Un prix nettement inférieur au prix du marché

H: Je n’avais pas très bien compris pourquoi nous avons pu acquérir cette maison pour la moitié de sa valeur. Elle était sur le marché depuis cinq ans, et apparemment, personne de la ville, petite vieillotte conservatrice ville, n’en a voulu. Nous avons acheté il y a maintenant trois ans. Mais un mois seulement après avoir emménagé, nous avons remis la maison à vendre. Évidemment, personne n’en veut, et notre seul espoir est d’attraper un nigaud, comme nous l’avons été, qui nous arriverait de l’étranger. S’il visite la maison, il sera ravi, charmé, il achètera. À condition de ne pas le laisser errer dans le voisinage, parce que là, ça le fera disparaître plus vite qu’un moustique dans un cyclone. J’aurais pu y rester, vous savez, si je n’avais pas eu la malheureuse chance d’être témoin du traitement que le voisin réserve aux gens qui lui manifestent ne serait-ce qu’un souffle de cordialité. J’ai compris que si vous ne le regardez jamais, si vous ne répondez pas à ses sourires à ses saluts, vous vous en tirez. Mais il y en a encore qui se laissent prendre au piège. Sans doute des nouveaux. Donc, ce jour-là, je marchais avec Pépine, notre teckel, quand j’aperçois cette dame à qui le voisin lance un bonjour chantant, des plus gais. Polie, elle lui répond par un léger inclinement de la tête, et pour ne pas être en reste, elle lui offre quelques unes des fraises sauvages qu’elle avait cueillies. C’était la première fois que je voyais le voisin, la scène me réchauffait le cœur, je me félicitais d’avoir choisi cette rue pour y bâtir notre nouvelle vie. Mais horreur! Cette délicieuse sérénité a été de bien courte durée. Aussitôt après avoir saisi les fraises, le voisin a sorti, je ne sais d’où, une machette avec laquelle il a d’abord sectionné la main de la pauvre dame, pour ensuite, d’un grand mouvement circulaire, lui couper la tête. Effrayé, j’ai attrapé Pépine et je me suis enfui! Aussitôt chez moi, j’ai appelé la police, qui n’a pas tardé. À leur arrivée, la tête et la main gisaient là, sur le trottoir, à deux mètres du corps. C’est alors que la voisine est entrée en scène, tenant par la main le voisin, affable et souriant. La voisine a expliqué aux policiers que tout cela n’était pas si grave que ça en avait l’air, que c’était même, à la limite, plutôt drôle. Elle a expliqué que le voisin, parfois, s’emportait ainsi, parce qu’il vivait un stress immense à cause d’un travail très exigeant, de douleurs dans les vertèbres, et d’une tristesse inconsolable liée aux frasques injustes de sa maîtresse. Compréhensifs, les policiers ont rangé les menottes qu’ils brandissaient déjà, ont emballé la dame en trois parties, et ont disparu. Depuis, la même scène s’est reproduite trois ou quatre fois, mais je n’en ai toutefois pas été témoin. J’ai simplement observé, subséquemment, quelques têtes fraîchement émondées. Chaque fois, semble-t-il, la voisine est parvenue à libérer le voisin de tout soupçon. Pour ma part, je promène toujours Pépine, mais je me garde de les saluer. Je vais mon chemin, morose, et je prie tous les soirs pour qu’un quidam achète ma maison. Pour ceux que ça intéresserait, il y a trois salles de bain, la plomberie est entièrement refaite, le sous-sol est habitable, et nous sommes prêts à laisser plusieurs meubles ainsi qu’une table de billard, tout ça pour un prix réduit nettement inférieur au prix du marché.

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Une souris n’est pas une chouette

MO: Tu étais une souris, j’ai oublié la couleur. Mais une souris, j’en suis certaine.

LU: Tu as perdu la tête? J’étais une chouette. Je mangeais des souris, parfois.

MO: C’était il y a si longtemps. Tu as oublié. On oublie tout.

LU: On ne s’oublie pas. Je n’ai quand même pas tout inventé. Je ne suis pas une fiction!

MO: Non, cela se verrait. Tu es bien toi.

LU: Tu vois!

MO: Mais toi, tu n’étais pas une chouette. Tu n’as jamais été une chouette. Moi qui ai deux fois ton âge, et de bons yeux, et une mémoire propre, je peux en témoigner.

LU: Pas une chouette? Je ne suis plus moi-même alors! C’est ridicule.

MO: Une souris, c’est pas mal. Regarde ce que tu es devenue.

