Nous deux, cela a déjà existé

ORT: Il y a là un problème historique insoluble.

UST: Une pomme, c’est un fruit.

YAR: Une pomme rouge, ou une pomme verte, ou une pomme jaune, ou une pomme mixte?

ORT: Une pomme verte. Une seule pomme.

UST: La pomme me nourrit.

YAR: Il y a Ort, il y a Ust, il y a la pomme.

ORT: La chair s’amollit. La peau se ride. Une pomme ambrée. Une pomme réduite. Elle est maintenant rousse. Elle est marron, elle a diminué de moitié. La pomme est sèche. Forme irrégulière, majoritairement cylindrique. La pomme est poussière.

UST: Cette pomme ne me nourrit pas.

YAR: Il y a Ort, il y a de la poussière de pomme. Il y a le souvenir de Ust.

ORT: Il y a toi, Yar, il y a moi, Ort, mais il n’y a pas nous deux.

YAR: Il y avait nous deux, jadis.

ORT: On pourrait n’y rien comprendre.

YAR: Ça viendra.

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La vie dans un immeuble en béton avec quelques graffitis et une grande cour

À tous les jours, mon immeuble grouille d’activités. On ne s’y ennuie pas. Par contre, il est souvent difficile de dormir.

D3: Il y a des gens qui jettent par la fenêtre des livres qu’ils n’ont pas lus.

T8: Il y a des citoyens qui jettent par la fenêtre des croyances.

H1: Il y a des quidams qui jettent par la fenêtre des téléphones.

U9: Il y a des hurluberlus qui jettent par la fenêtre des hurluberlus.

V5: Il y a des gens.

G7: Et un tas de débris en bas dans la cour.

C’est alors que le camion à ordure s’arrête, ramasse tout. Il n’y a plus qu’à recommencer.

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Jan découvre le monde et ne s’en remet pas

GOU: Jan a enterré son meilleur ami, et depuis, il en veut au ciel, parce que ce jour-là, il faisait beau, les oiseaux chantaient, tout resplendissait. Il aurait aimé un ciel d’orage, des tourbillons de vent comme dans les films. Au moins, une petite pluie. Les éléments n’en avaient rien à cirer de la mise au trou du quidam. Mais cela, il ne l’a jamais pardonné. Alors, depuis ce triste jour, il refuse de sortir de chez lui lorsqu’il fait beau, et court sur la tombe de son ami chaque fois que l’orage gronde à l’horizon.

TOL: C’est vrai que se faire enterrer quand le soleil brille, c’est insultant.

FOB: Quand les autos roulent encore.

BAW: Quand les usines tournent.

NUG: Quand les étudiants étudient.

POK: Quand les joueurs jouent.

SUZ: Quand les danseurs dansent.

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Les joies inestimables de l’amitié et de la pêche sur un lac

C’est alors que je l’ai reconnu. Il conduisait une fourgonnette marron, dans laquelle il entassait ses outils, ses câbles, tout son bazar. Et il partait. Parfois des jours, parfois des mois. Sur les routes, il parcourait le pays, s’arrêtait où on avait besoin de lui, grimpait dans les poteaux, branchait des fils, en débranchait d’autres, et repartait. Un jour, du haut de son poteau, il a vu un homme en poignarder un autre. Il est redescendu, discret, et s’en est allé grimper dans d’autres poteaux, à l’autre bout du pays. Mais on ne peut éviter l’inévitable. Il a vu des gens faire l’amour, des gens se battre, des gens pleurer, des gens mettre le feu à leurs voitures, maisons, voisins. Un jour il a vu une femme qui lui a souri. Poli, il lui a rendu son sourire, et a terminé son travail, au sommet du poteau. De retour dans sa fourgonnette, elle était assise derrière le volant. Sans hésiter, ils ont décidé de se marier, et d’aller vivre sur les rives d’un lac, d’un très grand lac. Comme la fourgonnette est tombée en panne, puis en ruine, il a décidé de rester chez lui, et de ne plus voir la vie du haut des poteaux. Je l’ai reconnu, quel hasard, au marché du village. Je l’ai remercié de ne m’avoir jamais dénoncé, lui qui m’avait vu trucider un bon à rien. Il m’a remercié de ne pas l’avoir poursuivi, lui qui aurait pu faire un témoin inquiétant. Depuis, nous sommes bons amis, et nous pêchons presque tous les jours sur le lac, le très grand lac.

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Marcher encore une autre année

Il y a tant de jours.

V: Tu as inventé un monde différent chaque jour, depuis une semaine, un mois, un an. Un an déjà?

C: Un an. Ça m’a coûté quelques cheveux.

V: Je n’en ai plus. Est-ce que tu t’y retrouves? Je pourrais peut-être t’aider.

C: Pourquoi pas. Apporte ta boussole, tes cartes, tes bottes de randonnée, et partons! Partons enfin!

V: Voilà, voilà. Par ici! Par là!

C: Nous sommes bien seuls. Tu es certain que nous avons pris le bon chemin? La nuit va bientôt tomber.

V: La nuit est tombée depuis longtemps, mon ami. Tu n’avais pas remarqué? Sérieusement?

C: Où ai-je la tête!

V: Éloignons-nous. Éloignons-nous encore un peu. Nous n’avons pas besoin de repasser sur nos pas, sur leurs pas. Avançons, je t’assure, tu finiras par t’y retrouver.

C: Est-ce que je parlerai encore au vent?

V: Tant que tu peux parler! De quoi se plaint-on!

