Lire ce livre malgré les gélatineuses invectives

RICKY: Je déambulais jovialement sur la promenade du 7 Novembre, quand j’ai entendu crier dans mon dos que j’avais tort sur ce que je pensais, sur ce que j’avais pensé, sur ce que je penserais dans les minutes, les heures, les jours et les années suivantes. Comme il y avait foule, je n’arrivais pas à voir la source de ces invectives. Mais je l’entendais clairement, tous les promeneurs l’entendaient clairement. Je ne reconnaissais pas cette voix, j’ignorais pourquoi elle m’avait pris pour cible, pourquoi, soudain, elle avait besoin de moi pour attirer à elle l’intérêt de la foule. Car entre deux pointes, elle invitait la foule à s’approcher, à l’admirer, à l’applaudir, à l’adorer. J’en ai conclu qu’elle n’avait jeté son dévolu sur moi que par hasard, qu’elle aurait tout aussi bien pu choisir un autre citoyen, n’importe lequel. Je me suis donc éloigné jusqu’à ne plus distinguer ses paroles, qui sont vite devenues une sorte de magma sonore informe. J’ai soupiré, et me suis apprêté à quitter la promenade du 7 Novembre. Mais la curiosité. J’ai voulu voir, au cas où je la croiserais un autre jour. Discrètement, j’ai donc fendu les rangs jusqu’à la chose, une masse gélatineuse au cheveu sale et blond.

GÉLATINEUSE: Il n’aurait jamais dû acheter cet habit, manger ce poisson, lire ce livre, éplucher cette orange! Jamais, vous m’entendez! Alors que moi! Oui, moi moi moi! Je vous assure que moi! Moi moi moi! Mais lui, cette orange! Calamité!

ORANGE: Entre mûrir sur un arbre et observer les humains profaner leurs spectres, je vous assure qu’il n’y a pas à tergiverser. On peut me ratatiner, me déshabiller, me duper, je ne sanctionnerai pas ces habitudes, ces stéréotypes!

RICKY: Je pars, je quitte la place, je n’y reviendrai pas. J’en ai la nausée, tant de fétidité me sectionne l’imagination, écorche ma bonne volonté. J’en glisserai deux mots à Monsieur DuBallon, le conseiller de papa, l’amant de maman, le frère du président.

GÉLATINEUSE: Lui, bah bah bah. Moi, oui oui oui. À bas les bah! Bas les bah! bas bah bas bah bas bah!

RICKY: On dirait qu’elle s’est dotée d’un porte-voix. L’écho lui répond.

DUBALLON: Le libelle est patent, mais comme le peuple est patient, vaut mieux fermer l’oreille et garder l’œil dans son orbite. Voilà mon conseil numéro 459730. Au plaisir.

459730: Il y a tard, il y a jamais, et il y a maintenant. J’y suis, bien là, maintenant. Présent. N’hésitez surtout pas, peuple peuplé, vous avez mon numéro. Je suis là!

GÉLATINEUSE: Le numéro 459730, il faut s’en méfier, parce que moi moi moi!

ORANGE: Vous vous répandez. Vaines invectives. Molles.

MAMAN: Molle et mauvaise langue! Si vous aviez vu les tours et retours dont est capable celle qui a créé ce fameux numéro, vous rougiriez, vous en fondriez au soleil avant la fin du jour.

ORANGE: N’a-t-elle pas déjà fondu. Un peu?

GÉLATINEUSE: Au secours! À moi! À moi! À moi!

RICKY: Il faudra tout laver. Une fin à tout, parfois sans lever le petit nez. Ou le gros, n’est-ce pas Monsieur DuBallon?

ORANGE: Concluons! Concluons! Remettez-moi au frais, j’y coulerai les beaux jours qu’il me reste, pendant que le soleil, sur la promenade, y fera son office.

RICKY: C’est bon. Je rentre à la maison m’acalifourchonner devant le livre honni.

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