler. Mais il faut faire vite, parce qu’elle change de direction à tout bout de champ, c’est un monstre fou. Jusqu’ici, chaque tentative d’évacuation de la ville a échoué, comme si elle pouvait les deviner et intervenir à temps pour les empêcher.
Une fois qu’elle en aura fini avec nous, cette citrouille indestructible ira frapper une autre ville, puis une autre, et sa progression sera de plus en plus rapide, et elle, elle sera de plus en plus gigantesque, insatiable, inattaquable.
Je vous le dis, pendant que je le peux, on aurait dû se méfier de Bidodeau. Maintenant, plus personne ne peut plus rien pour nous.
Je ne te tuerais pas
Quatre heures du matin, je veille à ma fenêtre, celle qui donne sur le boulevard. T’en souviens-tu, cette fenêtre où tu aimais boire ton café le matin? C’est de là que je t’ai aperçue la première fois où tu nous a rendu visite dans ce nouvel appartement, c’est aussi de là que je t’ai vue t’éloigner avec Célestin, ton iguane qui ne m’a jamais aimée.
Je ne t’écris pas parce que tu étais à la télé, tout à l’heure. Tu y es si souvent, sans doute beaucoup plus souvent que je m’en rends compte. Tu sais à quel point je n’ai jamais pu supporter la télé, cette machine à mythes qui me donne la nausée quand je m’y attarde.
Je t’écris parce qu’il y a longtemps que j’y songeais, au moins depuis ce jour où avec Célestin tu a jugé bon de disparaître. Il y a un mois. Il y a un an. Ne hoche pas la tête, oui, il y a onze ans, trois mois, deux jours. Combien de livres as-tu publiés depuis? Au moins cinq, sans compter les collaborations à droite et à gauche. Surtout à droite, n’est-ce pas?
On m’a dit que tu vivais dans une petite maison au milieu des plaines, seule avec tes chiens et Célestin. Ça vit combien de temps, un iguane? Reviens-tu parfois par ici, ma petite sœur? Tu savais que Hanks et moi, c’était fini depuis quatre ans? Il tenté de te rejoindre, pas vrai? Il voulait poursuivre avec toi ce petit rêve que tu as fait naître. Pauvre nigaud. Comme tu as dû lui briser ses illusions! J’imagine ton air ahuri, ta totale incompréhension quand tu l’a vu à ta porte.
Tu es arrivée chez moi, tu as pris tout ce que tu désirais, et je t’ai encouragée, je t’ai abandonné tout ce que j’avais, toi ma chère petite, toi à qui j’aurais donné ma vie. Tu es partie sans me remercier, qui l’aurait fait, et tu m’as oubliée.
Depuis longtemps, je voulais te dire que l’appartement a commencé à se contracter dès le jour où tu es partie. C’était grand, ici, tu t’en souviens? Assez grand pour y organiser des partys, et nous en avons eu, oh oui, tous ces gens, nous dansions, nous rions aux éclats. Mais après ton départ, l’espace s’est fait plus rare, l’air moins respirable. Il n’a fallu que deux années pour que perdions le grand salon et la chambre d’amis, ta chambre. Hanks se plaignait continuellement, il ne supportait pas de se sentir aussi à l’étroit. Moi, je crois que j’attendais un mot de toi, et je lisais tes livres où je ne reconnaissais rien, où j’avais du mal à t’imaginer.
Quand nous avons perdu la moitié de la cuisine, Hanks est parti. Il suffoquait. Je ne l’ai pas retenu. Je ne retiens personne. Il ne m’a jamais écrit, à part une fois où il m’a demandé de lui envoyer ses livres de philosophie. Je les avais déjà brûlés.
Aujourd’hui, je n’ai plus que cette petite pièce, cet ancien boudoir d’où je t’écris. Tu ne pourrais pas revenir chez moi, je ne saurais où t’installer. Ah, bien sûr, tu pourrais prendre ma place, mais à quoi bon. Qui voudrait vivre seule, ici, dans un espace exigu? Et qui le sera davantage, avec le temps.
