Anémone

Quand ma tante Aldéa est morte, ma vie a changé. J’ai hérité de tous ses disques de Ferré, et de trente mille deux cents soixante-sept dollars et 78 sous.

J’avais dix-sept ans, une mère neurasthénique, un père en prison, un frère au casino. J’ai donné les disques à mon ex, qui ne les méritait pas, mais c’était la seule parmi ma poignée d’amis et mes dizaines de copains à tolérer Ferré.

Et je suis parti en Inde.

New Delhi. Je fonçais dans l’espace vers l’envers de ma vie. Du moins, c’était mon but.

Au bout d’une semaine, j’ai trouvé un boulot. Je pourrais vivre là longtemps sans toucher à mon pactole. Pas question de revenir au bercail au bout d’un petit mois. Je ne voyageais pas, je disparaissais.

J’ai rencontré Germain, un type de mon quartier, qui me terrorisait dans la cour de l’école quand nous étions gamins. À New Delhi! Nous avons bu un coup, il partait deux jours plus tard vers le nord avec un routier, Jonathan, qu’il avait connu lors d’un séjour chez sa sœur à Nice, en Californie. Il a accepté de me prendre à bord, à condition que je l’aide à charger et à décharger à chaque arrêt.

Germain nous a quittés à Dharramsala. Il voulait rencontrer le Dalaï-Lama, compatir, être heureux et plein d’autres choses.

Avec Jonathan, nous avons poursuivi la route jusqu’à la frontière avec la Chine. Il comptait se rendre à une usine, pas mal plus loin, prendre un chargement, et revenir. Nous avons attendu deux jours à la frontière, j’ignore pourquoi, mais finalement, nous avons traversé le Tibet et j’ai regretté de ne pas avoir acheté d’appareil photo.

Après je ne sais combien de jours, nous avons atteint Urumqi, où je l’ai aidé à charger des pièces de voiture. Nous étions crevés. Nous avons dormi sur le stationnement d’un terrain de sport, et le lendemain matin, en nous étirant sur la pelouse, nous sommes tombés sur une Espagnole rousse, Zara, qui a tout de suite reconnu Jonathan. Ils se connaissaient bien, puisque leurs parents travaillaient ensemble du temps où ils habitaient au Portugal.

Elle partait le lendemain pour la Mongolie, et m’a demandé de l’accompagner. J’ai serré la main à Jonathan, et j’ai sauté dans la camionnette de Zara.

Nous avons chanté, nous avons ri, la route ne me semblait pas longue, ce n’était que du temps dans nos existences. Après des semaines à rouler, après je ne sais plus combien de crevaisons, de détours et de poussière, un dimanche après-midi nous nous sommes retrouvés au cœur de Magdagachinsky, en Russie.

Zara envisageait de rouler jusqu’à Vladivostok, prendre un premier bateau jusqu’à Samchok en Corée du sud, et un second jusqu’à Sakaiminato au Japon. J’hésitais.

Nous avons bu de la vodka avec des types fort sympathiques, et tout de suite un grand Norvégien, silencieux dans un coin mal éclairé, a reconnu l’accent de Zara. Embrassades, présentations, Havlor est le premier des trois maris de Zara. Il est serveur sur le Transsibérien, et prévoit de rentrer chez lui dès qu’il atteindra Moscou.

Les images des aventures de Michel Strogoff me reviennent en mémoire, et j’insiste pour que Havlor me trouve un poste dans le train. La chose est réglée par un coup de fil, et je serai porteur, balayeur, laveur, bref, homme à tout faire selon les besoins et les caprices du patron.

J’ai tellement bu avec Havlor, qu’à Moscou, je ne me reconnais plus. J’ai besoin de me poser quelques semaines.

Juste avant de me quitter, avant de prendre le bus, un énorme barbu crie le nom d’Havlor, qui en retour crie son nom, Laurent. Parisien il lui a donné des cours de piano, dans son enfance à Bruxelles, quand leurs parents respectifs étaient diplomates. Le bus s’apprête à partir, et Laurent est trop lent. Havlor hurle, il le supplie de m’héberger, ce que Laurent accepte sans hésiter.