LU: Ce que je suis devenue? J’avais collé des morceaux, j’avais construit quelque chose, mais je devrai recommencer, et comment recommencer sans fabuler?

MO: Tu seras ce que tu t’imagines, et nous en rirons dans dix ans.

LU: Je suis un personnage de bande dessinée.

MO: Ou de roman fantastique, ou de polar, ou d’un fameux film d’action!

LU: Un film philosophico-romantico-comique?

MO: Pourquoi pas! À toi de voir!

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Un grand rire raisonnable et bien placé

VLADIMIR: Commençons, vous le voulez bien, par cette histoire de cette femme qui voulait, sans raison apparente, s’enfuir avec les chandeliers, les sous-verre et les cahiers de notes du grand-père, personne ne la connaissait, mais ce qui est amusant est que pas un de nous de vous ne savait qu’il ne la connaissait pas, ce qui lui a permis, enfin, vous avez entendu ou lu ou vu les détails, pas besoin de tout reprendre depuis le début, ce qui importe et qui importera davantage encore lorsqu’un peu de temps aura coulé, ou dégoûté comme dirait l’aïeul, est d’identifier le véritable mobile du crime, qui pourrait bien finir par nous ruiner tous.

LOLA: Tous!

COCA: Tous tous tous.

ROCA: Autant que nous sommes, nous ne serons plus.

VLADIMIR: À peu près, car si nous pouvons admettre que l’habitude et les années nous aient voilé l’importance des chandeliers et des sous-verre, en ce qui a trait aux cahiers, nous n’avons nulle excuse, depuis la mort du grand-père, nous aurions dû, vous auriez dû, il aurait fallu au moins y jeter un coup d’oeil, après tout il n’y en avait pas tellement, onze ou douze, qui entre les balivernes, les remontrances, les vantardises, les histoires de jambes en l’air, vraies et fausses, cachait probablement la clef d’une fortune dont il a si bien su, pendant tout ce temps où nous l’avons soigné, cajolé, flatté, nous taire l’existence, pour ne nous laisser, dans les papiers officiels, pas même assez pour nous libérer de l’obligation de subvenir à nos moyens par le travail, le marchandage, les manigances.

ROCA: Misère!

COCA: Qui est cette femme?

LOLA: Une intrigante!

VLADIMIR: Il nous faut la retrouver avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’elle n’ait percé le secret des cahiers, avant qu’elle ne nous ait tous jetés sur la paille pour fuir à l’autre bout du monde, incognito, sans même se présenter aux funérailles du grand-père qui heureusement, merci grand-père, sont déjà payées de A à Z, un souci en moins, car autrement il nous aurait fallu consacrer le peu que, enfin, n’en parlons pas, nous l’avons évité, et malgré tout ce qu’on dit du cahier, les chandeliers, moi je les aimais bien, je les aurais volontiers pris.

COCA: Et moi les sous-verre, oh oui!

LOLA: Les chandeliers et les sous-verre!

ROCA: Une voleuse, voilà ce que c’est!

VLADIMIR: Pourtant, pourtant, ces aveugles de flics refusent de faire enquête, d’admettre qu’il y a eu vol, détournement de richesse familiale, spoliation de descendants, vous avez vu comme ils ont ri quand nous leur avons parlé des cahiers, ils ont tout de même demandé à Madame Vaugritard, son infirmière, mais la pauvre femme, yeux fatigués, la tête ailleurs, leur a balancé comme ça, pour se débarrasser d’eux, oui c’est ça, pour se débarrasser parce qu’elle n’en avait rien à faire pas de temps à perdre devait se trouver un autre client j’imagine qu’elle n’en prend pas plus de quatre ou cinq vu le temps qu’ils lui demandent, eh bien elle leur a balancé qu’il n’y avait rien dans ces cahiers qu’un compte rendu de ses journées, et des poèmes, que faut-il entendre, grand-père était pourtant un homme sensé, n’avait pas le temps d’écrire des poèmes, pas un gamin, un adolescent en mal d’amourettes.

LOLA: Des poèmes, pouah!

COCA: Des poèmes, quand même!

ROCA: Des poèmes, faites-moi rire!