Tu sais, si je te revoyais, je ne te tuerais pas. Je t’embrasserais, et je te donnerais tout ce que j’ai.
Débris
Quand j’ai reçu ce coup de fil, j’ai eu peur, j’ai paniqué.
C’est qu’il en a fallu des années pour que le calme revienne dans cette maison. Au début, ce sont les murs qui remuaient. Toutes les nuits, les murs se déplaçaient et ça faisait tout un boucan, impossible de dormir. Mon fils se réveillait en pleurs, mon chien aboyait de minuit à quatre heures. Je ne compte plus les nuits où les voisins ont appelé les flics. J’avais beau leur expliquer, à propos des murs, mais ils ne m’écoutaient pas. Je n’ai pas trop insisté, je voyais bien qu’ils finiraient par m’enfermer. Car j’étais la seule témoin du phénomène, et chaque fois que j’ai voulu filmer la chose, évidemment ça s’arrêtait.
Quand les murs ont cessé de valser, je me suis dit que ça y était, que notre vie ressemblerait à une vie. Mais ça n’a pas duré. Ça ne dure jamais, avez-vous remarqué? Après les murs, ce sont les planchers qui se sont mis de la partie. Ça se passait encore la nuit, mais pas toutes les nuits, heureusement. La première fois, j’ai entendu des bruits de succion un peu partout dans la maison, comme si une bête énorme nous déglutissait. Je me suis levée en vitesse pour m’assurer que mon fils était en sécurité, mais je n’ai pas même eu le temps de me rendre à la porte de ma chambre. Le plancher m’a absorbée, d’un coup. Le parquet, les planches, les poutres en dessous, tout s’était transformé en une sorte de matière gélatineuse. Ça ne se voyait pas à l’œil nu, mais dès que vous y posiez le pied, vous étiez absorbée. Combien de nuits me suis-je retrouvée ainsi au sous-sol! Impossible de remonter avant le petit matin, à cause de cette foutue gelée. Alors je me réfugiais dans la salle de jeux, qui donne directement sous la chambre de mon fils, et je surveillais son sommeil d’en bas. Si jamais il s’était levé, si le plancher l’avait absorbé, j’aurais été là pour l’attraper. Heureusement, contrairement aux murs, les écarts des planchers ne l’incommodaient pas. Il dormait comme un petit prince.
Après les murs et les planchers, il y a eu les meubles parlant, les plafonds ouvrants, le toit soufflant. Là, je vous entends d’ici me demander, pourquoi ne pas avoir déménagé? J’ai déménagé. J’ai déménagé dès l’époque des murs valsant, mais ça n’a rien changé. Les nouveaux murs valsaient aussi. J’ai déménagé durant l’époque des planchers gélatineux. Les nouveaux planchers m’absorbaient tout autant. Vous voyez, j’ai fini par comprendre que ces phénomènes, c’est mon être, quelque chose d’incompréhensible en moi, qui les provoquais.
Toutes ces années! C’était à n’y rien comprendre, et j’en serais devenu complètement dingue s’il n’y avait pas eu mon fils.
Un jour, sans raison, tout s’est arrêté. Les nuits ont recommencé à s’écouler tout doucement, comme lorsque j’étais jeune. Oh, comme j’ai dormi alors! J’avais des années de sommeil à reprendre, tant de fatigue à chasser de mon corps meurtri.
Aujourd’hui, mon fils est heureux, il entrera à l’Université en septembre. J’ai rencontré Lukilou, lui et moi c’est le grand amour. Il vit maintenant avec nous, dans cette maison, petite, mais coquette, près de la rivière.