Pendant des mois, il me parle de ses livres, de ses femmes et de ses chats. J’écoute, je parle peu, je suis discret. Une nuit, nous sommes réveillés par des soûlards en bas dans la rue. Laurent les insulte en français, et une femme réplique en anglais.

Sans hésiter, il dévale l’escalier, court dans la rue, et lui ouvre les bras. Ils s’étreignent longuement, pendant que les autres s’éloignent, sans rien remarquer. Gwendolyne, une camarade d’hypokhâgne, rentre en France le lendemain. J’avoue que j’ai toujours rêvé de Saint-Germain-des-Prés, à cause de la chanson de Ferré, et sans hésiter, elle m’invite à l’accompagner. Sitôt dit sitôt fait. Elle m’achète un billet d’avion en ligne, Moscou-Paris aller seulement. J’hésite, je ne souhaite pas brûler tout ce fric, mais elle s’esclaffe. Gwendolyne a fait fortune en mettant sur pied une agence de développement personnel en ligne, et elle se fait un plaisir d’obliger un ami de son cher Havlor.

Oh que j’en ai bu des cafés avec Gwendolyne. Place Saint-André, Quartier latin, partout, elle m’a traîné partout, sur les pas des poètes vivants ou en poussière. Ensemble, nous étions deux garnements, nous nous moquions des bourgeois, nous tirions la langue aux touristes. Même si elle avait trois fois mon âge, nous avons vécu heureux pendant quelques années, sans nous aimer vraiment, mais surtout, sans nous détester.

Lors d’un voyage d’affaires à Sao Paulo, Gwendolyne a retrouvé son frère, Ebenezer, qu’elle croyait mort depuis vingt ans. Il se cachait sous une fausse identité, après avoir tué deux passants lors d’un braquage organisé tout de travers.

Sans trop réfléchir, j’ai accepté de l’accompagner en Patagonie, où il devait rejoindre son amoureux en visite chez ses parents.

Uruguay, Argentine, que j’en ai vu des paysages, que j’en ai croisé des visages.

Peu après Maquinchao, une toute petite place, nous tombons en panne. Le premier à nous aider est un échalas dégarni, qui éclate d’un rire chaotique en reconnaissant Ebenezer. Il m’a fallu une bonne heure pour comprendre qu’il s’agissait du cerveau du braquage raté d’il y a dix ans, Otmar, un Allemand qui ne s’était arrêté que pour nous faire les poches, avant de reconnaître son vieux complice.

Comme Otmar nous a annoncé qu’il se rendait au Chili, la perspective de traverser les Andes m’excitait, et je l’ai prié de me prendre avec lui. Il a rechigné, mais a fini par accepter, par amitié pour Ebenezer.

Sauf qu’à Puerto Varas, au premier visage familier, un Américain athlétique, blond et timide, dont la tante avait pris la soeur d’Otmar comme fille au pair, trente ans plus tôt, mon chauffeur m’a abandonné. L’Américain, Jack, sans rien dire m’a laissé monté, et nous avons roulé en silence jusqu’à Santiago, où Jack a vu sa fille, qui tentait de l’éviter, mais en vain. Trois mots échangés, tout au plus, et sa fille, Jennifer, hausse les épaules quand je grimpe dans sa Jeep. Loin de ressembler au paternel, elle impose ses règles dès le départ. Pas flirt, pas de drogue, pas d’alcool, pas de mensonge, partage de la conduite, partage des frais, et tout ira à merveille. Nous avons remonté la côte Pacifique sans embûches majeures, et elle m’a appris à parler sans remuer les lèvres. Être ventriloque ne me servira à rien, mais c’était passionnant.

Sur une plage du Pérou, en mangeant du cochon d’Inde, nous avons joué au volleyball avec une bande de gamins, dont l’un, hésitant, est venu tirer la manche de Jennifer après la partie. Il tenait à lui confier qu’elle ressemblait à s’y méprendre à la nounou qui avait pris soin de lui lorsqu’il avait cinq ou six ans. Jennifer l’a dévisagé, et a lancé Giancarlo! Le gamin lui a sauté au cou, et le soir même, ses parents nous ont fait la fête.

