Les portes

C’est alors qu’on m’a poussé dans cette salle, une immense salle aux murs vides, éclairés par de longues rangées de néons, où des dizaines d’hommes et de femmes à demi vêtus rampaient sur une moquette à poil ras aux motifs rococo. Énervé, je me suis vivement retourné, déterminé à sortir aussi sec de ce pandémonium, mais on avait verrouillé, il m’était impossible de revenir sur mes pas. Il ne me restait plus qu’à traverser cet espace étouffant, à enjamber les corps, pour atteindre un couloir que je voyais s’ouvrir de l’autre côté. Je sautais à gauche et à droite, des mains tentaient de m’agripper et je devais me défendre à coups de pied, à coups de poing, pour poursuivre mon chemin. Quand j’ai atteint le couloir, il y avait là un homme appuyé au mur, nonchalant, qui m’observait en souriant. Dès que je suis arrivé à sa hauteur, il m’a informé qu’il m’accompagnerait, et j’ai compris que je n’avais pas le choix. Je cherchais une sortie, et j’ignore pourquoi, je m’imaginais que je la trouverais tout au bout du couloir. Ce couloir, murs blancs, moquette semblable à celle de la salle, semblait décrire une très large courbe, si bien qu’il m’était absolument impossible d’en apercevoir la fin. J’avançais donc, dépassant de rares portes à droite, de rares portes à gauche. Au bout d’une heure de marche, inquiet, craignant de m’enfoncer dans une sorte de spirale infinie, je me suis arrêté devant une des portes à droite. J’ai demandé à l’homme qui m’accompagnait ce qui se trouvait derrière, n’osant l’ouvrir, de crainte de me voir précipité malgré moi dans un autre piège. Il a simplement haussé les épaules, et m’a dit “la folie”. J’ai voulu savoir ce que cela signifiait, mais il s’est muré dans un silence absolu, derrière un sourire d’une politesse comme on en voit rarement. Quelques pas encore, peut-être une cinquantaine de mètres, et je me suis arrêté à nouveau, devant une porte à gauche. “La vie”, m’a-t-il indiqué. Mais je n’ai pas osé pousser cette porte non plus. J’ai simplement égratigné la peinture sur cette porte, question de la retrouver si je ne trouvais pas mieux, plus loin, si je n’atteignais pas l’extrémité du corridor, ou une sortie quelconque. Décidé à en avoir le cœur net, je me suis arrêté devant chaque porte. À mon grand désarroi, chaque fois que je m’arrêtais devant une porte du côté droit, il disait “la folie”, et “la vie”, quand je m’arrêtais devant une porte du côté gauche. Cela sentait le piège à plein nez. Il était temps d’en finir. Je me suis mis à courir, le plus vite que je pouvais. Je voulais le toucher, ce fond du corridor, pour enfin voir cette porte qui me ramènerait à l’extérieur, dans la rue, dans n’importe quelle rue, au cœur de la ville. J’ai couru comme jamais je n’avais couru, pendant au moins deux heures, peut-être davantage. Comment savoir, puisque j’ai fini par m’épuiser et m’évanouir, déshydraté, à bout de force. À mon réveil, j’ignore combien de temps j’ai dormi, je n’avais ni faim ni soif. Mais j’étais toujours dans ce satané corridor, et toujours accompagné de ce même guide taciturne. J’ai repris mon cheminement, moins certain que la veille de parvenir jusqu’au bout. Mais je ne voulais pas, pas encore, choisir entre la porte de droite ou la porte de gauche.

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