Un jour donc, au milieu de ce petit bonheur, le téléphone sonne, je réponds, une voix inconnue qui m’assure m’avoir connue il y a trente ans, à l’époque où je vivais rue Laurier. Il y a trente ans! À l’époque, je n’avais pas de sol sous les pieds, j’avais des dizaines d’amis, je souhaitais que ma vie, jamais, ne commence vraiment. Trente ans. Pauvre type. Si tous les gens de ce temps-là m’appelaient, on n’en finirait plus!
Lukilou m’a serré dans ses bras, il le fait comme personne. Il m’a suggéré de rassembler tous les débris, les murs, les planchers, les meubles, les plafonds, le toit, et d’écrire cette vie. Juste pour lui. Même mon fils a trouvé que c’était une excellente idée. Alors, je crois bien, oui, que je le ferai.
Mâcher de la boue
Nous sommes six, placés en cercle, à genoux, et nous mâchons de la boue. Derrière chacun sont plantés sur de hauts pieux des sabots de chevaux, desquels coulent continuellement de grosses gouttes d’eau. Ils nous ont lié les poignets, dans le dos, et interdit de nous lever, de changer de position. Nous croyons qu’ils ont des armes, mais nous ne les avons pas vues. Eux-mêmes, nous ne les avons pas vus.
Moi qui croyais que je me rendais à une partouze. J’avais autre chose de prévu, une sortie à vélo avec les copains, mais je me suis laissé convaincre par mon patron. Je n’ai jamais participé à une partouze, sans doute parce que je n’en ai jamais eu l’occasion. Y participer avec mon patron ne me disait rien qui vaille, mais j’ai besoin de cet emploi, pour encore au moins deux ans. J’ai failli refusé, je m’imaginais lundi matin au bureau, le voir parmi les autres après l’avoir vu là-bas. Il est là, maintenant, à mes côtés. Lui aussi mâche de la boue.
J’avais pourtant reçu un carton d’invitation ordinaire, comme on en reçoit souvent. Un vernissage, un de plus. Je ne connais pas l’artiste, mais on indiquait que Judith T. y serait, alors ça m’a décidé. J’avoue que ce matin, j’ai laissé le carton sur le coin de mon bureau, sans vraiment le lire. Une invitation pour le soir même, ça n’est pas sérieux. Combien de soirs, dans une année, où je n’ai rien? Cinq, six peut-être? Mais avant d’éteindre et de rentrer, son nom a attiré mon œil. Judith T.. J’ai dit merde, et j’ai appelé Charles pour lui annoncé que je ne l’accompagnerais pas à la première du film de Leo C., qui promet. C’est ce qu’ils disent. Comment ai-je pu aboutir ici, la bouche pleine de boue. C’est affreux. Que me veulent-ils?
Jusqu’à la dernière minute j’ai cru à une plaisanterie. Après tout, cette femme que je ne connais pas m’a dit que ce serait une fête surprise en l’honneur de Shayne F., et comme nous avons étudié ensemble, j’avais envie de le revoir. J’ai même apporté un cadeau, un masque du Costa Rica. Toute cette boue, quand je l’ai sentie, j’ai éclaté de rire. J’adore les plaisanteries bien salées. Je n’ai pas bronché au moment où ils m’ont attaché les poignets. Certes, c’était plus fort que ce à quoi on peut s’attendre, d’habitude. Mais bon, je me suis dit. Je ne le connais pas tellement, je veux dire, pas intimement, ce Shayne. J’ai même cru découvrir qu’il m’avait en grande estime, qu’il avait parlé de moi à ceux qui organisaient la surprise, qu’à la fin, nous nous lierions davantage. Mais quand on m’a forcé à me fourrer toute cette boue dans la bouche, j’ai compris qu’il n’y aurait pas de rigolade, qu’il n’y aurait pas d’amis, que j’étais pris au piège.
