Perdu au supermarché il tombe dans un piège qu’il avait jusque là évité

T: Georgette regroupe plus de deux mille maux et en tant que funambule mondiale de l’alimentation et au-delà, elle dispose d’une équipe spécialisée de près de plusieurs employés. Georgette compte prendre soin de sa démarche responsable.

H : Je n’ai rien à me reprocher.

T: Elle est fière de servir les policiers et de partager sa passion de la cuisine depuis quarante ans. Quelle est votre vision? Un trou. Béant. Georgette crée du moderne qui répond aux besoins, qui se consomme. Vous avez travaillé sans relâche, malgré vous, pour que cela se produise. Au fil du temps, Georgette a acheté d’autres chaînes, comme A, C, E., elle est devenue la plus grande, telle que nous la connaissons, notre joyeux joyau.

H : Rien ne change. Je survivrai.

T: Votre passion pour la nourriture nous a conduit dès le début à trouver des moyens de transformer les modèles libre-service, à emporter ce qui ne fonctionnera jamais. Au lieu d’attendre derrière le comptoir que le vendeur récupère les articles que vous vouliez, car vous pouviez toujours marcher dans l’allée, vous avez décidé de servir cette destination de santé, vous vous êtes perdu.

H : Non. Vous, c’est vous qui êtes perdus. Vous n’avez qu’à me libérer.

T: Je te déteste. Mais puisque la réalité m’y oblige, je te laisserai la vie.

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Quand tout se réduit à un mal de dents comment souhaiter bon matin bonsoir ou autre chose

G : Il serait présomptueux de dire alors qu’une simple observation peut-être même une suggestion pourrait faire l’affaire si vraiment dans un cas comme celui-ci se termine une année qui donne envie de constituer un livre de gains et de pertes un résumé de vingt-quatre paires de ce qui est utilisé chaque année et toutes ces différentes années vécues dans la même année si on pouvait les additionner les vies d’ABC jusqu’à la fin de tous les alphabets qui se soucie du mouvement circulaire continu sans être répétition répétitive seulement nous conduit à l’illusion.

L : Parfois j’ai l’impression que tu parles à une ombre de toi-même et rarement à moi-même du moins pas à moi.

G : Je n’ai jamais compris la politesse de la politique des voeux et comment les choisir et quand et si je veux ce que tu ne veux pas te souhaiter si ça me rebute inutile de te dire qu’il pleut tu dois regarder la dynamique implacable amusant de ce côté car de ce côté pas de panne d’essence pas de panne jamais c’est pas merveilleux ils répètent mais non en réalité non c’est pas ça quand c’est simplement mais on aime un peu compliquer les choses et draper le tout de couleurs artificielles.

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L’union fait la force et s’interroge

BEN: Bientôt, je te décrirai en détail cette pièce où nous nous étions confinés pendant trois jours pour faire pression sur je ne sais plus quel pouvoir je connaissais peut-être un tiers de ces gens quand on dit connaître tu vois le reste des inconnus mais j’assumais on ne doit jamais assumer il y en avait de partout quand je dis partout tu aurais vu un tableau bigarré pas d’unité l’union fait la force mais l’union de quoi exactement je me le demandais quelle force avions-nous qu’en faisions-nous?

JOE: Toi-même, Ben, qui tu es, ce que tu es, pas clair, non, pas du tout.

BEN: Il y a de ces flous qui vous échappent, et alors vous échappent ces liens que vous croyiez mais qui n’étaient enfin dans cette pièce c’était la révolution en somme je veux dire la semence faudra-t-il attendre cent ans pour nous ne le saurons pas tout est semence de tout nous sommes bien les seuls ici aujourd’hui ils sont tous à fêter depuis longtemps ça n’est plus pour nous vie d’ascète j’exagère parce que ça me plaît et tu me plais de moins en moins quoique certains jours tu me dégoûtes un peu moins.

JOE: Qu’est-ce que tu foutais là? Tu as vraiment cru que c’était pour toi?

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Bonne lecture mais pas aujourd’hui 

CARL: Aujourd’hui, je n’ai ni le temps de lire, ni celui de dire, pas même celui d’écrire. À moins que je sois seul.

CARL: Suis-je seul?

CARL: Apparemment, oui.

