Basse-cour 

GUSTAVE: Elles sont toutes à toi, ces poules? 

LEYLA: Papa m’a donné la maison, à condition que je garde le poulailler. Tu veux bien m’aider à ramasser les œufs?

GUSTAVE: Les œufs? Vraiment? Tu en fais quoi des œufs?

LEYLA: J’en donne à la soupe populaire, j’en vends, je m’en garde.

GUSTAVE: Toutes ces poules! Intimidant.

LEYLA: Les oeufs! Tu en oublies. Tu n’as jamais mis les pieds dans un poulailler?

GUSTAVE: Je ne t’imaginais pas ainsi. Leyla et ses poules. Leyla l’élégante, qui joue à la fermière!

LEYLA: Plutôt la fermière qui joue à l’élégante. Ou peut-être que j’ai de multiples personnalités.

GUSTAVE: Il n’y a pas à dire, le premier degré d’émancipation passe par le rapport à la propriété agricole. Mais aujourd’hui, devant l’accumulation rapide de capitaux faramineux, aucune véritable réforme agraire n’est possible.

LEYLA: Tu as marché sur un œuf.

GUSTAVE: Le capital financier modèle jusqu’à nos rêves, par son contrôle de la production et de la promotion des produits.

LEYLA: Fais attention aux poules, il ne faut pas les effrayer.

GUSTAVE: Nous consommons aveuglément, sans jamais poser de questions, parce que nous avons besoin de cette cécité pour vivre comme nous le faisons.

LEYLA: Gustave! Tu as failli renverser tous ces œufs! Reste près de moi, ne t’aventure pas plus loin.

GUSTAVE: Quand une crise éclate, l’ahurissement nous étouffe, alors que tout était prévisible, simplement parce que les mécanismes économiques engendrent le mouvement de leur propre déchéance.

LEYLA: Attends-moi ici, je n’en ai plus pour longtemps. Surtout, n’avance pas de ce côté, il y a une trappe, et la planche qui la tient n’est pas très solide. C’est surtout pour éviter que les poules n’y tombent.

GUSTAVE: Alors il y a la guerre, qui a permis à l’industrie de l’armement de se développer de façon démentielle. Si bien que l’industrie de l’armement permet aux guerres de se développer de façon démentielle.

LEYLA: Gustave! La trappe!

GUSTAVE: Si bien que nous voyons, aujourd’hui, la… ahhhh!

LEYLA: Gustave! Non! C’est pas vrai! Merde. Il s’est empalé sur la fourche. Le con. Comment je vais expliquer ça, maintenant! Le fils du directeur général qui me fait la cour depuis deux ans est venu s’empaler chez moi!

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