Lorsqu’il m’a avoué qu’il pensait à moi tous les jours, je l’ai écouté en silence. Je n’osais pas tout détruire à ce moment-là, si rapidement. Non, il ne flotte jamais dans mes rêves, je l’oublie dès que je ne le vois plus. Je n’ai pas osé, par lâcheté, parce que je lui en voulais de se croire permis de me balancer ce fardeau sur les reins, parce qu’un doute m’a piqué le cœur. Parfois, oui parfois il y a des lumières qui nous échappent, malgré la puissance de leur éclat. Et si moi aussi? Après tout, jusqu’ici je ne pouvais pas me vanter d’avoir eu du flair. Tous des salauds. Alors, j’ai accepté son invitation. Cinéma, restaurant, banal. Pourquoi pas. Il y en a si peu, dans ma vie, du banal. Ça me ferait peut-être du bien? À quel moment ai-je été détournée? Comment ai-je pu manquer ce rendez-vous pour me retrouver ici? Est-il dans le coup? Était-ce un piège? Faudrait qu’il me déteste avec une passion barbare pour me faire subir cette torture! Toute cette boue! J’en mourrai avant la fin de la nuit!
J’allais chercher des médicaments pour mon fils. Ça ne pouvait pas attendre, un terrible mal d’oreilles qui lui tirait des larmes, lui qui pleure si rarement. Je roulais, c’était déjà la nuit, il n’y avait presque pas de trafic. Au feu rouge, juste avant la pharmacie, une camionnette s’est arrêtée à ma hauteur. Que s’est-il passé? La camionnette s’est arrêtée. Qui conduisait? Je n’ai jamais vu le feu vert, je n’ai plus rien vu. Ils m’ont enlevé? Mais comment? Toute cette boue qui m’étouffe. Est-ce que ma femme s’inquiète? Ont-ils lancé des recherches? Ont-ils retrouvé ma voiture? Je ne savais pas que j’avais des ennemis. Des ennemis?
J’ai honte. J’ai été d’une naïveté déconcertante, moi qui n’accorde jamais ma confiance à la légère. Mais cette femme, dans ce réseau de rencontres en ligne, je la connais, croyais la connaître, depuis cinq ans! Cinq ans! Je lui ai proposé je ne sais plus combien de fois de la rencontrer, discrètement. Depuis le début, elle répétait qu’elle ne cherchait que des aventures. Bien sûr, bien entendu. Moi aussi. J’ai femme, enfants, maison, chalet, condo. Bien sûr, bien entendu. Mais elle annulait toujours, et quelquefois, j’annulais aussi. Là, d’un seul coup, elle était libre, j’étais libre, mais elle voulait plus, elle voulait une orgie! Une orgie! Il y aurait trois de ses amies, peut-être quatre. Elle insistait pour que mon responsable des ventes y participe. Comment le connaît-elle? Je n’ai rien soupçonné, je me suis dit que tout ce temps, elle savait exactement qui j’étais, malgré mon pseudonyme, malgré ma photo qui date, tout ce temps elle m’avait sans doute épié, avait vu cet employé. Bel homme, certes, mais ça m’a piqué, un brin de jalousie, oui oui. Je n’ai rien dit. Alors avec cet employé, pour ne pas rougir j’ai fait vite, nous ne sommes pas du tout intime, à la première occasion, sans réfléchir je le lui ai suggéré, j’ai bien vu que ça l’agaçait, j’ai failli lui dire de tout oublier, de m’excuser, que c’était une blague. Mais j’ai insisté, il a compris qu’il n’avait pas le choix, et à la fin, je crois que ça a fini par l’exciter. Il doit m’en vouloir. Mâcher de la boue! Belle orgie! Croit-il que je l’ai entraîné ici à dessein? Mâcher de la boue. Pendant combien de temps en mâcherons nous?
Nous n’avons pas le droit de parler, de communiquer entre nous, de nous plaindre. Nous respectons les consignes, à la lettre, parce que nous sommes convaincus qu’ainsi nous nous en sortirons. Nous en sommes convaincus, sans raison. Eux, ils restent silencieux, absents, et nous mâchons de la boue, pendant que de grosses gouttes tombent des sabots empalés.
