Avec un titre pareil

KA: Je croyais que Hu m’aimait. Il me déteste.

TO: Dis pas ça, Ka, pauvre Ka. Est-ce que Hu t’a rendue triste?

KA: Oui. Lui qui ne m’a jamais rien offert à mon anniversaire, cette année, figure-toi, il s’est présenté avec un présent qui est tout sauf présentable, ce genre de présent dont je me serais bien passée. Un livre! Une histoire de meurtre!

TO: L’important, c’est les tensions.

KA: Oh! C’est loin d’être un suspense! Tu sais déjà pas mal tout, dès le début. Il y a cette gamine, prisonnière, qui a tué un môme, elle raconte n’importe quoi, des histoires de rats, de chats, de taureaux, ça va dans tous les sens, et puis c’est pas tout, il y a de la narration en plus, de la narration complètement endiablée, incapable de retenue, qui te fais faire le tour de la terre, tu es en Europe, tu es en Amérique, tu es partout, ça vient, ça va, la guerre, la paix. Faut vraiment m’en vouloir pour m’offrir un livre pareil. Moi j’aurais aimé un livre où j’aurais pu me laisser entraîner, m’engloutir, me perdre quoi!

TO: C’est quoi, ce livre qu’on t’a offert?

KA: Dila, le titre, c’est Dila.

TO: Effectivement, avec un titre pareil.

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De l’importance de faire confiance à Pat

Cette année-là, l’hiver avait été rude, l’hiver avait été long. C’était il y a très longtemps, dans un siècle sans automobile, sans chaussures en caoutchouc avec intérieur en feutre et même, sans iPhone.

BEN: J’en ai une bonne à te conter! Tu n’en croiras pas tes oreilles! Imagine-toi que j’ai une petite douleur aux jambes, et Lemay, le supposé médecin, veut me les couper! Slac! Les deux!

RON: Des jambes, c’est pourtant pratique. Qu’est-ce qu’elles ont, tes jambes?

BEN: Un peu de gangrène, c’est tout. Rien de plus, je t’assure! Mais Lemay, on le sait, il n’en manque pas une pour nous raccourcir, du haut ou du bas. Tu te souviens, il a coupé le bras de la p’tite Levasseur, il y a deux ans!

RON: Des bras, c’est pourtant pratique, surtout ici, où nous travaillons de nos bras. Pourquoi Lemay voudrait couper, comme ça, à gauche et à droite?

BEN: Que t’es naïf! Lemay, il est né à B, il a grandi à B, il a son bureau à B. Or, on sait que ceux de B détestent ceux de G, nous. Chaque fois qu’il en a l’occasion, Lemay coupe. Cette fois, ce sont mes jambes, demain, ce sera ta tête!

RON: Une tête, c’est pourtant pratique, même si on ne s’en sert pas souvent. Que vas-tu faire, alors?

BEN: J’ai consulté des gens qui s’y connaissent vraiment. Voilà tout. Ted, au Bar des Copains, m’a mis en contact avec Pat, qui en sait plus long que les médecins. Eh bien Pat m’a dit que je n’avais pas à couper ma jambe, oh que non! Il m’a préparé un remède, dont la recette est secrète. Je crois que c’est à base d’apocyn. C’est très cher, mais c’est efficace. Pat, c’est pas n’importe qui, on peut lui faire confiance. C’est un scientifique naturel, il a acquis ses connaissances par la vraie expérience. Pas dans des écoles où on bourre le crâne des p’tits prétentieux!

RON: M’a l’air d’un type bien, Pat. Mais l’apocyn, c’est pas un poison?

BEN: Tu penses que Pat me donnerait du poison! On voit que tu n’y connais rien! Pauvre tête de linotte.

RON: J’espère vraiment qu’ils ne me la couperont pas, quand même. Tu m’en prêteras, de ton remède à l’apocyn?

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Une famille rafistolée

À l’étage, le vieux Rosaire se meurt. Allongé dans son lit, il râle, écoute la télé, dort. Seule l’infirmière est admise dans sa chambre.

Au rez-de-chaussée, le majordome gère la propriété, reçoit les fermiers, paye les fournisseurs, vend la production, accueille la famille.

Famille réduite. La femme de Rosaire est morte, tout comme son fils, sa soeur, le mari de sa soeur. Ne reste que le neveu, Jean-Charles, et la belle-fille, Annabelle.

L’accueil de la famille se réduit donc à l’accueil de Jean-Charles et d’Annabelle. Jean-Charles est pressé, il a un train à prendre. Au pire, il reviendra. Pourquoi l’avoir fait venir si ce n’est pas encore, enfin, qu’est-ce qu’on y peut. Faut reconnaître que c’est agaçant.