Le lendemain, je faisais mes adieux à Jennifer, et je partais avec Jesus, le père de Giancarlo, sur un porte-conteneurs vers je ne savais quelle destination. Nous nous sommes arrêtés au Mexique, puis en Californie et à Vancouver.

Jesus avait froid. Sur un banc du parc Stanley, près d’un énorme totem, nous observions la populace locale, en buvant quelques bières. Jesus, qui a fait le trajet pas mal souvent, a tout de suite repéré un gardien du parc, qui est discrètement venu boire un coup avec nous, à l’ombre d’un séquoia.

Dean, le gardien, nous a dit qu’il cherchait quelqu’un pour l’accompagner à Calgary, où sa fille devait donner naissance à sa première petite-fille. J’ai sauté sur l’occasion, et nous avons franchi les rocheuses dans sa vieille familiale.

Visite à l’hôpital, puis le gendre offre de m’emmener chez son frère, Dan, qui m’offre un petit boulot tout simple: lui parler et le distraire pendant qu’il conduit un énorme camping-car qu’il a vendu à une chanteuse d’opéra dans l’est du pays. Il s’esclaffe, nous nous marrons toute la soirée, et le lendemain, à six heures nous voilà sur la route, sur ce mince fil au milieu des champs de blé. Ici comme ailleurs, le trajet n’est pas long, et surtout, je parle et je raconte comme jamais je ne l’ai fait auparavant. C’était un boulot, certes, mais la plupart du temps je l’oubliais, et j’étais volubile avec naturel, comme j’avais été laconique avec d’autres compagnons de route.

La chanteuse habite une immense maison à Pierrefonds. Elle prend possession du camping-car de façon un peu cérémonieuse, mais nous restons cois. Le profit est bon pour Dan, et la paye vaut le coup pour moi.

En route vers l’aéroport, où Dan doit prendre un vol de retour avec escale à Toronto, nous nous payons la tête de la cliente, gentiment. Comme je n’ai rien prévu, j’attends avec lui, le temps d’un verre, puis deux, puis trois. Une jeune femme arrive par derrière et place ses deux mains sur les yeux de Dan, en le faisant deviner qui elle est. Sans hésiter, il la nomme, Josianne, et elle sourit, ravie. Elle arrive de Cuba, bronzée et déçue de reprendre le boulot.

Sans qu’elle ne me le demande, je la suis dans le bus qui fait la navette entre l’aérogare et les stationnements à long terme, fort éloignés. Elle ne bronche pas lorsque je prends place à ses côtés dans la voiture. Nous parlons de Dan, de sa famille. Je crois comprendre qu’elle a eu une aventure avec le fils de Dan, il y a deux ou trois ans lorsqu’ils vivaient à San Diego.

Jennifer bâille. Elle veut bien me déposer près d’un métro, d’un arrêt d’autobus. Je lui dis, ici, tout simplement. Et ici, c’est pile devant une librairie, ce qui provoque une étincelle. Jennifer ne veut pas revenir dans son monde, pas tout de suite. Elle a soudain besoin d’un livre, n’importe lequel, et je l’accompagne à l’intérieur, et nous lisons deux lignes ici, deux lignes là, sans trop savoir ce qu’elle cherche. À la fin, elle se ferme les yeux, tourne sur elle-même, et saisit le livre sur lequel sa main se pose. Les misérables. Nous rions, peut-être un peu trop bruyamment. J’entends une commis dans notre dos nous intimer de baisser la voix.

Plutôt que d’obtempérer, Jennifer rit plus fort encore en reconnaissant la voix. Anémone! Les deux femmes s’embrassent, et je m’éloigne, je me frotte les yeux, je m’appuie contre un présentoir pour ne pas m’affaisser. Cette chape de plomb qui me tombe sur les épaules, cet accablement qui me terrasse!

Jennifer pivote vers moi, rayonnante. Je veux te présenter Anémone! La mère de ma meilleure amie! J’adore Anémone! C’est une femme extraordinaire! C’est elle qui m’a fait découvrir de vieux chanteurs français, morts depuis des lustres, Léo Ferré, Georges Brassens et d’autres. Je m’incline, muet. Soudain, le choc. Je suis de retour. Sans y penser, sans m’en rendre compte, je suis de retour! Je n’ai rien reconnu, je ne l’ai pas vu venir, ce retour.