Roger de toute éternité
À Kalilaro, un petit pays que personne ne connaît, pas même le Secrétaire général des Nations Unis, les cinq mille trois cent quarante-deux citoyens partagent une croyance qui n’existe nulle part ailleurs. J’entends déjà les requêtes des curieux, qui veulent savoir sous quelles latitude et longitude se trouve ce pays. Vous ne le saurez pas. J’ai promis à mon ami le président de Kalilaro de garder la chose secrète. Ils nous craignent, devinez pourquoi.
J’aime les Kalilarotiens. Nous avons beaucoup en commun, beaucoup beaucoup. Il n’y a qu’une seule chose sur laquelle nous ne sommes pas d’accord, c’est leur croyance. Eux croient qu’il faut y croire, pas moi.
Leur dieu s’appelle Roger. Ils sont monothéistes, parce qu’ils encouragent le multitâche depuis des temps immémoriaux. Mon ami le Grand Prêtre m’a pris à part pendant deux jours pour m’expliquer les fondements de leur croyance, la signification de leurs rites, et pour m’offrir les réponses à toutes les grandes questions. Sur la vie, sur la mort, sur l’amour.
En gros, Roger s’emmerdait tout seul, à tout faire, même les tâches ingrates. Il a donc eu une idée de génie: créer l’univers et le remplir. Depuis ce jours, les humains et les autres êtres vivants des autres galaxies s’occupent des tâches ingrates, tandis que lui, eh bien, il coule des jours tranquilles à régner divinement.
On s’en doute, j’ai soulevé une tonne d’objections, que mon ami le Grand Prêtre a écoutées sans me juger. Mais je voyais bien à son air érudit qu’il plaignait sincèrement mon inculture. Ça ne m’a pas vexé, le Grand Prêtre est profondément bon.
MOI: Depuis combien de temps Roger existe?
GRAND PRÊTRE: Il a toujours existé. Il est éternel.
MOI: Mais, à quel point dans l’éternité a-t-il commencé à s’emmerder?
GRAND PRÊTRE: Dans les derniers temps du Grand Vide.
MOI: Pourquoi? Je veux dire, qu’est-ce qui s’est passé pour que soudain, il s’emmerde, lui qui existait depuis toujours et qui depuis toujours ne s’était pas emmerdé.
GRAND PRÊTRE: Cela, c’est le mystère sacré, qui ne nous sera révélé que dix ans après notre mort.
MOI: Dix ans?
GRAND PRÊTRE: Le temps de compléter l’ensemble des cours et des examens à l’Université Édénique.
MOI: Mais Roger, je veux bien croire que c’est un mystère sacré son truc, mais ça ne fait aucun sens. Depuis l’éternité, il est cool, tout va bien, et soudain, paf, il s’emmerde. Logiquement, rien n’a pu se passer pour qu’il s’emmerde, puisqu’il n’y a rien d’autre que Roger. Et Roger n’a pas pu se mettre à penser à autre chose qu’à lui-même, puisqu’il n’y a rien d’autre. Si avant sa prétendue création, il n’y avait rien, mais vraiment rien de rien, il n’y aurait même pas eu de Roger. Donc, Roger est un personnage inventé.
GRAND PRÊTRE: Roger, tu ne peux pas y croire, puisque tu n’es pas d’ici. Mais Roger t’aime, et il t’a réservé une place à l’Université.
Sur ces propos théologico-académiques, nous avons rejoint le président, avec qui nous avons fait la fête tout le reste de la semaine. Mes amis Kalilarotiens ne m’en voulaient pas, au contraire, ils m’ont offert la plus douce des hospitalités, et depuis, ils comptent parmi mes meilleurs amis. Je crois que j’aimerais aller finir mes jours parmi eux, car je sais que jamais Roger ne se dressera entre nous pour nous séparer.
