Rien de pire qu’un trépas anonyme

Jean-Gérard écrit les nécrologies dans l’hebdo du canton. Depuis vingt-trois ans. Il en a chatouillé des morts! Des vieux, des jeunes, des ronds, des oblongs. Jean-Gérard rentre tous les jours au bureau à sept heures quarante-cinq. Ce matin, donc, il entre à sept heures quarante-cinq. L’histoire devrait se terminer ici. Une histoire sans histoire. Mais ce ne sera pas le cas. Une pile de morts toute fraîche l’attend sur son bureau. Pour l’édition du lendemain matin. C’est alors que l’histoire prend un tournant inattendu. Quand? Maintenant. Voyez:

PATRON: Mon sacrement d’côlisse de tabarnac, tu décrisses tu suite, sinon j’t’en côlisse une asti de saint-sacrement!

Fort ému de cet accueil impromptu, Jean-Gérard exhibe un œil rebondi.

JEAN-GÉRARD: Patron, je ne comprends pas. Que s’est-il, entre hier et ce matin, passé pour que soudain vous me sépariez si arbitrairement de mes moribonds?

PATRON: Ton saint-ciboire d’côlisse de saint-sacrement d’tabarnac d’article sur Môsieur Legrand!

Le moment de surprise passé depuis quelques secondes déjà, Jean-Gérard retrouve sa contenance, sans se départir de sa naïveté naturelle qui est, ma foi, fort inconvenante et pour tout dire, anachronique.

JEAN-GÉRARD: Monsieur Legrand est mort comme les autres morts, et j’ai écrit sa nécrologie comme je le fais pour les autres.

PATRON: Sacrement de tarla, t’as écrit qu’il était un héros de la lutte contre la misère! Mon étole! Tu fais exprès! Legrand, c’était un p’tit crisse! Le maire était en tarbarnac en lisant ton truc débile. Y en a pas d’misère, asti, tu devrais l’savoir! Y en a pas, officiellement, crisse de cave de tarla de tabarnac! Le maire était en tabarnac, le président d’la Chambre de commerce était en saint-ciboire, le propriétaire du journal était en saint-sacrement!

Saisissant, peu à peu, le sens général du message, Jean-Gérard, craintif, retraite doucement vers la porte. Et l’histoire pourrait se terminer là, matinalement. Mais les histoires ne se terminent jamais. Matinalement ou pas. Pendant des semaines, plus personne n’a écrit de nécrologie. Si bien que les citoyens devaient se retenir de mourir, afin de ne pas vivre un trépas anonyme.

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Lire ce livre malgré les gélatineuses invectives

RICKY: Je déambulais jovialement sur la promenade du 7 Novembre, quand j’ai entendu crier dans mon dos que j’avais tort sur ce que je pensais, sur ce que j’avais pensé, sur ce que je penserais dans les minutes, les heures, les jours et les années suivantes. Comme il y avait foule, je n’arrivais pas à voir la source de ces invectives. Mais je l’entendais clairement, tous les promeneurs l’entendaient clairement. Je ne reconnaissais pas cette voix, j’ignorais pourquoi elle m’avait pris pour cible, pourquoi, soudain, elle avait besoin de moi pour attirer à elle l’intérêt de la foule. Car entre deux pointes, elle invitait la foule à s’approcher, à l’admirer, à l’applaudir, à l’adorer. J’en ai conclu qu’elle n’avait jeté son dévolu sur moi que par hasard, qu’elle aurait tout aussi bien pu choisir un autre citoyen, n’importe lequel. Je me suis donc éloigné jusqu’à ne plus distinguer ses paroles, qui sont vite devenues une sorte de magma sonore informe. J’ai soupiré, et me suis apprêté à quitter la promenade du 7 Novembre. Mais la curiosité. J’ai voulu voir, au cas où je la croiserais un autre jour. Discrètement, j’ai donc fendu les rangs jusqu’à la chose, une masse gélatineuse au cheveu sale et blond.

GÉLATINEUSE: Il n’aurait jamais dû acheter cet habit, manger ce poisson, lire ce livre, éplucher cette orange! Jamais, vous m’entendez! Alors que moi! Oui, moi moi moi! Je vous assure que moi! Moi moi moi! Mais lui, cette orange! Calamité!

