Bang bang

Bang bang, je marchais dans le parc quand j’ai entendu cette détonation, bang bang, je ne ne me suis pas inquiété, personne à ma connaissance ne veut me descendre, encore moins payer pour me faire descendre, je me suis à peine retourné, j’avais hâte d’arriver au café car je devais la rencontrer pour la première fois, Éola, quel nom, d’où sort-on des noms comme celui-là, elle avait mis des photos sur son profil mais qui met des photos fidèles, il y en a même qui utilisent encore des photos d’il y a cinq ans, dix ans, alors je verrais, nous avions échangé sur un peu tout, les brocolis, les dalmatiens, les artéfacts précolombiens, on peut dire que nous nous connaissons, ou plutôt que nous entrons dans ce long corridor de la connexion et notre rencontre déterminerait si nous y poursuivrions notre cheminement, dans ce corridor, ou si nous en sortirions abruptement, car se rendre compte de visu a son importance, même pour ceux qui ne jurent que par la fusion des esprits, l’union des âmes, l’équilibre des êtres et autres balivernes, et pour elle aussi, Éola, si ma gueule ne lui revient pas je le verrai tout de suite je le lui ai dit ne soit pas troublée on se serre la main on se dit c’est pas tout à fait ça on se souhaite bonne chance et on n’en parle plus, elle a acquiescé, bang bang, à force de les entendre ces coups de feu, je finis par m’y attarder, pas que soudainement je me crois la cible de qui que ce soit, mais des accidents surviennent tous les jours, ce serait trop bête d’arriver auprès d’Éola avec une balle dans l’épaule, ou pire, dans un poumon, au milieu du front, surtout si on ne peut pas l’expliquer, parce qu’il n’y a pas d’explication ou parce qu’on ne peut plus rien, et c’est pourquoi je m’arrête près d’un arbre, je me retourne prudemment pour constater l’état et, avec un peu de veine, la nature de la fusillade en cours, mais on s’en doute, c’est toujours comme ça quand on espère mettre le doigt sur la vérité, je ne vois rien, ni tireur ni victime, pas même de public aux abois, pas de panique dans les allées du parc, j’y suis bien seul avec ma démarche légèrement pressée, ma cavalcade vers Éola au nom qui me rappelle mon enfance sur les hauteurs de la côte Atlantique, si bien que devant ce vide apparent, car je sais que je n’ai pas rêvé, qu’il y a eu au moins trois série de bang bang, je décide, pour éviter un retard malvenu pour un premier rendez-vous, surtout si elle me plaisait, surtout si je lui plaisais, de reprendre mon chemin vers le café, à peine deux cent mètres maintenant, je vois la devanture là-bas, peut-être m’a-t-elle déjà aperçu, mais ne lèverait pas la main, pas d’enthousiasme excessif avant d’être fixé sur la personne, bang bang, ça ne s’arrêtera jamais, où donc sont-ils tous passés, mes concitoyens que normalement je devrais croiser dans ces sentiers, peut-être devrais-je les imiter, abandonner l’idée de ce rendez-vous avec, somme toute, une inconnue, une comme six autres précédemment, ça mène toujours à un cul de sac, bang bang, une douleur à l’épaule, une brûlure, du sang, j’ai bien fini par en capter une, de toutes ces balles qui volent aujourd’hui dans le parc, un ricochet peut-être, et ce sang qui coule sur ma chemise, je vais l’effrayer Éola, comment lui expliquer que je me suis pris une balle qui ne m’était pas destinée, je verrai dans ses yeux la suspicion, elle se méfiera malgré ses paroles réconfortantes, malgré ses soins en attendant l’ambulance, car si le sang continue à couler il ne m’en restera bientôt plus et je ne la reverrai pas, elle s’éclipsera, je ne pourrai pas même tenter de lui expliquer en ligne, son profil me sera interdit, et tout sera à recommencer avec une autre, bang bang, dans le dos, au point où j’en suis, vous pouvez bien me faire saigner de partout, je ne la verrai pas, c’est maintenant certain, je peux tacher de sang tous mes vêtements, qui s’en souciera, bang bang, ce revolver au-dessus de ma tête, je m’endors, je me sens sombrer, ce n’est pas le sommeil mais je n’ose pas y croire, quelle aberration, pourquoi serai-je la cible, et de qui s’il vous plaît, qui est cette personne derrière le revolver, attendez avant de tirer un dernier coup, votre visage s’embrouille, oui c’est cela, approchez vous, ce visage, je le connais, je l’ai vu, Éola, nous avions pourtant rendez-vous au café, nous avions rendez-vous, Éola, bang bang.

Traitement en cours…
Terminé ! Vous figurez dans la liste.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s