Je ne t’ai pas tué par accident 

Une femme, debout, considère l’homme étendu sur le trottoir. Du sang s’écoule régulièrement de son côté droit, ses yeux palpitent. La rue est déserte, à part quelques rares voitures qui passent à plein gaz, sans s’arrêter au feu.

H: Je respire toujours, mais j’ai tout ce sang qui s’échappe. N’es-tu pas celle qui torturait la folie?

F: C’est un accident. Que je suis bête. J’y pense pendant des semaines, je prévois chaque geste, chaque parole, et me voilà, déconfite.

H: Pourquoi portes-tu ces vieux vêtements? Tu voulais faire pauvre? Je te reconnais. Je sais que tu es riche, très riche. Cet héritage de ton père, d’abord, puis de ta tante, ensuite, pas vrai? Mais tu as peut-être raison. Je ne t’aurais peut-être pas reconnue, parce que là, j’avoue, c’est comme si j’étais descendu de chez toi ce matin. Tu te souviens de ton appartement au sixième? Deux toutes petites pièces où nous ne pouvions danser qu’en plaquant le matelas à la verticale sur le mur! Alors c’est ça, aujourd’hui? Un accident?

F: Je suis désolée, j’avais prévu autre chose.

H: La balle qui m’a transpercée, elle a bien surgi de ce revolver, celui que tu tiens à la main?

F: Cet appartement, je préfère ne pas y penser.

H: Tu te souviens, tu me disais avoir atteint la limite de l’innocence. Tout, désormais, devait se solidifier. Chaque geste, chaque décision, chaque caresse. Des briques. Tu voulais des briques pour construire.

F: Vient un âge où les erreurs vous détruisent.

H: Moi qui avait cru que la gaîté ne te quitterait jamais.

F: Je ne peux pas rester ici. C’est indécent.

H: Tu vas m’aider? Puisque c’est un accident.

F: Je ne t’ai pas tué par accident. Je visais le cœur, mais j’ai trébuché. C’est dommage. Comme je n’avais qu’une seule balle, c’est à recommencer.

H: Si tu veux mon avis, ç’aurait été un assassinat superflu.

F: Il m’arrive encore de penser à toi. Je reviendrai.

H: J’ai longtemps conservé ta photo. On me l’a brûlée. Une amie jalouse.

F: Mon mari, mes enfants, le chien, les chats, ma belle-mère, m’attendent au resto.

La femme tourne les talons, jette une arme dans une bouche d’égout, enlève des gants qu’elle fourre dans son sac, et disparaît à l’intersection. L’homme saigne toujours, mais un peu moins.

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