Sublime extrême blogueuse

Un parc, un frêne, un homme, Vidal.

VIDAL: J’aurais dû me douter que je n’aurais pas le temps de quitter Chartres, de foncer jusqu’à Orly, de traverser l’océan, de descendre à Pierre-Elliott-Trudeau, de sauter dans un taxi, et d’être à l’heure au parc La Fontaine. Cette sublime extrême blogueuse a joué serré, et j’ai perdu. Je suis en retard, mais s’est-elle présentée?

FRÊNE: Si si, elle était là, exactement où vous vous tenez, il n’y a pas deux heures de cela. Elle vous a attendu au moins cinquante-trois minutes vingt-huit secondes.

VIDAL: Oh! Vous m’avez fait peur! C’est vous qui avez parlé?

FRÊNE: Si si. Je ne voulais pas vous effrayer, seulement vous informer.

VIDAL: C’est bien la première fois qu’un frêne me parle!

FRÊNE: Vous ne sortez pas beaucoup, Monsieur.

VIDAL: Au contraire, mais un frêne qui parle! J’ai bavardé avec des chênes, j’ai débattu avec des saules, j’ai même chanté en chœur avec des bouleaux, mais avec un frêne, ça non, jamais.

FRÊNE: Pouvez-vous me gratter, juste en bas, là. Merci. J’ai des fourmis dans le tronc.

VIDAL: Comment savez-vous que la femme qui a attendu ici est cette sublime extrême blogueuse?

FRÊNE: Ce n’était peut-être pas elle. Décrivez-la-moi, que je vois.

VIDAL: C’est simple, si ses photos et ses vidéos disent la vérité, elle a de jolis yeux et de jolis pieds.

FRÊNE: C’était tout à fait elle. Avec toutes ces joliesses.

VIDAL: Souhaitait-elle vraiment me rencontrer? Parce qu’elle aurait pu, enfin, si elle avait vraiment voulu, pourquoi ne pas attendre une heure de plus, deux heures de plus, moi j’aurais attendu un jour de plus, j’aurais attendu jusqu’à ne plus pouvoir attendre.

FRÊNE: Elle ne pouvait plus attendre. Il y avait un geai sur ma première branche. Elle a dit, je compte jusqu’à cinq, et si le geai est encore là, c’est qu’il viendra. Elle a compté. À quatre, le geai est parti. Alors elle a cessé de vous attendre.

VIDAL: Ça explique tout. 

FRÊNE: Vraiment? En tout cas, au début, elle était très excitée. Elle répétait, j’espère qu’il réussira, j’espère qu’il viendra. J’ai cru que c’était une autre de leurs histoires d’amour, alors j’ai failli intervenir, tenter de la dissuader. L’effrayer peut-être.

VIDAL: Vous êtes horrible. Et si de l’amour, il en tombait?

FRÊNE: L’amour, c’est un détournement d’idée. J’en ai trop connu. Ils s’appuient contre moi, ils s’embrassent, s’intercalent comme ils peuvent, et finissent par me tatouer des cœurs au couteau. Sadiques.

VIDAL: Cette sublime extrême blogueuse espérait et c’était moi, moi qui meublais son espoir.

FRÊNE: Alors vous! Vous vous en racontez de belles! Après avoir espéré, elle a douté. Et ça n’a pas été long, je vous assure. Jamais il n’aura le courage de se lancer dans cette aventure, et toutes sortes de supputations semblables. Méditez là-dessus, mon cher, elle a douté de vous! J’ignore ce que vous vous étiez promis, mais elle n’y croyait plus, plus du tout. Elle s’est même interrogée sur votre existence! C’est quand même quelque chose! Elle a imaginé toutes sortes d’hurluberlus se cachant derrière votre photo, des vieillards essoufflés, des pervers édentés, des matrones esseulées.

VIDAL: Moi qui suis là! Fidèle portrait de ma photo! Par où est-elle partie?

FRÊNE: Par là.

VIDAL: Où, là?

FRÊNE: Vous n’aurez qu’à demander aux frênes, à tous les frênes du parc, de la ville, du pays si vous y tenez! Vous partez déjà? Vous ne voulez pas savoir ce qui a succédé au doute?

VIDAL: Elle m’a espéré à nouveau?

FRÊNE: Non. Elle a converti son doute. Elle a cessé de douter de vous, pour douter d’elle-même. Que je suis présomptueuse! Penser qu’on pourrait quitter une cathédrale si moyenâgeuse pour s’envoler vers une femme si blogueuse!

VIDAL: Ça me fend le coeur!

FRÊNE: Ne fendez pas trop, ça n’a pas duré. Elle a bien vite rigolé. C’est une idée extrême, mais sublime que j’ai eue là! Quel jeu! Inviter dans ce parc un abonné du blogue! S’il y parvient, tant mieux, on boit un café, on papote, et bonsoir! S’il n’y parvient pas, tant pis. Puis il y a eu le geai. Puis elle a compté. Puis elle est partie. Vous partez, ça y est? Vous partez.

Un parc, des frênes, un homme qui demande à chacun d’entre eux s’il a vu une sublime extrême blogueuse.

Traitement en cours…
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