L’extraordinaire champ gravitationnel du nombril

YAN: Les gars! Vous avez vu? C’est quoi ce truc?

YOP: C’est un trou. Je crois que c’est seulement un trou.

YUK: Pas très profond ton trou, si tu veux mon avis.

YER: Ton avis pourrait être démenti par les faits. Regarde, le trou absorbe!

YAQ: C’est vrai! Il vient de gober ton chien!

YER: Oh Léo! Pourquoi t’a-t-on gobé?

YAN: Alertons les autorités, la police, l’armée!

YAQ: Trop tard, il vient d’avaler la voisine. Et le voisin.

YAN: Et leur maison! Où tout cela s’arrêtera-t-il?

YUK: Pas très original, ce trou. Il se prend pour un trou noir.

YAQ: Sauf qu’il n’est pas à des années lumières de nous! Il est juste là!

YAN: Je me sens aspiré. Les gars, aidez-moi, retenez-moi!

YER: Yan, c’était un bon gars, quand même.

YOP: Yaq aussi.

YUK: Yop aussi.

YER: Yuk aussi.

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De l’importance de savoir à quoi s’en tenir

POL: Bonjour, mon nom est Pol.

GAN: Bonjour, mon nom est Pol.

HYU: Bonjour, mon nom est Pol.

DAZ: Bonjour, eh bien, mon nom, mon nom c’est, c’est bien Pol.

VOR: Salut, moi c’est Pol.

MIP: Bon, voilà,  j’suis Pol.

TYR: Salut les copains, moi c’est Tyr!

TOUS: Salut Tyr!

TYR: Vous en faites une tête! On m’a dit, à l’extérieur, que vous étiez une petite bande de menteurs, de fabricateurs, d’inventeurs, de fabulateurs. C’est vrai?

TOUS: Non!

TYR: Tant mieux! Vous me rassurez. Il y a tant de ceci et de cela dans ce monde, suffirait de frapper à la mauvaise porte pour tomber sur des choses qui n’existent pas. Comme les musées de civilisations, tous des menteurs. Je ne vais jamais au musée. Je préfère les établissements comme le vôtre. D’accord, vous faites un peu intello, mais au moins, avec vous, on sait à quoi s’en tenir.

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Avec un titre pareil

KA: Je croyais que Hu m’aimait. Il me déteste.

TO: Dis pas ça, Ka, pauvre Ka. Est-ce que Hu t’a rendue triste?

KA: Oui. Lui qui ne m’a jamais rien offert à mon anniversaire, cette année, figure-toi, il s’est présenté avec un présent qui est tout sauf présentable, ce genre de présent dont je me serais bien passée. Un livre! Une histoire de meurtre!

TO: L’important, c’est les tensions.

KA: Oh! C’est loin d’être un suspense! Tu sais déjà pas mal tout, dès le début. Il y a cette gamine, prisonnière, qui a tué un môme, elle raconte n’importe quoi, des histoires de rats, de chats, de taureaux, ça va dans tous les sens, et puis c’est pas tout, il y a de la narration en plus, de la narration complètement endiablée, incapable de retenue, qui te fais faire le tour de la terre, tu es en Europe, tu es en Amérique, tu es partout, ça vient, ça va, la guerre, la paix. Faut vraiment m’en vouloir pour m’offrir un livre pareil. Moi j’aurais aimé un livre où j’aurais pu me laisser entraîner, m’engloutir, me perdre quoi!

TO: C’est quoi, ce livre qu’on t’a offert?

KA: Dila, le titre, c’est Dila.

TO: Effectivement, avec un titre pareil.

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La ballade des voisins imperceptibles

Il dormait. Il ne s’était pas rendu compte que personne ne l’aurait réveillé, comme son voisin, comme le voisin de son voisin, comme le voisin du voisin de son voisin, et les autres voisins.

