Quand il faut tout recommencer

Il faut rentrer la bête dans le garage. Vous avez exagéré. Tout le quartier est en émoi. Ils viendront avec des fusils, ils viendront avec des bâtons, ils nous assiégeront.

LUC: Et tout sera à recommencer.

Nouveaux vents, nouvelle langue, nouveaux voisins. Et dans cinquante ans, dans cent ans, vous exagérerez à nouveau.

LUC: Et tout sera à recommencer.

Par bonheur (celui-là, le bonheur, quel drôle de type), ça n’a aucun sens.

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Tout ce qui passe

Albert parle d’Alice pendant qu’il pense à Barbara et que l’image de Roland embrassant Léo-Sébastien lui traverse l’esprit et qu’il se demande ce qui se passe à ce moment même dans l’esprit d’Alice, de Barbara et de Roland.

Cela a duré une seconde.

C’est à en perdre le souffle.

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Toutes ces histoires invraisemblables

Cet homme-là m’a raconté sa vie, comment il a grandi sur une ferme, s’est exilé à la ville pour étudier le droit, a joint les rangs du Parti machin, est devenu député, puis ministre, puis s’est sinistrement retrouvé dans l’oubli, jusqu’à ce que je le rencontre et que j’écrive son histoire.

Il était certain, mais absolument certain que tout ce qu’il m’avait raconté était bien réel.

Moi, j’ai trouvé sa fiction plutôt amusante.

Et depuis, je reçois plein de lettres de gens qui soutiennent que ce qu’il a raconté est faux.

Chaque fois, je me tords de rire.

Et j’écris de nouvelles histoires invraisemblables.

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Les portes

C’est alors qu’on m’a poussé dans cette salle, une immense salle aux murs vides, éclairés par de longues rangées de néons, où des dizaines d’hommes et de femmes à demi vêtus rampaient sur une moquette à poil ras aux motifs rococo. Énervé, je me suis vivement retourné, déterminé à sortir aussi sec de ce pandémonium, mais on avait verrouillé, il m’était impossible de revenir sur mes pas. Il ne me restait plus qu’à traverser cet espace étouffant, à enjamber les corps, pour atteindre un couloir que je voyais s’ouvrir de l’autre côté. Je sautais à gauche et à droite, des mains tentaient de m’agripper et je devais me défendre à coups de pied, à coups de poing, pour poursuivre mon chemin. Quand j’ai atteint le couloir, il y avait là un homme appuyé au mur, nonchalant, qui m’observait en souriant. Dès que je suis arrivé à sa hauteur, il m’a informé qu’il m’accompagnerait, et j’ai compris que je n’avais pas le choix. Je cherchais une sortie, et j’ignore pourquoi, je m’imaginais que je la trouverais tout au bout du couloir. Ce couloir, murs blancs, moquette semblable à celle de la salle, semblait décrire une très large courbe, si bien qu’il m’était absolument impossible d’en apercevoir la fin. J’avançais donc, dépassant de rares portes à droite, de rares portes à gauche. Au bout d’une heure de marche, inquiet, craignant de m’enfoncer dans une sorte de spirale infinie, je me suis arrêté devant une des portes à droite. J’ai demandé à l’homme qui m’accompagnait ce qui se trouvait derrière, n’osant l’ouvrir, de crainte de me voir précipité malgré moi dans un autre piège. Il a simplement haussé les épaules, et m’a dit “la folie”. J’ai voulu savoir ce que cela signifiait, mais il s’est muré dans un silence absolu, derrière un sourire d’une politesse comme on en voit rarement. Quelques pas encore, peut-être une cinquantaine de mètres, et je me suis arrêté à nouveau, devant une porte à gauche. “La vie”, m’a-t-il indiqué. Mais je n’ai pas osé pousser cette porte non plus. J’ai simplement égratigné la peinture sur cette porte, question de la retrouver si je ne trouvais pas mieux, plus loin, si je n’atteignais pas l’extrémité du corridor, ou une sortie quelconque. Décidé à en avoir le cœur net, je me suis arrêté devant chaque porte. À mon grand désarroi, chaque fois que je m’arrêtais devant une porte du côté droit, il disait “la folie”, et “la vie”, quand je m’arrêtais devant une porte du côté gauche. Cela sentait le piège à plein nez. Il était temps d’en finir. Je me suis mis à courir, le plus vite que je pouvais. Je voulais le toucher, ce fond du corridor, pour enfin voir cette porte qui me ramènerait à l’extérieur, dans la rue, dans n’importe quelle rue, au cœur de la ville. J’ai couru comme jamais je n’avais couru, pendant au moins deux heures, peut-être davantage. Comment savoir, puisque j’ai fini par m’épuiser et m’évanouir, déshydraté, à bout de force. À mon réveil, j’ignore combien de temps j’ai dormi, je n’avais ni faim ni soif. Mais j’étais toujours dans ce satané corridor, et toujours accompagné de ce même guide taciturne. J’ai repris mon cheminement, moins certain que la veille de parvenir jusqu’au bout. Mais je ne voulais pas, pas encore, choisir entre la porte de droite ou la porte de gauche.