VLADIMIR: La femme, j’aimerais bien que les flics l’identifient, et nous leur montrerons, à tous, qu’il n’y avait pas de poèmes là-dedans, que grand-père n’était pas un de ces, un comme ces, comment peuvent-ils le calomnier, le pauvre homme, trop mort pour se défendre, pour lever la main et mettre un terme à ces divagations, ils pourraient au moins le respecter, inventer autre chose, et pourquoi une inconnue volerait-elle des poèmes, ah ah ah, permettez-moi, malgré le deuil, de rire à grands coups bien placés, ah ah ah, à nouveau j’y vais, et n’hésitez pas à m’imiter, car c’est tout ce qui nous reste, j’en ai bien peur, un grand rire raisonnable et bien placé, pour une fois, très bien placé.

ROCA: Ah ah ah!

COLA: Ah ah ah!

LOLA: À notre ruine! Buvons!

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Ne me racontez pas d’histoires! 

Maintenant que les folies se sont estompées, retournons à nos moutons. Les histoires se succèdent et se juxtaposent, se suivent et se dépassent, et nous perdons le fil, nous perdons les fils.

F: Il y a cette histoire de personne qui se croyait aimée mais qui était dévalisée.

G: C’est bien triste. Bien triste.

F: Il y a cette histoire d’homme passionné qui a perdu la tête.

G: C’est bien regrettable. Bien regrettable.

F: Il y a cette histoire de camionneur soucieux qui a perdu son camion.

G: C’est bien dommage. Bien dommage.

F: Il y a cette histoire d’amour qui a duré soixante-sept jours.

G: C’est bien joli. Bien joli.

F: Il y a cette histoire de politicien qui a remporté son pari.

G: C’est bien pour lui. Bien pour lui.

F: Il y a cette histoire de falaise qui s’est écroulée.

G: C’est bien fâcheux. Bien fâcheux.

F: Il y a cette histoire d’exploitant qui a exploité.

G: C’est bien dur. Bien dur.

Mais ce ne sont pas de véritables histoires. Des mensonges, de petits mensonges, oui. Il n’y a qu’une seule histoire, découpée, dépecée, vidée.

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Rien de tel qu’une jolie promenade dans les bois 

Z: Comme aujourd’hui n’est que le lendemain d’hier nous irons tous en choeur nous recueillir dans les bois où dorment les ours du moins nous l’espérons car si nous tombons sur l’un deux je n’en parle qu’entre parenthèses entre les tiennes je devrais dire voilà c’est fait nous avons tout en main joueurs fébriles tout est possible la victoire le gros lot mais dès le matin commencent à s’enfiler à s’entrelacer ces millions de fils impossible de s’y retrouver comme je ris je me marre quand je les entends clamer qu’ils ont trouvé le sens et même plus ils disent un sens comme si mais passons ces égarements ces consolations la vie est belle courage courage tout vient à temps à qui sait attendre alors qu’il ne s’agit que d’ouvrir les yeux mais ça évidemment c’est dangereux potentiellement subversif qui sait ça pourrait détraquer la machine un automate qui fait un pas de côté ou pire qui se met à danser la polka sur la chaîne de montage ça serait beau mais ce matin il y a encore toutes les tornades qui s’emmêlent et qui entraînent radeaux et paquebots suffit de savoir naviguer peut-être pourrais-je prendre des cours dites vous connaissez une école vous avez un numéro merci merci je blaguais faut pas me prendre trop au sérieux parce qu’un sens je réussirai à en trouver un parmi les choses mortes.

A: Une promenade dans les bois! Youpi!

Z: N’oubliez pas vos gants, il fait froid.

A: Nous boirons du chocolat chaud en revenant.

Z: Près du feu.

A: Comme sur les cartes postales! Youpi!

Z: Youpi.

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Les soucis d’un camionneur dans la vie d’une femme qui n’a pas le temps

MONICA: Quand j’ai vu le camion débouler sur le boulevard, j’ai bondi en arrière pour ne pas être aplatie sous les roues. C’est là que ma vie a changé.

JANICA: À cause des autres piétons?

MONICA: Évidemment, mais pas que ça.

JANICA: Je me disais bien.