Annabelle prendra le temps qu’il faut. Elle a besoin de cet, tout cela tombe à point, depuis qu’elle est veuve, elle n’a plus de, elle voudrait bien embrasser le beau-père, mais il préfère ne pas recevoir.

Jean-Charles et Annabelle boivent le scotch du vieux dans le salon. Ils se servent eux-mêmes, puisque que le majordome est débordé ailleurs, et ce n’est d’ailleurs pas là une de ses tâches.

D’ennui, Jean-Charles et Annabelle finissent par s’embrasser et, évaluant de visu l’ampleur d’une fortune unie, décident de s’accoupler sur le divan. Fiançailles avec les moyens du bord, mais malheureusement, le majordome ne veut pas célébrer le mariage. Cela aussi ne fait pas partie de ses tâches.

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Un brillant avenir

Papa tient un café où se réunissent tous les truands du quartier, tous très armés et très chics et très polis. Maman écrit des poèmes, et parfois, elle m’aide à faire mes devoirs.

Le café de papa n’est pas très bon, les poèmes de maman ne riment pas.

Devant tant de médiocrité, que peut-on espérer de moi? J’aimerais vendre du bon café aux bons poètes, mais mon ami Stéphane dit que tous les bons poètes sont morts, et que le bon café ne pousse plus. Je pourrais aussi écrire de bons poèmes sur le café, ce qui serait probablement ennuyant, tellement ennuyant qu’on voudra me faire taire par tous les moyens.

Ma vie est dans une impasse. Quand j’aurai dix ans, je rencontrerai, à l’école, un conseiller en orientation. Il saura m’aider à tracer ma voie. La mienne.

Peut-être finirai-je simplement par boire du café du matin au soir, en lisant des poèmes.

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Une nouvelle extraordinaire qui en étonnera plus d’un

Q: J’ai appris toute une nouvelle!

T: Pas vrai!

Q: Oui, une nouvelle comme on en entend peu de nos jours.

T: Il faudra que tu me racontes parce que ça m’intéresse comme tout ce qui vient de toi tu nous arrives toujours avec de ces originalité on se demande où tu peux dénicher tout ça quel type de vie tu mènes car enfin un homme comme toi de l’extérieur ça ressemble à un homme comme moi mais on se rend bien compte qu’il y a un abîme entre nous oui malgré notre proximité notre amitié notre relation qui dure depuis mais tu vois très bien ce que je cherche tant bien que mal mais plutôt mal à t’expliquer pas besoin de me creuser la tête davantage sauf que j’avoue et de cela j’en glissais deux mots aux copains du café des sports que je voudraient bien connaître ton secret ou ta faculté ou faudrait-il parler d’une qualité à moins qu’il ne s’agisse d’une habileté que tu aurais développée à force de labeur après tant d’années et ce n’est pas impossible pour ma part je ne te connais pas depuis toujours même s’il y a déjà quelques années ce qui veut dire qu’avant je ne t’ai jamais interrogé sur cette époque pré-nous à quoi bon de quoi se souvient-on comment distinguer ce qu’on invente de ce qui a été je ne connais pas le tamis qui permettrait de séparer l’ivraie mais ça n’a pas d’importance puisque même le présent comme cet instant celui que nous vivons même lui ne nous apparaît pas tout à fait ça semble fou et ça l’est entre ce qui survient et nous se dresse l’imagination qui déforme réforme transforme si bien que ce qui se déroule maintenant entre toi et moi n’est pas une chose mais deux choses et ça pourrait être mille choses si nous étions mille nous ne vivons pas le même moment tu vois nous croyions partager ces quelques minutes alors que nous ne partageons rien du tout mais alors là rien de rien.

Q: Je dois y aller, K m’attend au château.

T: Et ta nouvelle?

Q: Ce sera pour la prochaine fois.