Alors, quand il s’est levé au petit matin, beaucoup plus tôt que d’habitude, personne ne s’est soucié de cette incongruité. On a bien remarqué que les fissures des murs s’élargissaient, mais tant que la structure tenait, tant qu’en bas, dans la salle de production, les machines roulaient, on était satisfaits.

Sautant de surprises en surprises, il a fini par retomber au sol, avec tous les voisins de tous les voisins, avec le sien aussi. Sauf qu’il s’est foulé un pied.

Ainsi, depuis ce jour, va sa vie. Heureusement, il oublie encore souvent de se réveiller, et la terre tourne et tourne.

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De l’importance de faire confiance à Pat

Cette année-là, l’hiver avait été rude, l’hiver avait été long. C’était il y a très longtemps, dans un siècle sans automobile, sans chaussures en caoutchouc avec intérieur en feutre et même, sans iPhone.

BEN: J’en ai une bonne à te conter! Tu n’en croiras pas tes oreilles! Imagine-toi que j’ai une petite douleur aux jambes, et Lemay, le supposé médecin, veut me les couper! Slac! Les deux!

RON: Des jambes, c’est pourtant pratique. Qu’est-ce qu’elles ont, tes jambes?

BEN: Un peu de gangrène, c’est tout. Rien de plus, je t’assure! Mais Lemay, on le sait, il n’en manque pas une pour nous raccourcir, du haut ou du bas. Tu te souviens, il a coupé le bras de la p’tite Levasseur, il y a deux ans!

RON: Des bras, c’est pourtant pratique, surtout ici, où nous travaillons de nos bras. Pourquoi Lemay voudrait couper, comme ça, à gauche et à droite?

BEN: Que t’es naïf! Lemay, il est né à B, il a grandi à B, il a son bureau à B. Or, on sait que ceux de B détestent ceux de G, nous. Chaque fois qu’il en a l’occasion, Lemay coupe. Cette fois, ce sont mes jambes, demain, ce sera ta tête!

RON: Une tête, c’est pourtant pratique, même si on ne s’en sert pas souvent. Que vas-tu faire, alors?

BEN: J’ai consulté des gens qui s’y connaissent vraiment. Voilà tout. Ted, au Bar des Copains, m’a mis en contact avec Pat, qui en sait plus long que les médecins. Eh bien Pat m’a dit que je n’avais pas à couper ma jambe, oh que non! Il m’a préparé un remède, dont la recette est secrète. Je crois que c’est à base d’apocyn. C’est très cher, mais c’est efficace. Pat, c’est pas n’importe qui, on peut lui faire confiance. C’est un scientifique naturel, il a acquis ses connaissances par la vraie expérience. Pas dans des écoles où on bourre le crâne des p’tits prétentieux!

RON: M’a l’air d’un type bien, Pat. Mais l’apocyn, c’est pas un poison?

BEN: Tu penses que Pat me donnerait du poison! On voit que tu n’y connais rien! Pauvre tête de linotte.

RON: J’espère vraiment qu’ils ne me la couperont pas, quand même. Tu m’en prêteras, de ton remède à l’apocyn?

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Une famille rafistolée

À l’étage, le vieux Rosaire se meurt. Allongé dans son lit, il râle, écoute la télé, dort. Seule l’infirmière est admise dans sa chambre.

Au rez-de-chaussée, le majordome gère la propriété, reçoit les fermiers, paye les fournisseurs, vend la production, accueille la famille.

Famille réduite. La femme de Rosaire est morte, tout comme son fils, sa soeur, le mari de sa soeur. Ne reste que le neveu, Jean-Charles, et la belle-fille, Annabelle.

L’accueil de la famille se réduit donc à l’accueil de Jean-Charles et d’Annabelle. Jean-Charles est pressé, il a un train à prendre. Au pire, il reviendra. Pourquoi l’avoir fait venir si ce n’est pas encore, enfin, qu’est-ce qu’on y peut. Faut reconnaître que c’est agaçant.