Anémone balbutie, elle s’émerveille et s’étonne, toutes ces années, et nos cheveux qui grisonnent, nos rides, on croirait pourtant que c’était hier, et moi qui m’alourdis à chaque mot, et elle qui m’assure avoir conservé tous les disques de Ferré, et moi qui rentre sous terre, moi qui cherche, qui tourne la tête dans tous les sens, moi qui panique, et maintenant, tout seul, où irai-je, où pourrais-je bien aller? Et Anémone, dont le quart de travail se termine, m’offre timidement de me reconduire chez moi, ou n’importe où, elle a le temps, elle a toute la nuit.

Michel Michel est l’auteur de Dila

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Les flamants roses

Mon nom est Gustave et j’arrive à Zécauteux. À pied. À ce que je vois, ces villageois aiment le grand air. On croirait arriver un jour de fête nationale tellement il y a des gens partout, dehors. Des vieux qui marchent, des enfants qui jouent, des gens à bicyclette, à trottinette, partout ça remue. Je les salue, et tout le monde me répond, sourire aux lèvres. J’espère qu’il y a un café, j’aimerais passer une heure ou deux dans ce bled isolé.

J’ai remarqué que devant chaque maison, ils avaient d’étranges tas de gros cailloux. Des tas en forme de pyramides, d’au moins cent vingt-sept centimètres. Il n’y a aucune inscription, aucune décoration, rien d’autre que des cailloux. Probablement une croyance locale, une sorte d’appel aux forces de l’au-delà. Si j’en ai l’occasion, je me renseignerai, mais prudemment. Le sujet est peut-être sensible, de ceux qu’on n’aborde pas avec des profanes par crainte de lire dans leurs yeux l’étonnement et la condescendance. Ils forment peut-être une secte. Après tout, le symbole de la pyramide est commun dans l’histoire humaine, partout. Pourquoi pas ici à Zécauteux, aujourd’hui.

Il y a de jolies femmes à Zécauteux, en particulier cette petite brune qui traverse la rue en bleu de travail, une énorme clé à tuyau rouge au bout du bras. Je la salue, comme je le fais avec tous depuis que je suis entré dans ce village, et comme les autres, elle me sourit, salue. Mais plutôt que de poursuivre son chemin, elle s’arrête, me considère avec attention, et sourit de plus belle. La voilà qui s’approche.

  • Voulez-vous m’épouser?

Je vois. Cette dame a un épisode.

  • Je ne peux pas vous épouser, je ne fais que passer, dans trente minutes je n’existerai plus.

Elle me saisit la main et la porte à son cœur.

  • Vous souhaitez faire l’amour avant? Je fixe la toilette chez Monsieur Lonton, et je serai toute à vous.
  • Qu’est-ce que c’est que tout cela!

Avouons-le: une sombre prémonition m’envahit. Je retire ma main, recule d’un pas, cherche un regard sur lequel m’appuyer pour me sortir de ce pétrin. Personne parmi ces villageois ne semble intéressé par nous, qui occupons pourtant le centre de la voie publique. Son joli visage toujours souriant, sourire serein ou sourire fou, elle me reprend la main et m’entraîne vers une maison. Nous contournons l’inévitable petit tas de cailloux, elle pousse la porte et nous pénétrons dans une demeure chaleureuse, quoiqu’un peu sombre. Un homme se déshabille dans la chambre de droite.

  • Bonjour Monsieur Lonton.
  • Bonjour Maia.

L’homme, qui retire son caleçon, s’avance vers moi, souriant.

  • Vous êtes le futur époux de Maia?

Je balbutie quelques sons, je lui tends une main qu’il ignore, et sourit de plus belle.

  • Je ne suis ni votre homme ni votre femme, celle-là est bien drôle, mon cher! D’où tenez-vous ces manières?

L’homme me tourne le dos et enfile un maillot de bain. Je l’abandonne là, et rejoins Maia dans la salle de bain. Elle bidouille quelque chose dans le réservoir, sans me porter la moindre attention. Plombière.

  • Voilà.