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Le plongeon amoureux

Tout ça a commencé le 7 juillet. Je marchais sur la promenade le long du fleuve, seul, joyeux. Il y avait des couples, des personnes seules, des vieux, des familles, des échantillons d’à peu près tout. Soudain, je l’ai vue. Elle. Une femme fantastique. Incroyable. Bouleversante. Elle avait, comment dire, de ces cheveux, oh, de ces cheveux! Comment vous la décrire davantage? Les mots me manquent. Elle avait de ces oreilles, et un front, des joues, et de ces lèvres, des sourcils, elle avait aussi un cou, des épaules, oui des épaules, et des bras, deux, parallèles, et un torse, mais quel torse, et un bassin, des cuisses, parallèles aussi, tout comme les tibias. Et quoi d’autre? Ah oui, bien sûr, des pieds. Alors, vous voyez? Vous comprenez? Incapable de résister, de réfréner mon élan, je me suis approché d’elle lentement, sourire numéro deux accroché au visage, et au moment où j’allais lancer ma phrase d’amorce, elle a sauté par-dessus la balustrade et s’est jetée à l’eau! J’ai crié, d’autres passants ont crié, mais en bas, dans le fleuve, elle a agité un de ses deux bras, pour nous montrer que tout allait pour le mieux, et elle s’est mise à nager vers l’autre rive, doucement, avec une grâce et une assurance qui m’ont rassurées. J’ai donc poursuivi ma promenade, tout de même triste du dénouement. Je l’aurais bien suivie, mais je nage si mal, que j’aurais probablement coulé avant de pouvoir lui exposer les motifs de mon approche. Mourir d’amour, oui, mais pas sitôt. Le lendemain, à la même heure, je me promenais à nouveau. J’étais joyeux, je marchais la tête haute. Contre toute attente, elle, la femme aux cheveux, aux oreilles, au front, aux joues, aux lèvres, aux sourcils et le reste, était là, exactement au même endroit. Sourire numéro trois, celui des occasions qui méritent qu’on les souligne, comme la rencontre d’un ami au lendemain d’une victoire au cent mètres, je m’avance vers elle, d’un pas déterminé, comme si je la connaissais déjà. Notre presque rencontre de la veille m’en donnait, à tort probablement, le sentiment. Donc, me voilà qui arrive sur elle, mais au moment où je suis à deux mètres d’elle, hop, elle saute à nouveau par-dessus la balustrade, et dans la flotte! Eh bien! Je l’ai regardée crawler, stupéfait, peut-être encore plus que la veille. Comment expliquer ce comportement? Je ne le saurais. Le lendemain, nouvelle promenade, je la vois à nouveau, mais par prudence, je m’approche discrètement, de biais, essayant de ne pas attirer son attention. Comme elle regardait dans la direction opposée, je me suis dit que cette fois je pourrais l’atteindre avant qu’elle ne plonge. Eh bien non. Quand j’ai atteint un peu moins de deux mètres, elle s’éclipse une fois de plus, gracieux saut dans les eaux grises du fleuve. Ma foi, j’étais abasourdi. Comme cette femme fantastique, incroyable, bouleversante, plongeait systématiquement à mon approche, une sorte de lien s’était créé entre nous. Nous étions de plus en plus près, l’un de l’autre. Du moins, je le croyais. Que faire? J’ai réfléchi, et ai compris que la seule façon de m’approcher à moins de deux mètres d’elle pour plus d’une fraction de seconde, était de plonger moi aussi. Voulant éviter la noyade, qui rendrait le plongeon définitif et inutile, je me suis donc muni d’une bouée. Orange. Le quatrième jour donc, j’étais déterminé. J’ai saisi ma bouée, et dès que je l’ai vue, je me suis mis à courir vers la balustrade. Mon objectif était de parvenir à sauter en même temps qu’elle, afin de toucher l’eau dans un splash commun. Ce serait, rêvais-je, comme notre mariage. Donc me voilà qui court, et hop par-dessus la balustrade, et plouf dans l’eau. Froide. Et tout de suite, j’avale une bonne tasse, mais je me ressaisis, je remonte à la surface. J’ai perdu ma bouée. J’aurais dû l’attacher avec une corde. Mais surtout, à mon grand étonnement, ce jour-là, elle n’a pas sauté. Elle était là-haut, je l’ai bien vue, avec d’autres passants, qui me regardaient me débattre, horrifiés, appelant à l’aide, me criant de tenir bon. J’ai tenu plutôt mal. On m’a repêché peu de temps après, inanimé. Deux kayakistes. Manoeuvres de réanimation, j’ai crachoté l’eau grise, j’ai survécu. Puisque je vous raconte. Sauf que par précaution, on a tenu à m’emmener à l’hôpital. Lorsque ma survie a été assurée, le médecin des urgences a laissé sa place à un psy, qui a refusé de me donner mon congé, surtout après avoir entendu mon histoire. Il était persuadé que j’avais voulu m’enlever la vie! Quelle idée, alors que c’est une histoire d’amour, tout cela! Mon histoire d’amour! Ça fait quelques jours, ou peut-être quelques semaines, que je suis ici. Personne, m’a annoncé le psy, n’avait jamais vu une femme plonger dans la rivière. Les policiers ont enquêté. Comme je maintiens ma version des faits, on craint que je ne récidive, si on me libère. Alors j’ai décidé de partager mon histoire sur les réseaux sociaux, dans l’espoir que la femme avec les cheveux, le cou, les bras parallèles et les tibias parallèles, se manifeste, et vienne me libérer. J’en profite pour l’embrasser, tendrement, et lui dire qu’elle pourra emménager chez moi quand elle le voudra.