Annabelle prendra le temps qu’il faut. Elle a besoin de cet, tout cela tombe à point, depuis qu’elle est veuve, elle n’a plus de, elle voudrait bien embrasser le beau-père, mais il préfère ne pas recevoir.

Jean-Charles et Annabelle boivent le scotch du vieux dans le salon. Ils se servent eux-mêmes, puisque que le majordome est débordé ailleurs, et ce n’est d’ailleurs pas là une de ses tâches.

D’ennui, Jean-Charles et Annabelle finissent par s’embrasser et, évaluant de visu l’ampleur d’une fortune unie, décident de s’accoupler sur le divan. Fiançailles avec les moyens du bord, mais malheureusement, le majordome ne veut pas célébrer le mariage. Cela aussi ne fait pas partie de ses tâches.

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Un brillant avenir

Papa tient un café où se réunissent tous les truands du quartier, tous très armés et très chics et très polis. Maman écrit des poèmes, et parfois, elle m’aide à faire mes devoirs.

Le café de papa n’est pas très bon, les poèmes de maman ne riment pas.

Devant tant de médiocrité, que peut-on espérer de moi? J’aimerais vendre du bon café aux bons poètes, mais mon ami Stéphane dit que tous les bons poètes sont morts, et que le bon café ne pousse plus. Je pourrais aussi écrire de bons poèmes sur le café, ce qui serait probablement ennuyant, tellement ennuyant qu’on voudra me faire taire par tous les moyens.

Ma vie est dans une impasse. Quand j’aurai dix ans, je rencontrerai, à l’école, un conseiller en orientation. Il saura m’aider à tracer ma voie. La mienne.

Peut-être finirai-je simplement par boire du café du matin au soir, en lisant des poèmes.

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De l’importance des monuments historiques miniatures

Z: Tu te souviens de P?

V: P? Non, je ne vois pas. À moins que… C’était pas ton beau-frère?

Z: C’était ton collègue! Tu as travaillé vingt ans avec lui, il est mort il y a cinq ans. Il occupait le bureau d’à côté, directeur de l’ingénierie informatique, mais tu le voyais tous les jours. Vous avez même fait du vélo ensemble, trois ou quatre fois.

V: Peut-être. Tu as une photo?

Z: Voilà, tu le reconnais maintenant? Cette photo a été prise deux mois avant sa mort.

V: Ah oui, je crois me rappeler. C’est pas lui qui vient d’une famille de cultivateurs.

Z: Non, ça, c’était G.

V: Qu’importe. Pourquoi tu me parles de ce P, mort il y a cinq ans?

Z: Je connais bien sa sœur, Y, et c’est sans doute pourquoi je me souviens si bien de P, eh bien, imagine toi qu’elle a mis la main, récemment, sur son journal personnel. Tout de suite après son divorce, un an avant sa mort, P a vécu pendant deux mois chez elle. Sa chambre était dans le sous-sol. Il avait caché son journal dans le faux plafond, et j’imagine qu’il l’y a oublié lorsqu’il est parti, il a dû penser qu’il l’avait perdu. Dans ce journal, tu sais ce que P raconte? Il y revient plusieurs fois, c’est ça qui est marrant, enfin, pas vraiment, c’est plutôt pathétique. Il raconte qu’il rêvait de quitter son boulot pour se consacrer à sa passion, la reproduction en miniature de monuments historiques. Il les aurait vendus, pour faire quelques sous, mais il savait qu’il ne pourrait jamais en vivre. Construire chacun des monuments prendrait trop de temps, beaucoup trop de temps, pour que ça soit rentable. Mais il était prêt à vivre pauvrement, louer un petit appartement, vendre sa voiture, bref, reprendre une sorte de vie d’étudiant, mais pour de bon. Il n’a jamais osé, essentiellement parce qu’il ne voulait pas laisser de lui l’image d’un type dérangé, complètement déconnecté du monde, de ce qui compte.