MONICA: En me reculant j’ai marché sur le pied d’une femme à peu près de mon âge air épuisée contrariée je veux dire un état de contrariété permanent quelque chose précédent l’instant tu vois je me suis excusée ses cheveux lui voilaient le visage je ne voyais que les lèvres une bande rouge crispée dure du fer chauffé à bloc j’ai eu peur tu sais peur comme si se dressait devant moi un humanoïde ou peut-être un extra-terrestre comment savoir je n’ai jamais eu la chance de jamais vu ni l’un ni et puis cette femme-là avec ses lèvres dures une vampire peut-être ma petite imagination un peu folle toujours moi ça ça ne change pas tu peux bien rire après la frousse a bien fallu m’excuser pour le pied elle n’a pas bronché rien en elle n’a bronché surtout pas les lèvres de glace ou devrais-je dire de marbre car il faisait plutôt chaud jour d’été ah ah ah le camion était loin maintenant les gens traversaient la rue elle est partie sans un mot sans un regard avait-elle des yeux je ne les ai pas vus c’est vrai qu’elle était grande je n’osais pas j’avoue la dévisager gêne crainte je m’embrouillais je veux dire dans ma cervelle j’imagine que ça se voyait car l’homme oui oui tout est là il y avait un homme derrière elle un inconnu complètement quelqu’un qui était là inconnu de moi d’elle il m’a vue m’a regardée j’allais reprendre mon chemin un peu secouée le camion n’avait pas ralenti pas klaxonné un forcené le feu était rouge il aurait pu nous mais il ne s’est rien passé c’était un de ces camions qui transportent des déchets liquides de larges tuyaux souples un siphon que sais-je je me suis secouée merde j’aurais pu y passer ce n’est pas madame lèvres d’acier qui m’aurait enfin j’étais vivante je le suis encore alors quand il m’a demandé si ça allait j’ai sursauté comment répondre je lui ai dit moi c’est Monica je me disais cette question c’est parce que oui quelque chose sur moi criait au monde faut croire puisque même un inconnu ça criait ou indiquait que ça n’allait pas je n’y pensais pas je me débattais encore dans ce tourbillon le camion l’aplatissement la mort la fin je ne reverrais pas mes parents mon frère toi tous il a souri m’a invité pas un café mais un kombucha pourquoi c’est toujours un café une bière un martini je l’ai regardé enfin je veux dire pour la première fois vraiment j’avais un rendez-vous à l’université mais soudain je n’en avais plus suffit de le décider un kom quoi ses premiers mots n’arrivaient pas à se frayer un chemin jusqu’à ma mais avant de comprendre je l’ai suivi il y avait ce petit comptoir près de la rivière nous avons parlé du camion des camions son frère ou son cousin ou son ami en conduisait un il y a tant de camions j’écoutais sa voix et les enchaînements de mots de phrases ça n’avait pas d’importance je me calmais et même plus il a cru remarquer que le chauffeur du camion parlait au téléphone un main libre selon lui parlait ou plutôt hurlait ou peut-être engueulait ou peut-être dénonçait comment savoir a raté le feu rouge sans le voir n’a pas réalisé qu’il aurait pu peut-être une querelle de couple on pense à ça souvent quand on voit de ces ou encore son patron ou sa banque des soucis de gros soucis il essayait de comprendre il a fini par me toucher la main je l’ai laissé faire je crois que nous avons rit oui sûrement quelques rires malgré les soucis du camionneur et ça allait de soi qu’il y aurait un rendez-vous c’était le lendemain ou plus tard mais pas trop j’aurais voulu t’en parler avant mais j’étais sonnée quand je l’ai revu je lui ai dit tout ça à cause des soucis d’un camionneur nous avons dansé sur la plage depuis je le vois presque tous les jours alors que je n’ai pas vraiment le temps pour ça en ce moment avec tout ce qui s’en vient.

JANICA: On trouve toujours le temps. On perd beaucoup trop de temps à n’avoir pas de temps. Les bonnes choses demandent du temps.

MONICA: Et autres banalités.

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Quand tout se réduit à un mal de dents comment souhaiter bon matin bonsoir ou autre chose

G : Il serait présomptueux de dire alors qu’une simple observation peut-être même une suggestion pourrait faire l’affaire si vraiment dans un cas comme celui-ci se termine une année qui donne envie de constituer un livre de gains et de pertes un résumé de vingt-quatre paires de ce qui est utilisé chaque année et toutes ces différentes années vécues dans la même année si on pouvait les additionner les vies d’ABC jusqu’à la fin de tous les alphabets qui se soucie du mouvement circulaire continu sans être répétition répétitive seulement nous conduit à l’illusion.

L : Parfois j’ai l’impression que tu parles à une ombre de toi-même et rarement à moi-même du moins pas à moi.

G : Je n’ai jamais compris la politesse de la politique des voeux et comment les choisir et quand et si je veux ce que tu ne veux pas te souhaiter si ça me rebute inutile de te dire qu’il pleut tu dois regarder la dynamique implacable amusant de ce côté car de ce côté pas de panne d’essence pas de panne jamais c’est pas merveilleux ils répètent mais non en réalité non c’est pas ça quand c’est simplement mais on aime un peu compliquer les choses et draper le tout de couleurs artificielles.