ORANGE: Entre mûrir sur un arbre et observer les humains profaner leurs spectres, je vous assure qu’il n’y a pas à tergiverser. On peut me ratatiner, me déshabiller, me duper, je ne sanctionnerai pas ces habitudes, ces stéréotypes!

RICKY: Je pars, je quitte la place, je n’y reviendrai pas. J’en ai la nausée, tant de fétidité me sectionne l’imagination, écorche ma bonne volonté. J’en glisserai deux mots à Monsieur DuBallon, le conseiller de papa, l’amant de maman, le frère du président.

GÉLATINEUSE: Lui, bah bah bah. Moi, oui oui oui. À bas les bah! Bas les bah! bas bah bas bah bas bah!

RICKY: On dirait qu’elle s’est dotée d’un porte-voix. L’écho lui répond.

DUBALLON: Le libelle est patent, mais comme le peuple est patient, vaut mieux fermer l’oreille et garder l’œil dans son orbite. Voilà mon conseil numéro 459730. Au plaisir.

459730: Il y a tard, il y a jamais, et il y a maintenant. J’y suis, bien là, maintenant. Présent. N’hésitez surtout pas, peuple peuplé, vous avez mon numéro. Je suis là!

GÉLATINEUSE: Le numéro 459730, il faut s’en méfier, parce que moi moi moi!

ORANGE: Vous vous répandez. Vaines invectives. Molles.

MAMAN: Molle et mauvaise langue! Si vous aviez vu les tours et retours dont est capable celle qui a créé ce fameux numéro, vous rougiriez, vous en fondriez au soleil avant la fin du jour.

ORANGE: N’a-t-elle pas déjà fondu. Un peu?

GÉLATINEUSE: Au secours! À moi! À moi! À moi!

RICKY: Il faudra tout laver. Une fin à tout, parfois sans lever le petit nez. Ou le gros, n’est-ce pas Monsieur DuBallon?

ORANGE: Concluons! Concluons! Remettez-moi au frais, j’y coulerai les beaux jours qu’il me reste, pendant que le soleil, sur la promenade, y fera son office.

RICKY: C’est bon. Je rentre à la maison m’acalifourchonner devant le livre honni.

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Quand la chanteuse sort du haut-parleur dans un café

Au café, du matin au soir, c’est la radio. Station musicale. J’étais là avec Joey ce matin, et pas très loin, il y avait Hubert et Lila. La musique ronronnait, nous inondait de sons suaves surannés. Par contre. C’est quand elle est sortie, la chanteuse. Quand la chanteuse est sortie du haut-parleur, les esprits se sont embués, la patronne bredouillait des onomatopées, nous arborions tous une mine d’écorchés. Dès qu’elle est sortie, la musique s’est arrêtée. La chanteuse a commandé un café, double serré. C’est là. Oui, à ce moment précis. Elle les a vus, Hubert et Lila, qui s’étreignaient les doigts. Nous avons bien vu que ça ruminait en elle, qu’il y bouillait quelque chose. Mais quoi? Elle s’est plantée devant leur table, celle d’Hubert et de Lila. J’étais fasciné, mais je n’étais pas le seul. Chanteuse incandescente. A décoché un de ces regards à Hubert, le pauvre, venant d’une chanteuse sortant d’un haut-parleur, où ça le mènerait? On l’a vite su. La chanteuse a interpellé Hubert, lui a ordonné de lui céder sa place. Avait-il le choix? Il a prétexté une envie pressante, a couru dissimuler sa honte aux toilettes. Pendant ce temps, les deux coudes sur la table, la chanteuse a caressé les mains de Lila, conjointe de Hubert depuis treize années deux mois trois jours. Sans transiger, elle lui a tout balancé. Qu’Hubert mangeait des burgers en cachette, qu’il lisait des livres de Danielle Steel, qu’il s’était secrètement abonné à un club privé de courtepointe, qu’il était membre d’une organisation politique révolutionnaire, et qu’il mordillait les fesses d’Henriette tous les mardi, jeudi et samedi. Pâle comme un drap pâle, Lila a formulé un imperceptible remerciement, à moins que ce ne soit une imprécation, ou encore une malédiction. Sans un mot de plus, la chanteuse a bu son café, et a retraité dans son haut-parleur. Dès son retour du pipi, Hubert a ouï, de la bouche de Lila, des mots qu’il n’avait jamais ouïs auparavant. Mon sacrement, qu’elle a dit, et sans hésiter lui a reproché ses torts, qu’il avait variés et nombreux. Il avait manifestement la trouille, mais elle a persisté. Lui a indiqué qu’il se retrouvait, de facto, dans de beaux draps. Elle piaffait, gémissait, remâchait ses plaintes. Surtout, plus que tout, évidemment, elle ne digérait pas ses activités secrètes au sein du club de courtepointe. Dans de beaux draps! Qu’elle lui a répété. Sacrement! Qu’elle a renchéri. Pour ce qui est des fesses d’Henriette, il a nié, elle a juré. Sacrement! Et puis, qu’il a enchaîné, depuis quand les chanteuses sortent des haut-parleurs pour raconter des sornettes pareilles? À ce point, le débat s’est étendu à toute la clientèle. Difficile vérité, comme tu nous échappes, visqueuse et malodorante. Nous n’avons toujours pas terminé cette discussion, qui va bon train, qui s’enflamme, qui se refroidit, qui s’enflamme à nouveau. J’en ai profité pour en glisser un mot, ça me repose de leur dialectique besogneuse.