V: Pauvre con. Il croyait vraiment que les gens se souviendraient de lui?

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Une nouvelle extraordinaire qui en étonnera plus d’un

Q: J’ai appris toute une nouvelle!

T: Pas vrai!

Q: Oui, une nouvelle comme on en entend peu de nos jours.

T: Il faudra que tu me racontes parce que ça m’intéresse comme tout ce qui vient de toi tu nous arrives toujours avec de ces originalité on se demande où tu peux dénicher tout ça quel type de vie tu mènes car enfin un homme comme toi de l’extérieur ça ressemble à un homme comme moi mais on se rend bien compte qu’il y a un abîme entre nous oui malgré notre proximité notre amitié notre relation qui dure depuis mais tu vois très bien ce que je cherche tant bien que mal mais plutôt mal à t’expliquer pas besoin de me creuser la tête davantage sauf que j’avoue et de cela j’en glissais deux mots aux copains du café des sports que je voudraient bien connaître ton secret ou ta faculté ou faudrait-il parler d’une qualité à moins qu’il ne s’agisse d’une habileté que tu aurais développée à force de labeur après tant d’années et ce n’est pas impossible pour ma part je ne te connais pas depuis toujours même s’il y a déjà quelques années ce qui veut dire qu’avant je ne t’ai jamais interrogé sur cette époque pré-nous à quoi bon de quoi se souvient-on comment distinguer ce qu’on invente de ce qui a été je ne connais pas le tamis qui permettrait de séparer l’ivraie mais ça n’a pas d’importance puisque même le présent comme cet instant celui que nous vivons même lui ne nous apparaît pas tout à fait ça semble fou et ça l’est entre ce qui survient et nous se dresse l’imagination qui déforme réforme transforme si bien que ce qui se déroule maintenant entre toi et moi n’est pas une chose mais deux choses et ça pourrait être mille choses si nous étions mille nous ne vivons pas le même moment tu vois nous croyions partager ces quelques minutes alors que nous ne partageons rien du tout mais alors là rien de rien.

Q: Je dois y aller, K m’attend au château.

T: Et ta nouvelle?

Q: Ce sera pour la prochaine fois.

