Refuge 

JOE: Il y a encore beaucoup d’espace pour plein d’autres choses. C’est vrai que le président est entré, je l’avoue, fier sur son zèbre. Mais il n’y a pas à s’inquiéter, ça n’a pas duré, il s’est volatilisé sans laisser de trace, et le zèbre broute par là-bas, paisiblement. Par ici, mon ami, par ici on peut respirer sans craindre les ricochets de la loi, par ici il y a de la joie, par ici on oublie parfois de mourir. 

ANTHONY: J’ai les flics au cul, j’ai besoin d’une planque, je suis épuisé.

JOE: Tu n’as pourtant pas la tête d’un qui aurait cambriolé, torturé, violé, démembré, étêté.

ANTHONY: Évidemment. J’ai un peu faim aussi.

JOE: Le directeur général est aussi passé sur les ailes d’une famille de corbeaux. Ils croassent tranquillement de ce côté, je crois. Lui, dissous. Par ici la respiration naturelle.

ANTHONY: Mon crime est simple: je suis né.

JOE: Ça aussi, oui. Tu n’es pas le seul.

ANTHONY: Né un 23 août sous le tropique du Cancer. Pas beau. Pas laid. Pas sympathique. Pas antisympathique. Et quoi d’autre? Hum. Ah oui. J’ai appris à marcher, à quinze mois.

JOE: Tu es né, tu marches. Ils détestent.

ANTHONY: Un meurtre, c’était sur le boulevard gris, il y a un an, il y a deux ans, je l’ai vu, j’étais là, je marchais. La loi m’a tiré dessus, ils me retrouveront.

JOE: Entre. Entre vite. Elle viendra avec ses armes lourdes, elle voudra faire feu avant de disparaître. 

ANTHONY: Comment lui répondrons-nous lorsqu’elle frappera à la porte?

JOE: Elle ne frappera pas. Elle tirera à travers la porte. Ne t’en fais pas. Va, va là-bas, n’importe où parmi ces gens. Tu as faim? Il y a à manger quelque part. Les balles ne se rendront pas jusque là.

ANTHONY: Tu en es certain? Elle se faufile partout, j’ai eu beau me cacher dans les planques les plus inimaginables, la loi me reniflait, me retrouvait.

JOE: Ici, la vie est plus forte que la loi. T’en fais pas, elle a tenté mille fois d’enfoncer la porte, mais elle a toujours fini par reculer. Elle a compris qu’elle risque la disparition si elle s’aventure à l’intérieur.

ANTHONY: Où sommes-nous? Ça ressemble à n’importe quelle maison, et là-bas, derrière, on dirait n’importe quelles rues, et ces gens qui passent, ils ressemblent à n’importe qui.

JOE: Oui. J’ignore moi aussi où nous sommes. Je n’y ai jamais trop réfléchi.

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