Elle récupère ma main, ballante, me tire à l’extérieur sans un mot pour l’étrange Monsieur Lonton. Cette fois, il faudra bien que je rompe le charme, et que je m’éclipse. Auparavant, puisque nous sommes en si bons termes, pourquoi ne pas satisfaire ma curiosité?

  • Maia, que signifient ces… structures… ou ces… pyramides… en cailloux?

Elle rit, s’empare d’une pierre au sommet de la pile.

  • Ça? C’est un tas de cailloux, rien qu’un tas de cailloux.

Je suis perplexe. Que me cache-t-elle?

  • Pourtant, il y a un tas identique devant chaque maison, et ils sont approximativement tous de la même taille. Pourquoi chacun élèverait-il cette chose, s’il ne s’agissait que d’un tas de cailloux? Qui veut d’un tas de cailloux? C’est un tas sacré?

Maia m’embrasse sur la joue. J’aurais peut-être dû fuir dès notre sortie de chez Lonton.

  • On dit que dans certains villages éloignés, les gens placent des dizaines de pneus devant leurs maisons. Ailleurs, ce sont des blocs de vieilles voitures écrasées au compacteur. Ailleurs encore, ils font pousser du gazon, de la maison jusqu’à la rue. Partout, c’est pour faire joli.

Je mesure l’ampleur de mon ignorance. Des pneus? Des voitures en blocs? Du gazon? Et quoi d’autre? Et où sont tous ces villages? J’hésite à la croire, même si je n’ai aucun motif pour douter d’elle. Cette femme respire la franchise! Mais si tout est vrai, quelles absurdes habitudes ces villageois étrangers ont-ils développées!

  • Ces tas de cailloux, c’est donc pour faire joli.
  • Tout à fait. Ça ne vous plaît pas? Pas encore? Oh mon cher amour! Vous succomberez! Chacun de ces tas de cailloux, et là je philosophe un peu, veuillez m’ excuser, est un reflet de la personnalité conjuguée de tous les habitants de la maisonnée. Un tas de cailloux, ça se construit sur toute une vie. Vus d’ici, tous ces cailloux sur tous ces tas dans tout le village vous paraissent identiques, alors que pas un n’est pareil. Il existe une infinité de nuances de teintes, de formes et de densité. Je pourrais vous en parler jusqu’à demain matin, et nous ne pourrions ni nous marier ni faire l’amour. Plusieurs livres traitent en haut et en bas de la question. Je ne suis ni experte en la matière, et à vrai dire, ça m’indiffère passablement. Pas au point, cependant, de me passer d’un tas. Mais le mien, qui sera bientôt le nôtre, n’a rien pour rivaliser avec celui de Monsieur Lonton, par exemple.

À parler des tas, la journée avance, et bien que je ne me rende nulle part, j’ai de plus en plus hâte de poursuivre ma route.

  • Maia, vous me plaisez, mon intuition me dit que je pourrais vous aimer. Juste un petit détail. Vous souhaitez des épousailles, alors que moi je n’ai même jamais songé à la chose. Je suis Gustave, bien heureux de vous avoir croisée, mais faisons-nous la bise, et à un de ces jours peut-être. Car entre nous, qui décide de se marier au premier coup d’œil, en pleine rue! Ce sont là des drames qu’il faut méditer longtemps, pendant des années!

Maia m’embrasse à nouveau. Elle passe ses longs doigts dans ma chevelure, descend le long de ma colonne et tâte mes fesses.

  • Ici, on ne se marie pas autrement. Les regards se rencontrent, ils s’unissent dans une connexion spirituelle instantanée, et voilà. Tout simple.
  • Tout simple.

Cette femme m’étourdit. Est-il encore possible d’éviter ce mariage ? Le faut-il? Elle me grise. Si au moins ces villageois plantaient, comme tout le monde, des flamants roses en plastique sur de jolies plaques de béton coulées devant leurs maisons! Mais des cailloux! J’aurais l’impression de vivre sur une autre planète! Je n’ose pas le lui dire, mais j’aurais honte. Moi et mon tas de cailloux! Non, vraiment, je ne me vois pas.

Michel Michel est l’auteur de Dila

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