Les règles sont les règles, absolument

JACK: Merci beaucoup de me recevoir si rapidement, j’ai attendu moins de vingt minutes dans la salle d’attente. La dernière fois, c’était il y a cinq ans, j’avais attendu toute la journée, et jusque tard dans la nuit.

HECTOR: Oh, Monsieur, depuis, nous avons grandement amélioré nos services. Grandement. Superbement. Financièrement. Vos papiers, s’il vous plaît?

JACK: Voilà. Tout y est. La photo, le formulaire rempli, le certificat de naissance.

HECTOR: Je vois. Ce formulaire. Nom, adresse, c’est bon. Citoyenneté. D’accord. C’est bien signé. Je crois, Monsieur, que votre formulaire est bien rempli. Exactement.

JACK: Merci, je vous remercie! Vous êtes vraiment efficace. Donc j’aurai mon passeport dans trois semaines, c’est bien cela?

HECTOR: Votre photographie respecte les dimensions appropriées. Vous ne souriez pas. Excellent.

JACK: Vous l’enverrez par la poste, ou dois-je venir le chercher?

HECTOR: Votre certificat de naissance. Il y a un problème. Incontestablement.

JACK: Un problème? Mais il est conforme, officiel, évidemment!

HECTOR: La patte manque.

JACK: La patte? Expliquez-moi, plus clairement.

HECTOR: La patte du K, dans votre prénom. Constatez par vous-même. Votre K n’a pas de patte.

JACK: Mon cas?

HECTOR: Un K sans patte, c’est presque un Y. Votre nom n’est pas Jacy, donc ce certificat est invalide.

JACK: Mais c’est mon certificat! L’encre de la patte du K aura pâli, mais le premier venu verrait bien que c’est bien de moi dont il s’agit, Jack!

HECTOR: Le premier venu, peut-être. Moi, je suis vigilant.

JACK: Vous rigolez. Dites que vous plaisantez!

HECTOR: Sans patte, pas de passeport. Tout cela se tient, Monsieur.

JACK: Ça ne marche pas du tout! Vous savez le temps qu’il me faudra pour obtenir un nouveau certificat? Tout reprendre les démarches pour le passeport ensuite, refaire une photo, car elle sera périmée, n’est-ce pas?

HECTOR: Oui.

JACK: Je dois me rendre en Patagonie dans un mois! Dans un mois! J’ai besoin de ce passeport. Ne pourriez-vous pas juger la chose, logiquement?

HECTOR: C’est tout jugé.

JACK: Absurdement, oui.

HECTOR: Monsieur, d’autres attendent. Reprenez ces papiers. Au revoir.

JACK: Pour une patte de K!

Quand la fesse est douloureuse

J’ai mal à la fesse.

EUX: On s’en balance.

Mais vraiment mal.

EUX: …

Je ne pourrai pas y être, demain, pas de réunion, donc pas de député, donc pas de contrat, donc avenir hypothéqué, donc fournisseurs ébranlés, donc village en crise.

EUX: Viens qu’on te la frotte.

Quoi donc? Ah! Oui. Désolé. Une pensée de Rose m’a traversé l’esprit. Rose dans sa robe lilas. Et son frère qui. Lui, je ne l’inviterai pas. Mon téléphone! Il faut que je le change. J’ai brisé l’écran, il est désuet, de toute façon. Ma fesse! Tante Aline veut absolument que je passe. Tante Aline vit à un kilomètre à peine de chez Rose. Je pourrais. J’ai faim. Oh ma fesse!

Nous avions peur, nous avions tous peur

Je cherchais un mot. C’est précisément à ce moment qu’elle est entrée, la peur.

Je me suis sauvé, nous nous sommes tous sauvés, nous avons couru, une bande d’écervelés.

Quand la peur vous prend!

Il y en avait encore, et plusieurs, qui ne savaient rien, qui nous regardaient, hébétés.

On ne court pas à l’infini.

Ils sont tombés les uns après les autres, épuisés. J’ai couru encore, nous n’étions plus qu’une poignée.

J’ai fini par tomber à mon tour.

Un passant, probablement un étranger, un extraterrestre, m’a demandé ce qui nous effrayait. Ébahi, je n’ai pas pu lui répondre. Ce qui nous effrayait!

Imaginez! Il m’a posé cette question!

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S’il fallait s’arrêter aux risques!

PAT: Il n’y avait aucun risque. Malgré la foudre, et plus tard, la tornade, il n’y avait aucun risque. Nous étions toutefois décoiffés. À notre retour au village, il n’y avait plus personne. Il n’y avait plus de village.

KIN: C’était un mensonge. Il y a cinquante mètres de ma porte au square. Je risque tout, à tous coups. Il y a douze ans, j’y ai rencontré celle que j’ai épousée. C’est là qu’elle a rencontré celui avec qui elle est partie il y a un an et demi.

GOV: Il y a toujours un risque. À tout.

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Jan découvre le monde et ne s’en remet pas

GOU: Jan a enterré son meilleur ami, et depuis, il en veut au ciel, parce que ce jour-là, il faisait beau, les oiseaux chantaient, tout resplendissait. Il aurait aimé un ciel d’orage, des tourbillons de vent comme dans les films. Au moins, une petite pluie. Les éléments n’en avaient rien à cirer de la mise au trou du quidam. Mais cela, il ne l’a jamais pardonné. Alors, depuis ce triste jour, il refuse de sortir de chez lui lorsqu’il fait beau, et court sur la tombe de son ami chaque fois que l’orage gronde à l’horizon.

TOL: C’est vrai que se faire enterrer quand le soleil brille, c’est insultant.