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Écrire ce qui sera un drôle de bricolage

J’ai cette histoire en développement, où il y a trois, ou quatre, ou cinq narrateurs. Chacun suit deux personnages, essentiellement, sauf qu’on semble s’égarer. La jeune femme meurt, chez un narrateur, alors qu’elle survit, héroïne incontestée, dans l’autre. Lier ce qui semble inconciliable, surtout que le temps est à la fois identifié et torturé. J’ai mis cette écriture de côté depuis près de deux mois. Il faut que je m’y replonge, je suis prêt, je crois. Ce narrateur, le troisième, il me faut le catapulter dans l’histoire, tout en restant fidèle au déroulement de son intrigue, de son histoire qui franchement ressemble à un film catastrophe hollywoodien, avec les gens qui meurent, les bons, les méchants, l’amour. Bon, il est tard, je dois filer à l’aéroport, car elle arrive.

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La révélation du meilleur ami de Bob

J’ai eu une révélation.

BOB: Enfin! Fini la niaiserie!

Non, pas encore. Pas ça ma révélation. Ma révélation, c’est que je ne pense pas. Je n’ai jamais pensé, je ne penserai jamais, je me demande même si j’en ai la capacité.

BOB: Tu penses trop.

Non, justement, c’est ce que je me tue à te dire.

BOB: Je n’écoute pas. Quand tu parles, ça finit toujours mal.

Je suis un perroquet. Un perroquet gris. Je répète, j’ai toujours répété, toujours mal répété.

BOB: Attention aux métaphores, elles te trahiront.

À partir d’aujourd’hui, je ferai exactement le contraire de ce que j’ai vraiment envie de faire. C’est le plus simple.

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Tu pousses et tu persistes, voilà tout

Comment est-ce possible?

JOEY: Tu pousses, tu pousses, tu persistes.

Mais j’ai mal aux cuisses, aux mollets, j’ai le cerveau en compote.

JOEY: Tu pousses, tu pousses, tu persistes.

J’ai perdu un bras, ma maison est en feu, mon chat est mort.

JOEY: Tu pousses, tu pousses, tu persistes.

J’aimerais m’asseoir, lire, écouter un film.

JOEY: Non. Tu pousses, tu pousses, tu persistes.

Mais persister à quoi? Je ne fais rien depuis des années!

JOEY: Suivant!

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Nous avions peur, nous avions tous peur

Je cherchais un mot. C’est précisément à ce moment qu’elle est entrée, la peur.

Je me suis sauvé, nous nous sommes tous sauvés, nous avons couru, une bande d’écervelés.

Quand la peur vous prend!

Il y en avait encore, et plusieurs, qui ne savaient rien, qui nous regardaient, hébétés.

On ne court pas à l’infini.

Ils sont tombés les uns après les autres, épuisés. J’ai couru encore, nous n’étions plus qu’une poignée.

J’ai fini par tomber à mon tour.

Un passant, probablement un étranger, un extraterrestre, m’a demandé ce qui nous effrayait. Ébahi, je n’ai pas pu lui répondre. Ce qui nous effrayait!

Imaginez! Il m’a posé cette question!

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Pendant ces 5 secondes-là

J’observe mon gros orteil et je me dis qu’il faudrait que je taille l’ongle.

Dans la pièce d’à côté, ma fille accuse mon fils de lui avoir pris son chargeur.

Dans la rue, une voiture avec un moteur puissant, huit cylindres et silencieux troué, roule lentement.

Un rossignol chante mais je n’en suis pas certain.

Je sais que si je m’éloigne un peu, si j’aiguise mes sens, je serai submergé sous les mouvements contradictoires, parallèles, discordants, interrompus, nouveaux, furtifs, tendres, sauvages, ennuyants, impitoyables, s’ignorant les uns les autres, dans un joli silence. Un silence de conte.

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