Histoire de moure
Aujourd’hui, nous faisons exception à la règle. Nous avons une nouvelle très sérieuse à rapporter. C’est un devoir, une question d’éthique et d’intérêt. Qu’à cela ne tienne, nous reviendrons à nos histoires débiles dès demain. Promis.
Alors donc. Ainsi. Voilà, voilà. Je vous narrerai cette histoire de cet écrivain condamné à la pendaison par les gros orteils. Si vous voulez mon avis, c’est barbare.
Transportons-nous au tribunal, il y a à peine une heure. Le juge a devant lui tous les livres de l’écrivain. Il ne les a pas lus, il l’avoue, mais on les lui a résumés, et surtout, on en a extrait les passages compromettants. Le juge a aussi rassemblé, imprimé, relié, une jurisprudence aussi épaisse que la pile de livres, c’est tout dire.
JUGE: Si je résume, Monsieur B., vous êtes accusé d’une centaine d’homicides involontaires. Vous n’avez pas chômé. J’en ai vu des quidams comme vous, mais aucun ne vous arrive à la cheville. Que dis-je, aucun ne vous arrive au gros orteil.
ÉCRIVAIN: Je suis innocent, Monsieur le Juge, innocent! Je vais mon chemin paisiblement, chichement, presque érémitiquement. Demandez à ma logeuse, à ma blanchisseuse, à ma pourvoyeuse!
JUGE: Vous ne vous rendez pas compte, de toute évidence. Un repentir sincère aurait allégé votre peine, oh de si peu, mais au point où vous en êtes, ce n’est pas négligeable.
ÉCRIVAIN: Tout ce que je fais, du matin au soir, Monsieur le Juge, c’est écrire des livres. Rien d’autre. À peine le temps de me laver, comme vous pouvez l’humer.
JUGE: Misérable! C’est bien là le problème! Ce que vous écrivez intoxique vos concitoyens! En une seule année, vos livres ont tué davantage que mes amis de la mafia!
ÉCRIVAIN: C’est insensé, Monsieur le Juge. Je suis pacifique, légèrement engourdi, et on me dit spongieux, parfois tendre et flasque. Je n’ai rien d’un massacreur, d’un égorgeur ou d’un tueur, Monsieur le Juge!
JUGE: Savez-vous combien, Monsieur B., combien de pauvres gens se sont tués parce que vous les avez poussés au désespoir? Vous!
ÉCRIVAIN: Je n’ai poussé personne, au désespoir ou ailleurs! Je ne fais qu’écrire des livres, de beaux livres, avec de belles histoires qui se terminent toujours bien. Toujours, Monsieur le Juge.
JUGE: Ne plaidez pas l’inconscience. Un écrivain, ça sait.
ÉCRIVAIN: Mais, Monsieur le Juge, j’ignore de plus en plus de jour en jour. Je doute, je me méprends, je ris.
JUGE: Tous ces gens qui se sont mis à chercher cette chose dont vous parlez tout le temps, cette chose… Attendez que je retrouve mes notes… Cette chose… Voyons… J’ai bien trop de notes, votre cas est si épais, si lourd! Voyons, c’est peut-être ici… Non. Mais qu’est-ce que c’est que cette chose… Je…
ÉCRIVAIN: Tous mes livres sont des romans d’amour, Monsieur le Juge. De simples romans d’amour.
JUGE: C’est ça! Cette chose, c’est la moure!
ÉCRIVAIN: L’amour?
JUGE: Exactement! La moure. Les gens lisent vos livres, ils les dévorent, et les voilà qui se lancent à la recherche de la moure. Mais cette moure, où est-elle? Ça, vous vous êtes bien gardé de l’indiquer, pas vrai? Alors, après avoir cherché la moure pendant des mois, des années, certains s’épuisent, s’assèchent et désespèrent. Ils en finissent avec leur vie, leurs si belles vies!
ÉCRIVAIN: Je suis innocent, tellement, complètement, absolument innocent.