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De la difficulté à dénoncer un vendeur d’oiseaux

Mon cousin vend des oiseaux qui ne lui appartiennent pas, et franchement, je crois que c’est immoral. Mais comment le dénoncer, autrement que sous le couvert d’un court texte soi-disant littéraire? Parce qu’il n’est pas question que je me farcisse tout le dédale des procédures bureaucratiques qui fleurissent dès qu’une alarme retentit. Ils vous susurrent à l’oreille que tout ira comme sur des roulettes, mais dans leurs corridors, vous y voyez de tout sauf des roulettes, des visages de marbre, des rats de marbre, des indications de marbre. On vous passe au crible sans vergogne, vous fulminez, mais pas moyen de dissimuler, ne surtout pas se lamenter, pas même deviser avec le personnel, on vous étriperait sans transiger. C’est pourquoi ce mirliflore de cousin prend le contre-pied de toute la société, se mesure avec notre morale, pour se farcir une turbulence orgiaque à longueur d’année, hormis deux semaines en août. Si ces écarts ont assombri nos relations familiales, les ont inondés des déjections poisseuses, pour le commun des concitoyens l’image onctueuse d’une communauté serviable, unie, bienfaitrice, est préservée. Mais un mot, un seul, et je vois d’ici éclater le noyau béni, turgescent, dont les débris hanteront la ville pour les siècles des siècles. Sauf que j’ai déjà mis plusieurs mots, et rien ne s’est passé.

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La peur de ne pas être maître de l’univers

Si ce n’est pas un arbre, c’est peut-être un chou, un citron, une chaise, un tableau, un bricolage. Jouer à l’indifférent ne changera rien, vous louchez de ce côté, impossible de dissimuler. Oh ça va. Pas la peine de se braquer. Semez vos plaintes ailleurs, nous restons de marbre devant votre trouille. Car le chou, le citron, la chaise, le tableau ou le bricolage vous carillonnent leur indifférence, et gourmandent votre esprit qui voudrait en faire des extensions, une sorte d’ectoplasme palpitant qui roucoulerait les mêmes chansons. Eh bien, non. Ils vont leur propre chemin, benoîts, ruminent leurs propres obsessions, piaffent chacun pour soi. Qu’on vous moleste, qu’on vous mordille, qu’on se déleste de votre corps pour le détraquer au point de l’anéantir, rien ne changera. Imprimez cela dans ce qui vous sert d’aide mémoire.

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Il y a une solution à tout, non?

Il y avait un arbre, mais un arbre rachitique, tellement rachitique que je ne parvenais pas à l’identifier. Une sorte de gale sèche couvrait la majeure partie de son tronc, et une seule feuille pendait à ses branches. Une feuille ocre, repliée sur elle-même, sèche. Mais au moins, c’était un arbre. Car autour, il n’y en avait aucun autre. À des kilomètres à la ronde, aucun autre. Peut-être qu’au-delà. Mais je n’y suis pas allé. Je n’ai que mes deux jambes, elles sont épuisées, maigres. Il y a du sable sur la route, dans les champs. Des champs de sable, mais ce n’est pas à proprement parler le désert. Quand j’en ai marre de ce spectacle, je ferme les yeux, je les ferme si longtemps que je finis par m’endormir. Debout. J’ignore toujours combien de temps je dors. C’est fou. Ça désoriente, spatialement et temporellement. Quand j’ai bien dormi, j’hésite toujours un peu à rouvrir les yeux. Mais j’y parviens, à chaque fois. Je les ouvre, une fois de plus. Alors tout est différent. Les champs sont verts, des arbres poussent partout, et cela dure le temps que ça dure. Jusqu’à ce que ça recommence. Si je pouvais, je consulterais un spécialiste. Ça existe sans doute, un spécialiste pour ce type de problème. À moins que non.