CARL: Ainsi est-il, prends en bien note et veille à ne rien oublier. Tu pourras t’ennuyer un peu, te laisser aller à observer les derniers geais bleus et les jolies dames qui soufflent des nuages de buée que le froid polaire pétrifie aussitôt en petites boules de glace.

CARL: C’est dangereux.

CARL: Oui, elles assomment des enfants avec ces boules, toutes mignonnes soient-elles. Et des inconnus, comme toi. Gare à toi.

CARL: Je les observerai derrière une vitre, un verre épais, blindé, qui me protégera encore pour des années. À moins qu’un jour le gel ne le fasse éclater, mais cela ne s’est jamais vu.

CARL: Il y a tant de choses qui ne s’étaient jamais vues.

CARL: Demain, oui demain, je lirai le récit d’un funambule.

CARL: On dit que c’est un best-seller.

CARL: Un quoi?

CARL: Quelque chose à lire, qui doit être lu. Alors demain, je te souhaiterai bonne lecture.

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Un pourcentage fera l’affaire 

JANVIER: D’accord je t’ai menti je ne t’aurais jamais demandé ton avis parce que tu racontes toujours des conneries comment se fier à toi tu sais bien par exemple quand tu vantes les mérites de ton centre de plein air pour petits vieux ton torse bombé tes yeux qui s’inondent tout cet amour gérontologique les canots les vélos tout le reste ça n’existe pas il n’y a plus de pagaies depuis des années tous les pneus sont à plat les chaînes rouillées tu les appâtes à coup de brochures tu empoches leur fric à peine s’ils peuvent se promener dans les sentiers tellement il y a d’arbres tombés personne ne les nettoie c’est la jungle un plein air démoralisant.

JASMIN: Comptes-tu le crier sur les toits?

JANVIER: Je n’ai besoin que d’un pourcentage.

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Un témoin surélevé que l’incertitude tenaille 

ALDO: J’étais monté dans un chêne blanc j’étais peut-être à vingt mètres du sol c’est là que ça m’a pris les palpitations la sueur et tout j’ignorais que j’avais le vertige si impétueux j’ai donc fermé les yeux pas question de monter plus haut ni de descendre ni de regarder autour un seul objectif retrouver mon sang-froid maîtriser cette phobie me raisonner je sais ça prend des années pour mais là je ne disposais pas d’années de quelques minutes quelques heures tout au plus au pire les pompiers viendraient me sauf que j’aurais l’air de quoi et l’air dans certaines circonstances ça compte d’autant plus qu’il y aurait témoins et parmi eux peut-être Adélanida que je ce n’est pas que je veuille lui cacher quelque chose une faiblesse plutôt l’exposition d’une faiblesse le spectacle car qui voudrait mais heureusement ça ne s’est pas produit après deux heures quarante minutes j’ai retrouvé le sol non sans m’être arrêté avoir fermé les yeux mille fois avoir respiré vous savez ces trucs qu’ils donnent quand il ne nous reste que ça et une fois au sol enfin libre je me croyais débarrassé de toute contrainte grand sourire et tout peut-être ai-je même chantonné mais ça c’était avant d’apprendre de brutalement me retrouver la cible de menaces d’une poursuite le chat et la souris j’étais la souris on m’avait vu là-haut moi qui ne voyait rien dans un des appartements on assassinait une vieille dame un type bien mis un professionnel persuadé que j’avais assisté au crime que je le reconnaîtrais j’ai bien tenté de lui expliquer palpitations vertige impossible mais comment le convaincre mieux valait prendre mes jambes à mon cou ce qui n’a pas tardé il avait eu le temps de me voler mon portefeuille il me retrouvera mon nom mon adresse où aller si je le dénonce on ne me croira pas mon histoire ne tient pas debout je ne pourrai pas le décrire deux ou trois mots sur ses vêtements mais pas beaucoup plus encore une fois la peur une autre peur et surtout pas envie de vraiment me le mettre à dos s’il voit que les flics ne lui tombent pas dessus s’il n’entend pas les sirènes peut-être comprendra-t-il que je ne l’ai pas mouchardé il me laissera peut-être qu’il ne me tuera pas?

PIETRO: C’est difficile à dire.