JUGE: Coupable! Vous serez pendu par les gros orteils jusqu’à ce que mort s’en suive. Croyez-moi, ce sera long. Les charlatans de votre espèce mériteraient le bûcher, mais l’odeur de la bidoche brûlée incommode nos concitoyens. Vous avez déjà fait suffisamment de dégâts avec votre moure sans faire tousser les bonnes gens en flambant! Affaire close. Au suivant.
Chocolatine
CLAUDINE: Ton chien, Jasmine, est mieux nourri que mon fils.
JASMINE: Dans ce cas, change la diète de ton fils, Claudine. Sert-lui autre chose, révolutionne son menu. De la protéine! De la vitamine! De la cocaïne!
CARMITA: C’est plutôt la famine.
MARGOT: Claudine, c’est parce que tu es ma copine que je me permets. Mais plutôt que de continuer ta routine, achète toi des magazines, change ta cuisine, je suis certaine que tu lui trouveras une nouvelle doctrine.
CLAUDINE: Là n’est pas le problème, Margot. Tu roules en limousine, je lèche les vitrines. Je voudrais bien que tout ça cesse, que ça se termine.
JASMINE: La vie le veut ainsi. Tu travailles à l’usine, je domine. Maintenant, libre à chacune de nourrir son chien comme elle l’entend, ou son fils, avec de la poutine, ou des sardines. Et ne me rabat pas les oreilles avec cette Micheline, ce Raspoutine ou ce Lénine! Nous sommes des copines, je te donne tous ces conseils, pour que tu chemines.
CARMITA: J’ai parfois l’impression que tu me piétines. Ce n’est pas une douleur anodine.
JASMINE: Tu te ratatines, ma toute jolie. Tu incrimines et tu fulmines, tu veux une praline?
CLAUDINE: Je veux bien, mais ce qui me chagrine, c’est que tu t’obstine à me faire courber l’échine.
JASMINE: Petite coquine, va, va nourrir ton fils comme mon chien, et restons sibyllines. Mais qu’as-tu? Qu’est-ce que tu rumines?
CLAUDINE: C’est décidé, je me mutine!
JASMINE: Encore? Décidément, cette manie s’enracine.
CLAUDINE: La faim nous enquiquine. Mon fils s’amenuise, c’est la débine.
JASMINE: Voilà toutes tes amies qui s’agglutinent, et moi qui lambine! Je te laisse à ta nouvelle cuisine, et surtout, ma très chère copine, ne l’oublie jamais, il faut que tu chemines.
CLAUDINE: Tu me vois, tu le constates, je décline. J’ai besoin de dopamine, d’endorphine, de chocolatine.
La guerre
Le général Piouster s’inquiète. Les troupes du village ennemi avancent sur Danroche-sur-Lévy, l’odeur de la défaite empeste les rues et la campagne autour.
PIOUSTER: Comment, mais comment est-ce possible! Tout ça, Monsieur le Maire, à cause de votre radinerie! Combien de fois l’avons-nous répété! Il fallait investir dans nos services secrets, plutôt que d’offrir d’obscènes pensions à nos espions! Nous voilà dans de beaux draps!
SECRÉTAIRE: Qui ne le resteront pas longtemps.
MAIRE: Nous avions de bons renseignements, Général. Nous savions tout ce qui se tramait dans leur village, nous avions dressé une fiche d’information sur chacun des citoyens qui y vivaient. Comment deviner qu’ils nourrissaient des forces supplémentaires sur une base dissimulée dans la région la plus sauvage de la vallée?
PIOUSTER: Les espions, Monsieur le Maire, servent à ça, savoir ce que nous ne devrions pas savoir. Pas à nous raconter ce que tout le monde sait.
MAIRE: Si nous capitulons, ils ne nous épargneront pas. Ni vous. Ni moi.
SECRÉTAIRE: Et moi?
MAIRE: Pas question d’abdiquer. Nous ne nous rendrons jamais.