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La chance inouïe de trouver une balle de tennis au bon moment

Pièce aux murs gris, au plafond gris, au plancher gris. Sans fenêtre, sans porte, ou s’il y en a une, elle se fond parfaitement dans le gris du mur. L’homme est assis sur une chaise à dos droit. Il regarde une balle de tennis au sol, à trois mètres devant lui. Il la fixe depuis trois heures. Régulièrement, il lui répète tu es à moi, ou encore, tu fais partie de moi. La balle ne réagit pas, pas une seule fois. Au bout de deux jours, dix heures, trente-deux minutes, l’homme prévient la balle. Tu existes parce que je te regarde. La balle ne bronche pas. L’homme invente une histoire, où la balle concentre en elle l’essence de l’univers, qu’elle organise dans une harmonie destinée à rendre belle la vie de l’homme. Cette histoire est vraie, décide l’homme. Il détermine que par son silence, la balle approuve. Depuis ce jour, les balles de tennis ont pris une toute nouvelle stature dans la vie de l’homme. Mais d’avoir séjourné trop longtemps dans la pièce grise, l’homme dépérit. Il cesse de respirer. Il meurt. Il s’assèche. Quand finalement un inconnu ouvre la porte, que l’on découvre enfin, le vent souffle ce qui reste de l’homme, la poussière. Il ramasse la balle, dont il avait bien besoin pour la partie de tennis qu’il comptait disputer avec son voisin.

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Un intérêt soudain pour la mode

J’avais pas de chance avec la mode. Et la mode, c’est fondamental. Du moins, là où je travaille. La direction exige que notre tenue respecte, à la lettre, la mode. Pas pour plaire à la clientèle. Non. La plupart d’entre nous travaillent entre le troisième et le trente-troisième étage, où jamais un client n’a mis les pieds. Les règles vestimentaires ont été mises en place en 1845. Nous ignorons pourquoi, la direction ignore pourquoi, mais pour respecter l’âme profonde de l’entreprise, son pourquoi, on nous impose cette règle. Sauf que je fais trop de vélo. Ça m’empêche de suivre les bulletins d’information mode, où on nous renseigne sur ce que nous devrons porter. J’arrive toujours avec des vêtements anachroniques, je suis toujoursun pas derrière la mode. Même quand je fais un effort. Sauf qu’on ne sait jamais quel jour la mode changera. Si on ne suit pas, on s’y perd, et on se retrouve démodé en claquant des doigts. Tel que vous me voyez, en ce moment, je suis démodé. Je l’ai appris ce matin, dès mon arrivée au travail. RIres, moqueries, mais contrairement à ce que je fais chaque fois, je n’irai pas tout à l’heure, dépenser le quart de mon salaire pour me mettre à jour. Cette indiscipline pourrait me coûter mon poste, on me le répète chaque fois que la mode change. Et parfois, elle change deux fois en une seule semaine. Aussi, demain, j’irai travailler nu. Je leur expliquerai que c’est la nouvelle mode, annoncée sur une nouvelle chaîne en ligne, qu’il faut suivre depuis que leurs chaînes sont désuètes, vieux jeu, néandertaliennes. J’ignore si les deux-mille-sept-cent-quarante-trois et demi employés, des concierges au pdg, se foutront à poil sur le champ, ou si on me mettra à la porte, mais quelque chose me dit que mon intérêt soudain pour l’industrie de la mode m’apportera d’infinis avantages. Et j’aurai assez de sous pour acheter une selle pour mon vélo, car j’en ai grand besoin.

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L’éternité ou la rouille

CHRISTELLE: Chez Christelle Temporelle, nous vous garantissons la qualité du produit fini, un produit dont le moindre de vos gènes sera fier pour une éternité, et peut-être même deux!

JEAN-SIMÉON: C’est que la société Chez Jean Temps promet la même chose, mais à bien meilleur prix. Faut que j’évalue, que je soupèse, que j’anticipe.