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Quand l’homme va se coucher la femme lit

L’HOMME: Ce soir je suis fatigué peut-être un peu confus je sais que tu ne m’écoutes pas mais comme d’habitude je ne peux m’en empêcher je te les déverse ces paroles où tout s’embrouille un véritable réseau routier qui aurait perdu ses panneaux de direction ses feux rouges où toute règle serait abolie tu vois ces voitures emmêlées ça ne durerait pas longtemps il y aurait de fameuses bagarres ces fameux cas d’imbéciles qui se tapent sur la gueule parce qu’un autre imbécile les a mal doublés ou n’importe quoi là vraiment les gens qui adorent capter sur leurs téléphones ces scènes pourraient s’en donner à coeur joie et cela finirait j’en suis certain par devenir normal on s’habitude à n’importe quoi y a qu’à voir comment ils jonglent avec les lois dans les corridors obscurs on rajoute un paragraphe on le retire on le remet les commis qui rédigent une chose et son contraire et son contraire et son contraire n’appellent plus cela de la confusion leur état de perpétuelle incertitude ça va de soi pourvu qu’à dix-sept heures ils rentrent écouter la télévision s’engloutir dans leurs écrans et recommencer le lendemain et c’est ainsi pour bien d’autres je pourrais parler de ça jusqu’à demain ce qui naît ce qui meurt qu’on croit connaître mais qu’à des moments plus ou moins rapprochés on se rend compte l’ampleur de l’ignorance on s’en effraie on se met à dessiner autrement à écrire autrement puis on oublie on croit à nouveau savoir et des choses se font ce qui prouve mais qu’est-ce que ça prouve il n’y a rien qui avance qui recule tout qui bouge un mouvement pas de sens et qu’importe où se porte le regard l’ouïe il n’y en a pas non pas de sens jamais mais ne le dites pas à votre voisin à votre voisine la mienne aussi ils ne veulent rien entendre ils font de beaux discours qui donnent les larmes aux yeux ils ont inventé un sens ou un autre ou un autre applaudissez si vous y tenez je dois aller me brosser les dents et toi qui ne m’écoutes pas ne te couches pas trop tard demain tes parents viennent dîner il faudra descendre au marché ton père aime la morue fraîche s’ils n’en ont pas nous prendrons autre chose elle est rare nous lui servirons des huîtres ce qui sera disponible ils nous raconteront ta mère dira que ça n’a pas de sens moi en tout cas je me brosse les dents et je me couche bonne nuit.

LA FEMME: Bonne nuit. Je lis.

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Un séminaire dans un cadre enchanteur 

Nous attendions tous ce discours avec impatience, plusieurs d’entre nous avaient parcouru des dizaines, voire des centaines de kilomètres pour y assister. Un cadre enchanteur, comme disent les commentateurs: lac calme dans une région si éloignée qu’on n’y retrouve que deux ou trois chalets, rien de plus. Autour, la montagne, la forêt, une petite cascade qui descend en plein milieu du terrain, que nous traversons grâce à un de ces petits ponts de pierres et de bois en arche.

Nous prenions place, pour certains sur des chaises de jardin, mais pour la plupart, dont j’étais, directement sur l’herbe, avec ou sans couverture. Il s’est incliné, pour entrer tout de suite dans le vif du sujet, en homme de peu de temps. Transformation, détermination, il nous a annoncé que la plupart d’entre nous ne réussiraient pas à cause d’un défaut de constance, mais que nous ne le savions pas encore, il se proposait de nous détailler sa méthode, il répondrait aux questions à la fin, mais déjà à ce point je comptais une bonne dizaine de piqûres de moustiques. Se concentrer, simplement écouter, devenait ardu à cause des moustiques, petites bestioles qui prolifèrent dans les secteurs humides, qui peuvent vous tomber dessus en bataillons toujours renouvelés, jamais vaincus. Vous avez beau les écraser à tour de bras, utiliser des lampes pour les griller, rien n’y fait, la population des moustiques n’est pas en péril. Un ancien groupe rock américain avait écrit une chanson sur les moustiques, je me suis toujours demandé pourquoi, surtout que la mélodie était d’une naïveté navrante, bonne à égayer une classe de maternelle. Étonnant d’autant plus qu’auparavant, avant la mort de leur parolier chanteur poète autoproclamé, leurs chansons étaient tout sauf légères. Mais ça a plu, assez pour être traduit en français et obtenir, peut-être davantage que dans la langue d’origine, un grand succès. Sauf que chanson ou pas, j’en connais plusieurs qui ne vivraient pas à la campagne, encore moins en forêt, à cause des moustiques, chassés, tenus au loin par ces petites bêtes fragiles, si faciles à écraser, plus que ces autres bêtes, ours, loups, lynx, pumas, orignaux et autres mammifères.