C: Nous sommes perdus. Totalement égarés. Dormons un peu, retrouvons nos forces, et demain matin, tu me raconteras une histoire. Où j’inventerai à nouveau, et nous marcherons une autre année.

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Quelle chance de pouvoir manger tout le chocolat

B: Bonjour, comment vas-tu? Tu ne réponds pas? Mais où es-tu donc? Je ne te vois pas. Tu te caches, encore, tu veux me faire peur? Petit vilain. Tu sais bien que mon coeur cédera, un de ces jours!

B se déplace aléatoirement.

B: Ah! Te voilà! Tu joues au mort, aujourd’hui?

G: Je suis vraiment mort, ce n’est pas un jeu.

B: Si tu ne jouais pas, tu ne parlerais pas.

G: Qu’en sais-tu?

B: Je n’ai pas la tête à me la prendre. J’ai préparé un goûter, c’est prêt. Tu viendras, quand tu auras cessé d’être mort.

G: Est-ce qu’il y a du chocolat?

B: Oui, j’en ai acheté une boîte, hier.

G: J’arrive. Juste le temps de me relever.

G ne bouge pas. Les cadavres ne bougent pas. La plupart du temps.

B, lasse d’attendre, mange tout le chocolat.

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L’extraordinaire champ gravitationnel du nombril

YAN: Les gars! Vous avez vu? C’est quoi ce truc?

YOP: C’est un trou. Je crois que c’est seulement un trou.

YUK: Pas très profond ton trou, si tu veux mon avis.

YER: Ton avis pourrait être démenti par les faits. Regarde, le trou absorbe!

YAQ: C’est vrai! Il vient de gober ton chien!

YER: Oh Léo! Pourquoi t’a-t-on gobé?

YAN: Alertons les autorités, la police, l’armée!

YAQ: Trop tard, il vient d’avaler la voisine. Et le voisin.

YAN: Et leur maison! Où tout cela s’arrêtera-t-il?

YUK: Pas très original, ce trou. Il se prend pour un trou noir.

YAQ: Sauf qu’il n’est pas à des années lumières de nous! Il est juste là!

YAN: Je me sens aspiré. Les gars, aidez-moi, retenez-moi!

YER: Yan, c’était un bon gars, quand même.

YOP: Yaq aussi.

YUK: Yop aussi.

YER: Yuk aussi.

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De l’importance de savoir à quoi s’en tenir

POL: Bonjour, mon nom est Pol.

GAN: Bonjour, mon nom est Pol.

HYU: Bonjour, mon nom est Pol.

DAZ: Bonjour, eh bien, mon nom, mon nom c’est, c’est bien Pol.

VOR: Salut, moi c’est Pol.

MIP: Bon, voilà,  j’suis Pol.

TYR: Salut les copains, moi c’est Tyr!

TOUS: Salut Tyr!

TYR: Vous en faites une tête! On m’a dit, à l’extérieur, que vous étiez une petite bande de menteurs, de fabricateurs, d’inventeurs, de fabulateurs. C’est vrai?

TOUS: Non!

TYR: Tant mieux! Vous me rassurez. Il y a tant de ceci et de cela dans ce monde, suffirait de frapper à la mauvaise porte pour tomber sur des choses qui n’existent pas. Comme les musées de civilisations, tous des menteurs. Je ne vais jamais au musée. Je préfère les établissements comme le vôtre. D’accord, vous faites un peu intello, mais au moins, avec vous, on sait à quoi s’en tenir.

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Avec un titre pareil

KA: Je croyais que Hu m’aimait. Il me déteste.

TO: Dis pas ça, Ka, pauvre Ka. Est-ce que Hu t’a rendue triste?

KA: Oui. Lui qui ne m’a jamais rien offert à mon anniversaire, cette année, figure-toi, il s’est présenté avec un présent qui est tout sauf présentable, ce genre de présent dont je me serais bien passée. Un livre! Une histoire de meurtre!

TO: L’important, c’est les tensions.

KA: Oh! C’est loin d’être un suspense! Tu sais déjà pas mal tout, dès le début. Il y a cette gamine, prisonnière, qui a tué un môme, elle raconte n’importe quoi, des histoires de rats, de chats, de taureaux, ça va dans tous les sens, et puis c’est pas tout, il y a de la narration en plus, de la narration complètement endiablée, incapable de retenue, qui te fais faire le tour de la terre, tu es en Europe, tu es en Amérique, tu es partout, ça vient, ça va, la guerre, la paix. Faut vraiment m’en vouloir pour m’offrir un livre pareil. Moi j’aurais aimé un livre où j’aurais pu me laisser entraîner, m’engloutir, me perdre quoi!

TO: C’est quoi, ce livre qu’on t’a offert?

KA: Dila, le titre, c’est Dila.

TO: Effectivement, avec un titre pareil.

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La ballade des voisins imperceptibles

Il dormait. Il ne s’était pas rendu compte que personne ne l’aurait réveillé, comme son voisin, comme le voisin de son voisin, comme le voisin du voisin de son voisin, et les autres voisins.

Alors, quand il s’est levé au petit matin, beaucoup plus tôt que d’habitude, personne ne s’est soucié de cette incongruité. On a bien remarqué que les fissures des murs s’élargissaient, mais tant que la structure tenait, tant qu’en bas, dans la salle de production, les machines roulaient, on était satisfaits.

Sautant de surprises en surprises, il a fini par retomber au sol, avec tous les voisins de tous les voisins, avec le sien aussi. Sauf qu’il s’est foulé un pied.

Ainsi, depuis ce jour, va sa vie. Heureusement, il oublie encore souvent de se réveiller, et la terre tourne et tourne.

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