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L’union fait la force et s’interroge

BEN: Bientôt, je te décrirai en détail cette pièce où nous nous étions confinés pendant trois jours pour faire pression sur je ne sais plus quel pouvoir je connaissais peut-être un tiers de ces gens quand on dit connaître tu vois le reste des inconnus mais j’assumais on ne doit jamais assumer il y en avait de partout quand je dis partout tu aurais vu un tableau bigarré pas d’unité l’union fait la force mais l’union de quoi exactement je me le demandais quelle force avions-nous qu’en faisions-nous?

JOE: Toi-même, Ben, qui tu es, ce que tu es, pas clair, non, pas du tout.

BEN: Il y a de ces flous qui vous échappent, et alors vous échappent ces liens que vous croyiez mais qui n’étaient enfin dans cette pièce c’était la révolution en somme je veux dire la semence faudra-t-il attendre cent ans pour nous ne le saurons pas tout est semence de tout nous sommes bien les seuls ici aujourd’hui ils sont tous à fêter depuis longtemps ça n’est plus pour nous vie d’ascète j’exagère parce que ça me plaît et tu me plais de moins en moins quoique certains jours tu me dégoûtes un peu moins.

JOE: Qu’est-ce que tu foutais là? Tu as vraiment cru que c’était pour toi?

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Un pourcentage fera l’affaire 

JANVIER: D’accord je t’ai menti je ne t’aurais jamais demandé ton avis parce que tu racontes toujours des conneries comment se fier à toi tu sais bien par exemple quand tu vantes les mérites de ton centre de plein air pour petits vieux ton torse bombé tes yeux qui s’inondent tout cet amour gérontologique les canots les vélos tout le reste ça n’existe pas il n’y a plus de pagaies depuis des années tous les pneus sont à plat les chaînes rouillées tu les appâtes à coup de brochures tu empoches leur fric à peine s’ils peuvent se promener dans les sentiers tellement il y a d’arbres tombés personne ne les nettoie c’est la jungle un plein air démoralisant.

JASMIN: Comptes-tu le crier sur les toits?

JANVIER: Je n’ai besoin que d’un pourcentage.

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Un témoin surélevé que l’incertitude tenaille 

ALDO: J’étais monté dans un chêne blanc j’étais peut-être à vingt mètres du sol c’est là que ça m’a pris les palpitations la sueur et tout j’ignorais que j’avais le vertige si impétueux j’ai donc fermé les yeux pas question de monter plus haut ni de descendre ni de regarder autour un seul objectif retrouver mon sang-froid maîtriser cette phobie me raisonner je sais ça prend des années pour mais là je ne disposais pas d’années de quelques minutes quelques heures tout au plus au pire les pompiers viendraient me sauf que j’aurais l’air de quoi et l’air dans certaines circonstances ça compte d’autant plus qu’il y aurait témoins et parmi eux peut-être Adélanida que je ce n’est pas que je veuille lui cacher quelque chose une faiblesse plutôt l’exposition d’une faiblesse le spectacle car qui voudrait mais heureusement ça ne s’est pas produit après deux heures quarante minutes j’ai retrouvé le sol non sans m’être arrêté avoir fermé les yeux mille fois avoir respiré vous savez ces trucs qu’ils donnent quand il ne nous reste que ça et une fois au sol enfin libre je me croyais débarrassé de toute contrainte grand sourire et tout peut-être ai-je même chantonné mais ça c’était avant d’apprendre de brutalement me retrouver la cible de menaces d’une poursuite le chat et la souris j’étais la souris on m’avait vu là-haut moi qui ne voyait rien dans un des appartements on assassinait une vieille dame un type bien mis un professionnel persuadé que j’avais assisté au crime que je le reconnaîtrais j’ai bien tenté de lui expliquer palpitations vertige impossible mais comment le convaincre mieux valait prendre mes jambes à mon cou ce qui n’a pas tardé il avait eu le temps de me voler mon portefeuille il me retrouvera mon nom mon adresse où aller si je le dénonce on ne me croira pas mon histoire ne tient pas debout je ne pourrai pas le décrire deux ou trois mots sur ses vêtements mais pas beaucoup plus encore une fois la peur une autre peur et surtout pas envie de vraiment me le mettre à dos s’il voit que les flics ne lui tombent pas dessus s’il n’entend pas les sirènes peut-être comprendra-t-il que je ne l’ai pas mouchardé il me laissera peut-être qu’il ne me tuera pas?

PIETRO: C’est difficile à dire.

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