FOB: Quand les autos roulent encore.

BAW: Quand les usines tournent.

NUG: Quand les étudiants étudient.

POK: Quand les joueurs jouent.

SUZ: Quand les danseurs dansent.

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Marcher encore une autre année

Il y a tant de jours.

V: Tu as inventé un monde différent chaque jour, depuis une semaine, un mois, un an. Un an déjà?

C: Un an. Ça m’a coûté quelques cheveux.

V: Je n’en ai plus. Est-ce que tu t’y retrouves? Je pourrais peut-être t’aider.

C: Pourquoi pas. Apporte ta boussole, tes cartes, tes bottes de randonnée, et partons! Partons enfin!

V: Voilà, voilà. Par ici! Par là!

C: Nous sommes bien seuls. Tu es certain que nous avons pris le bon chemin? La nuit va bientôt tomber.

V: La nuit est tombée depuis longtemps, mon ami. Tu n’avais pas remarqué? Sérieusement?

C: Où ai-je la tête!

V: Éloignons-nous. Éloignons-nous encore un peu. Nous n’avons pas besoin de repasser sur nos pas, sur leurs pas. Avançons, je t’assure, tu finiras par t’y retrouver.

C: Est-ce que je parlerai encore au vent?

V: Tant que tu peux parler! De quoi se plaint-on!

C: Nous sommes perdus. Totalement égarés. Dormons un peu, retrouvons nos forces, et demain matin, tu me raconteras une histoire. Où j’inventerai à nouveau, et nous marcherons une autre année.

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Quelle chance de pouvoir manger tout le chocolat

B: Bonjour, comment vas-tu? Tu ne réponds pas? Mais où es-tu donc? Je ne te vois pas. Tu te caches, encore, tu veux me faire peur? Petit vilain. Tu sais bien que mon coeur cédera, un de ces jours!

B se déplace aléatoirement.

B: Ah! Te voilà! Tu joues au mort, aujourd’hui?

G: Je suis vraiment mort, ce n’est pas un jeu.

B: Si tu ne jouais pas, tu ne parlerais pas.

G: Qu’en sais-tu?

B: Je n’ai pas la tête à me la prendre. J’ai préparé un goûter, c’est prêt. Tu viendras, quand tu auras cessé d’être mort.

G: Est-ce qu’il y a du chocolat?

B: Oui, j’en ai acheté une boîte, hier.

G: J’arrive. Juste le temps de me relever.

G ne bouge pas. Les cadavres ne bougent pas. La plupart du temps.

B, lasse d’attendre, mange tout le chocolat.

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L’extraordinaire champ gravitationnel du nombril

YAN: Les gars! Vous avez vu? C’est quoi ce truc?

YOP: C’est un trou. Je crois que c’est seulement un trou.

YUK: Pas très profond ton trou, si tu veux mon avis.

YER: Ton avis pourrait être démenti par les faits. Regarde, le trou absorbe!

YAQ: C’est vrai! Il vient de gober ton chien!

YER: Oh Léo! Pourquoi t’a-t-on gobé?

YAN: Alertons les autorités, la police, l’armée!

YAQ: Trop tard, il vient d’avaler la voisine. Et le voisin.

YAN: Et leur maison! Où tout cela s’arrêtera-t-il?

YUK: Pas très original, ce trou. Il se prend pour un trou noir.

YAQ: Sauf qu’il n’est pas à des années lumières de nous! Il est juste là!

YAN: Je me sens aspiré. Les gars, aidez-moi, retenez-moi!

YER: Yan, c’était un bon gars, quand même.

YOP: Yaq aussi.

YUK: Yop aussi.

YER: Yuk aussi.

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De l’importance de savoir à quoi s’en tenir

POL: Bonjour, mon nom est Pol.

GAN: Bonjour, mon nom est Pol.

HYU: Bonjour, mon nom est Pol.

DAZ: Bonjour, eh bien, mon nom, mon nom c’est, c’est bien Pol.

VOR: Salut, moi c’est Pol.

MIP: Bon, voilà,  j’suis Pol.

TYR: Salut les copains, moi c’est Tyr!

TOUS: Salut Tyr!

TYR: Vous en faites une tête! On m’a dit, à l’extérieur, que vous étiez une petite bande de menteurs, de fabricateurs, d’inventeurs, de fabulateurs. C’est vrai?

TOUS: Non!

TYR: Tant mieux! Vous me rassurez. Il y a tant de ceci et de cela dans ce monde, suffirait de frapper à la mauvaise porte pour tomber sur des choses qui n’existent pas. Comme les musées de civilisations, tous des menteurs. Je ne vais jamais au musée. Je préfère les établissements comme le vôtre. D’accord, vous faites un peu intello, mais au moins, avec vous, on sait à quoi s’en tenir.

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La ballade des voisins imperceptibles

Il dormait. Il ne s’était pas rendu compte que personne ne l’aurait réveillé, comme son voisin, comme le voisin de son voisin, comme le voisin du voisin de son voisin, et les autres voisins.

Alors, quand il s’est levé au petit matin, beaucoup plus tôt que d’habitude, personne ne s’est soucié de cette incongruité. On a bien remarqué que les fissures des murs s’élargissaient, mais tant que la structure tenait, tant qu’en bas, dans la salle de production, les machines roulaient, on était satisfaits.

Sautant de surprises en surprises, il a fini par retomber au sol, avec tous les voisins de tous les voisins, avec le sien aussi. Sauf qu’il s’est foulé un pied.

Ainsi, depuis ce jour, va sa vie. Heureusement, il oublie encore souvent de se réveiller, et la terre tourne et tourne.

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