Elle s’y perd

FRANK: Vous me lassez, toutes les deux.

ÉLISABETH: Je t’aime Frank, je t’ai toujours aimé. Je suis là pour toi, tu le sais, je suis là avec toi.

ANNE: Frank, t’es con. Pars avec elle si ça te chante, si tu y crois à ses âneries.

ÉLISABETH: Écoutes-là! Comment peux-tu la tolérer une minute de plus!

ANNE: Amoureuse! Dis-moi que tu es moins tarte que tu nous le montres!

FRANK: Pourquoi êtes-vous deux! Je sens que je finirai mal.

ANNE: Heureusement que nous sommes deux! Tu aimerais une femme Anne-Élisabeth? Tu es truculent, mon cher! Autant faire appel au docteur Frankenstein pour qu’il nous cousent l’une à l’autre!

FRANK: Pourquoi pas?

ÉLISABETH: Oh non! Moi je ne veux pas! Pas question de devenir vulgaire comme elle, et brutale, et …

ANNE: … et raisonnable, et pragmatique, et audacieuse, et libre. 

ÉLISABETH: Anne, si on te greffait à moi, mon corps te rejetterait. Immanquablement.

ANNE: Le mien mourrait d’ennui, englué dans une masse visqueuse, répugnante.

FRANK: Cessez donc! Vous n’en finirez jamais!

ÉLIZABETH: C’est qu’elle m’insulte. Continuellement. Viens ici, mon petit Frank, viens t’étendre près de moi, que je te caresse la nuque, comme tu aimes tant.

ANNE: Que je te caresse la nuque, idiote. Il lui faut des caresses plus directes, plus audacieuses.

ÉLISABETH: Toi, Anne, tu n’aimeras jamais personne. Tu en seras toujours incapable. Alors que moi, vois-tu, c’est dans ma nature. Je sais aimer, mais aimer comme dans un grand amour, avec la profondeur, la couleur, le bonheur. Tout, quoi!

ANNE: Ton tout, c’est un grand rien, et le plus amusant, c’est que tu ne le verras jamais. Tu n’as pas l’œil pour voir ton trou noir. Alors tu le bourres d’une tonne de bagatelles, et tu en rajoutes, tu en rajoutes tant que tu finis par croire qu’elles vivent en toi, ces bagatelles. Alors qu’en toi, c’est vide. Oui, Élisabeth est un grand vide, une petite chose qui sonne creux quand on la frappe.

FRANK: Partez!

ANNE: Vraiment?

ÉLISABETH: Frank?

FRANK: Oh, ça va! Restez, mais finissez-en, à la fin! Vous ne pouvez pas vous entendre? Qu’on puisse enfin passer une belle soirée.

ANNE: Tu rêves de la chasser pour enfin t’abandonner à ce qui t’appelle. Allez, Frank, ose donc, pour une fois. Montre-lui la porte, congédie-la, et soyons bien, toi et moi. Pour ce soir, pour cette nuit.

ÉLISABETH: La vilaine! Elle te perdra, et demain matin, tu seras seul. Seul pour toujours parce que si tu me chasses, j’en mourrai. Je suis ainsi.

JEANNE: Merde. J’en ai assez.

FRANK: Encore un peu, s’il te plaît. Je crois que nous pourrions arriver quelque part.

JEANNE: C’est ridicule. Tu es un enfant. Et je suis fatiguée. J’ai sommeil.

FRANK: Oh Jeanne, ne m’en veux pas!

JEANNE: Bonne nuit Frank. Je ne jouerai plus. Être Élisabeth, être Anne, c’est lassant, je m’y perds.

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