À la fin du discours, mes chevilles étaient enflées, et le cou, et les bras, même le cuir chevelu. Je me suis levé avant que ne soient posées les premières questions. Tant pis, j’achèterai son livre, ce sera bien, et bien mieux, de lire à l’abri.

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Faudra remercier Suzanne et Charles 

JOHN: Sous les palmiers, le sol est ocre, plus sombre que sur le bord de l’eau, peut-être parce que l’ombre des arbres maintient là une humidité qui teint le sable, car tout le ruban de sable, large et en demi-cercle qui longe la mer, brille d’un blond chaud, si chaud que l’on sent ses pieds brûler comme si on y marchait. Une bande bise court tout au long de la plage, entre l’eau et le sable sec, sur une largeur d’un à deux mètres, selon le dénivelé, là où les vagues terminent leur course, montent et redescendent, traçant une dentelle d’écume qui marque le début de cette immensité salée, sur des milliers de kilomètres. Tout de suite après l’écume, une informe ligne mauve conduit à une eau verdâtre, presque citron par endroit, pour bientôt prendre une teinte turquoise sur un assez large espace, jusqu’à l’horizon en fait, où une bande bleu nuit la traverse de part en part, suivie de minces, dans cette perspective, mais en réalité, vues de haut, sans doute vastes, taches olives, auxquelles succèdent à l’horizon une dernière ligne bleue nuit, marquée de cordons d’écume. La mer visible s’arrête là. Par-dessus, il  y a le ciel, d’un bleu royal éclatant, à peine délavé ici et là par de pâles, presque imperceptibles, nuages. Au raz de la ligne d’horizon, toutefois, des moutons de nuages plus épais s’élèvent comme une chaîne de montagnes vaporeuses qui semblent, vu la distance, flotter sur l’eau.

JANE: Ce n’est pas la mer, c’est le boulevard. Les trottoirs sont sales, longs et gris. Il n’y a pas d’autre horizon que les immeubles jaune sale, rouge sale, aux balcons encombrés de bicyclettes, de vieilles chaises, d’un barda infini. Je ne vois pas le ciel, mais je sais qu’il est de charbon. La pluie froide qui tombe ne lave rien, au contraire, elle fait sortir de la terre, je ne sais comment, de la boue qu’elle répand sur à peu près tout.

JOHN: Faudra les remercier, Suzanne et Charles, pour leur belle carte postale.

JANE: Leur belle carte postale, oui.

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Les enfants qui leur brillent aux doigts 

JACK: Ils portent leurs enfants en sautoir ou sertis dans leurs chevalières leurs broches, ils les promènent partout, parfois ils varient, les couchent sur les chatons de bagues qui leur couvrent tous les doigts, ce qui est rare vu l’inconfort et l’ostentation, car s’ils raffolent offrir leurs précieux rejetons aux yeux des gens qui comptent, ils s’efforcent, pour ménager les susceptibilités ne pas éloigner les admirateurs, d’adopter une approche discrète qui les amène souvent non pas à cacher ou dissimuler, mais voiler légèrement, partiellement, ce qui ne manque jamais d’attiser la curiosité et les questions, et alors, avec parcimonie d’abord, puis, comme si cela leur coûtait, comme s’ils concédaient quelque chose du bout des lèvres, avec des descriptions effleurées qui, si la curiosité persiste, deviennent détaillées, mais toujours avec une fierté contenue, sans effusion, jusqu’au jour où il devient plus difficile de porter ces bijoux, soit qu’ils se ternissent ou se perdent, tombés un jour ou une nuit sans qu’on s’en rende compte, roulés sous un lit peut-être, ou dans la rue, perdus pour de bon et après des années, beaucoup d’années, il ne reste plus aux doigts qu’une ou deux bagues, mais l’éclat d’antan n’est jamais revenu, malgré les soins l’entretien confié à des experts, si bien que de nouveaux parents plaignent ces anciens que l’indigence semble avoir condamnés à ne plus briller au sein de leur petite société.

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