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Le plongeon amoureux

Tout ça a commencé le 7 juillet. Je marchais sur la promenade le long du fleuve, seul, joyeux. Il y avait des couples, des personnes seules, des vieux, des familles, des échantillons d’à peu près tout. Soudain, je l’ai vue. Elle. Une femme fantastique. Incroyable. Bouleversante. Elle avait, comment dire, de ces cheveux, oh, de ces cheveux! Comment vous la décrire davantage? Les mots me manquent. Elle avait de ces oreilles, et un front, des joues, et de ces lèvres, des sourcils, elle avait aussi un cou, des épaules, oui des épaules, et des bras, deux, parallèles, et un torse, mais quel torse, et un bassin, des cuisses, parallèles aussi, tout comme les tibias. Et quoi d’autre? Ah oui, bien sûr, des pieds. Alors, vous voyez? Vous comprenez? Incapable de résister, de réfréner mon élan, je me suis approché d’elle lentement, sourire numéro deux accroché au visage, et au moment où j’allais lancer ma phrase d’amorce, elle a sauté par-dessus la balustrade et s’est jetée à l’eau! J’ai crié, d’autres passants ont crié, mais en bas, dans le fleuve, elle a agité un de ses deux bras, pour nous montrer que tout allait pour le mieux, et elle s’est mise à nager vers l’autre rive, doucement, avec une grâce et une assurance qui m’ont rassurées. J’ai donc poursuivi ma promenade, tout de même triste du dénouement. Je l’aurais bien suivie, mais je nage si mal, que j’aurais probablement coulé avant de pouvoir lui exposer les motifs de mon approche. Mourir d’amour, oui, mais pas sitôt. Le lendemain, à la même heure, je me promenais à nouveau. J’étais joyeux, je marchais la tête haute. Contre toute attente, elle, la femme aux cheveux, aux oreilles, au front, aux joues, aux lèvres, aux sourcils et le reste, était là, exactement au même endroit. Sourire numéro trois, celui des occasions qui méritent qu’on les souligne, comme la rencontre d’un ami au lendemain d’une victoire au cent mètres, je m’avance vers elle, d’un pas déterminé, comme si je la connaissais déjà. Notre presque rencontre de la veille m’en donnait, à tort probablement, le sentiment. Donc, me voilà qui arrive sur elle, mais au moment où je suis à deux mètres d’elle, hop, elle saute à nouveau par-dessus la balustrade, et dans la flotte! Eh bien! Je l’ai regardée crawler, stupéfait, peut-être encore plus que la veille. Comment expliquer ce comportement? Je ne le saurais. Le lendemain, nouvelle promenade, je la vois à nouveau, mais par prudence, je m’approche discrètement, de biais, essayant de ne pas attirer son attention. Comme elle regardait dans la direction opposée, je me suis dit que cette fois je pourrais l’atteindre avant qu’elle ne plonge. Eh bien non. Quand j’ai atteint un peu moins de deux mètres, elle s’éclipse une fois de plus, gracieux saut dans les eaux grises du fleuve. Ma foi, j’étais abasourdi. Comme cette femme fantastique, incroyable, bouleversante, plongeait systématiquement à mon approche, une sorte de lien s’était créé entre nous. Nous étions de plus en plus près, l’un de l’autre. Du moins, je le croyais. Que faire? J’ai réfléchi, et ai compris que la seule façon de m’approcher à moins de deux mètres d’elle pour plus d’une fraction de seconde, était de plonger moi aussi. Voulant éviter la noyade, qui rendrait le plongeon définitif et inutile, je me suis donc muni d’une bouée. Orange. Le quatrième jour donc, j’étais déterminé. J’ai saisi ma bouée, et dès que je l’ai vue, je me suis mis à courir vers la balustrade. Mon objectif était de parvenir à sauter en même temps qu’elle, afin de toucher l’eau dans un splash commun. Ce serait, rêvais-je, comme notre mariage. Donc me voilà qui court, et hop par-dessus la balustrade, et plouf dans l’eau. Froide. Et tout de suite, j’avale une bonne tasse, mais je me ressaisis, je remonte à la surface. J’ai perdu ma bouée. J’aurais dû l’attacher avec une corde. Mais surtout, à mon grand étonnement, ce jour-là, elle n’a pas sauté. Elle était là-haut, je l’ai bien vue, avec d’autres passants, qui me regardaient me débattre, horrifiés, appelant à l’aide, me criant de tenir bon. J’ai tenu plutôt mal. On m’a repêché peu de temps après, inanimé. Deux kayakistes. Manoeuvres de réanimation, j’ai crachoté l’eau grise, j’ai survécu. Puisque je vous raconte. Sauf que par précaution, on a tenu à m’emmener à l’hôpital. Lorsque ma survie a été assurée, le médecin des urgences a laissé sa place à un psy, qui a refusé de me donner mon congé, surtout après avoir entendu mon histoire. Il était persuadé que j’avais voulu m’enlever la vie! Quelle idée, alors que c’est une histoire d’amour, tout cela! Mon histoire d’amour! Ça fait quelques jours, ou peut-être quelques semaines, que je suis ici. Personne, m’a annoncé le psy, n’avait jamais vu une femme plonger dans la rivière. Les policiers ont enquêté. Comme je maintiens ma version des faits, on craint que je ne récidive, si on me libère. Alors j’ai décidé de partager mon histoire sur les réseaux sociaux, dans l’espoir que la femme avec les cheveux, le cou, les bras parallèles et les tibias parallèles, se manifeste, et vienne me libérer. J’en profite pour l’embrasser, tendrement, et lui dire qu’elle pourra emménager chez moi quand elle le voudra.

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