PIOUSTER: On m’avise à l’instant que les troupes ennemies sont en vue. Elles avancent à une vitesse folle.
SECRÉTAIRE: Pour ma part, si vous n’avez plus besoin de moi, je…
MAIRE: Taisez-vous. Ce n’est pas le moment. Écrivez. Notre descendance aura besoin de nos décisions héroïques. Général, à quelle vitesse avancent-ils? De combien de temps disposons-nous?
PIOUSTER: Ils avancent à cinq kilomètres à l’heure!
MAIRE: Mais c’est impossible! Techniquement, physiquement, gérontologiquement, impossible!
PIOUSTER: Ils disposent d’une technologie dont nos troupes ne peuvent pas bénéficier. Parce que vous avez réduit les budgets, Monsieur le Maire. Nous sommes cruellement désavantagés.
MAIRE: Quelle technologie? Tout le monde veut toujours de la technologie!
PIOUSTER: Des marchettes électriques, Monsieur le Maire. Ils en ont tous. On me dit que les soldats des bataillons qui se cachaient dans la vallée peuvent pousser ces machines à des vitesses encore plus élevées!
SECRÉTAIRE: La vitesse tue.
MAIRE: Appelez-en au courage de nos troupes!
PIOUSTER: Nos troupes, elles piétinent, Monsieur le Maire. Nos soldats s’effondrent, et tous ne se relèvent pas, et ceux qui y parviennent y mettent un temps fou. Leurs soldats des bataillons secrets ont la jeunesse pour eux!
MAIRE: La jeunesse? Quel âge ont-ils?
PIOUSTER: À première vue, on m’indique qu’ils auraient entre quatre-vingt-deux et quatre-vingt-cinq ans.
MAIRE: Impossible!
SECRÉTAIRE: J’aimerais bien les voir!
PIOUSTER: Nous avons mis nos plus jeunes au premier rang, mais l’espoir s’amenuise à chacun des pas de l’ennemi.
MAIRE: Quel âge ont nos plus jeunes? Quel est leur degré de mobilité?
PIOUSTER: De quatre-vingt quinze à quatre-vingt-dix-sept ans. Notre bataillon d’élite. Aucun d’eux ne peut rivaliser avec les soldats armés de marchettes électriques. Certains ont bien essayé, Monsieur le Maire, mais avec d’horribles résultats.
MAIRE: N’y a-t-il donc plus personne dans le village qui puisse marcher sous notre drapeau?
PIOUSTER: Depuis l’établissement de la conscription, seuls les moribonds sont exclus du service militaire.
MAIRE: C’est donc la fin? La fin des fins, qui s’approche?
PIOUSTER: Par votre faute, cela ne fait plus aucun doute.
SECRÉTAIRE: Ça va chauffer.
MAIRE: C’est inéluctable?
PIOUSTER: Affirmatif.
MAIRE: Aidez-moi, soutenez-moi, voulez-vous? Je veux me tenir debout quand notre heure arrivera. Écrivez-le, s’il vous plaît. Le maire se tint debout, fier et courageux devant l’ennemi.
PIOUSTER: Vous voulez vraiment vous lever? Ils n’investiront pas la ville avant une bonne dizaine de minutes, ils ne prendront pas la mairie avant une quinzaine de minutes. Vous tiendrez si longtemps, debout?
MAIRE: Je croyais la chose imminente. Vous avez raison, ne précipitons rien. Vous, cher secrétaire, allez à cette fenêtre, et avisez-moi dès qu’ils approchent. Mais écrivez déjà que le maire se tint debout, fier et courageux devant l’ennemi. On ne sait jamais.
SECRÉTAIRE: Je veux bien. Mais ma vue étant ce qu’elle est, je ne les verrai qu’au moment où ils atteindront la mairie.
MAIRE: J’aurai bien le temps de me lever. Si vous m’aidez.
PIOUSTER: Soyons courageux. Je suis prêt à leur offrir une résistance à tout casser!