CHRISTELLE: Ne vous fiez pas aux imitateurs! Danger! Seule l’entreprise Chez Christelle Temporelle peut vous offrir entière satisfaction, et cela pour une seule raison: parce que nous sommes connectés au vrai fil du temps. Ces petites entreprises, dirigées par des charlatans, vous immobiliseront dans un temps parallèle, d’où il vous sera impossible de sortir.

JEAN-SIMÉON: Avez-vous une preuve de qualité, un sceau? Qui me dit que vous êtes connectés au fil du temps?

CHRISTELLE: Notre clientèle est notre preuve, notre sceau d’or, notre irréfutable attestation de qualité. Voyez les noms! V, grand prêtre de l’église de Saint-Haut-de-Là. G, grand patron de la Compagnie d’électricité. T, la présidente du Grand Pays des Y. Et cela, c’est sans compter A, B et C.

JEAN-SIMÉON: En effet.

CHRISTELLE: Donc, ce sera un million, trois cent quarante-six mille sept cent trente-deux dollars. Taxes incluses.

JEAN-SIMÉON: Et le processus?

CHRISTELLE: Très simple. On vous pétrifie, on vous réduit à vos métaux essentiels, qu’on fait ensuite fondre, qu’on fusionne avec les métaux essentiels qui forment déjà un engrenage de la Grande Horloge, et le tour est joué. Vous tournez pour l’éternité, jamais besoin d’être remonté, transsubstantiation garantie.

JEAN-SIMÉON: Impressionnant. Je peux vous faire un E-Transfert?

CHRISTELLE: E-Transfert, Paypal, Interact, tout est possible. Comme parfois il nous faut plusieurs jours avant d’encaisser la somme totale, vu le montant, vu la lenteur du système bancaire, vous êtes prié de bien vérifier que vous disposez des fonds nécessaires. N’oubliez pas les frais imposés par chacune des institutions, qui peuvent être particulièrement élevés dans ce type de transaction.

JEAN-SIMÉON: Qu’arrive-t-il lorsqu’il y a insuffisance de fonds? Vous faites appel aux proches?

CHRISTELLE: Nous ne sommes pas une agence de recouvrement. Tous ces trucs à régler avec l’éternité, croyez-vous que nous avons du temps à consacrer à ces pacotilles! Non, lorsqu’il y a insuffisance de fonds, le processus est tout simplement interrompu, définitivement.

JEAN-SIMÉON: Et les métaux essentiels alors?

CHRISTELLE: À la ferraille! Jusqu’à ce que rouille s’en suive.

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Armement et chocolat aux cerises

Ma mère me reproche de vendre mes slingshots au village de la Côte-à-Magnan, parce que sa boule de cristal lui dit qu’ils pourraient bien finir par les utiliser contre nous, si jamais ils nous envahissent pour nous voler nos richesses locales, nos tartes au sucre, nos crottes de fromage, notre poésie sylvestre, mais je n’y crois pas, pourquoi voudraient-ils nous voler tout ça, c’est bien connu, ceux de la Côte-à-Magnan sont incultes, princes de l’ignorance, rois de la bêtise, ils les utiliseront plutôt contre ceux qui depuis deux cents ans les ont conquis trois fois, ceux du Boutte-à-Gagnon, qui eux aussi sont d’excellents clients, et c’est pourquoi d’ailleurs, remerciez ma neutralité, j’ai pu agrandir mes usines de production, embaucher la moitié des travailleurs de chez nous, le tiers des travailleuses, le dixième des enfants, ce qui m’a propulsé sur ce podium, génie de Saint-Baribo, milliardaire de l’armement, sauveteur de la bienfaisance, supporter de l’équipe de ringuette, généreux contributeur des caisses politicailliennes, et j’en passe, passe, passe, passons aux choses sérieuses, jamais ceux de la Côte-à-Magnan ne se retourneront contre nous, où trouveraient-ils leurs slingshots, production production, nous les tenons, secret industriel, génie de la belligérance, nos filiales leur procurent même de fameux cercueils fleuris, des pelles mécaniques pour leurs fosses, et de beaux chants pour leurs troupes, mais malgré tout ma mère s’inquiète, elle se fait du sang d’encre et je ne sais plus comment la rassurer. Je lui ai offert des chocolats avec une cerise au milieu. J’espère que ça la calmera.

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