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Quand la Patagonie vous appelle, même la prière des anges sonne faux

JÉRÔME: On ne me parle plus. On s’est dit offensé. On me reproche cette décision. Épouse, fille 1, fille 2, fils, père, frère, cousine, nièce, neveu, voisin, ami 1, ami 2, ami 3, patron, client 1, client 2, client 4 (client 3 s’en fout), et mes chats. Pourtant, quand on meurt, ça ne devrait pas faire d’histoires. Tu vis, tu meurs. J’ai choisi la Patagonie. Susceptibilités patriotiques, on ne digère pas que j’aie choisi de ne pas mourir sur la terre bien grasse de nos ancêtres, tous plus malheureux les uns que les autres et morts dans une misère indicible. La Patagonie, c’est bien, je crois. C’est vrai que je ne connais pas, je n’y suis jamais allé, mais j’ai vu trois ou quatre photos, et le nom, Patagonie, n’est pas joli? Patagonie, ça sonne à mes oreilles comme un lieu mythique, tellement que la première fois que je l’ai entendu, je croyais qu’il s’agissait d’une sorte de lieu sacré de la mythologie antique. Alors, quand j’ai su que ça existait pour de vrai, il n’y a eu aucune hésitation, j’ai su que j’y mourrais. J’ai obtenu un prêt de la banque pour l’achat d’une voiture d’occasion. Deux mille six cent dollars. Je m’en servirai pour payer ce voyage en Patagonie, avion, location de voiture, hôtels, je ferai la fête, j’explorerai les déserts, les montagnes, et comme meurent les rêves, j’y mourrai, l’esprit bien dodu, radieux, immémoré. Et tant pis pour ceux qui se plaignent parce qu’ils ne pourront pas m’embaumer, m’enterrer (ou me brûler?), me pleurer (ou plutôt se pleurer), me dilapider, me glorifier (se glorifier). Tant pis si je les prive d’un cadavre, mais quand la Patagonie vous appelle, même la prière des anges sonne faux.

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Les oreilles gelées du promeneur solitaire

Ce jour-là, l’épine d’une plante que je n’avais jamais vue dans la forêt m’est entrée dans le bras. Vive douleur, qui s’est vite dissipée. J’ai poursuivi ma promenade, j’avais oublié l’épine. Le lendemain, je suis revenu dans la forêt. Même si nous étions en juillet, il faisait un froid de canard. Ou plutôt, de macareux. Je gelais, surtout que j’étais légèrement vêtu. En plein été, on pense rarement à se munir d’un parka, de gants, de bottes et d’écharpes. Autour de moi, le bois des arbres gelés craquait, et des branches, paralysées dans leur croissance, cassaient et tombaient au sol. Moi-même, qui ne pouvait guère plus marcher, appréhendais le moment où mon corps commencerait par se briser, morceau par morceau. Ça n’a pas tardé. D’abord une jambe, puis un nez, jusqu’à ce qu’il ne reste à peu près rien. Ma tendre épouse, qui passait par là par hasard, elle qui jamais ne s’aventurait dans les bois, m’a aperçu tel que j’étais, diminué et stationnaire au bout d’une allée. Prévoyante, elle portait tout un attirail polaire, des pieds à la tête. Parmi les membres gelés qui gisaient autour de moi, elle a choisi deux oreilles, d’une jolie forme. Elle m’a annoncé qu’elle les emporterait, en souvenir de moi, et qu’elle les ferait peut-être empailler. J’étais fier, je savais qu’elle avait beaucoup d’affection pour moi. Avec ce qui me restait, une tête en équilibre sur un moignon de cou, je l’ai observée quitter le bois. Elle gambadait, visiblement joyeuse. Elle s’est arrêtée pour parler à un passant, un de nos voisins, qui tenait un chien en laisse. Les deux ont beaucoup rit, et lorsqu’ils se sont séparés, mon épouse a vu, avec étonnement, qu’elle tenait toujours les deux oreilles, qui avaient commencé à dégeler. Grimaçant, elle les a lancés dans les buissons, avant de secouer ses vêtements, et de se diriger vers le village. Entretemps, le cou m’était tombé, puis le visage, la boîte crânienne, et tout le tralala. Il ne m’est plus resté que la cervelle, et heureusement, à ce moment, l’été, qui s’était momentanément éclipsé, est revenu. Un renard, curieux et affamé, apercevant l’aubaine, n’a fait qu’une bouchée de cette cervelle. À peine s’il a mastiqué. Depuis, ne disposant plus du minimum, je me suis vu dans l’obligation de mettre un terme à la relation de cette journée excentrique.

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La grande fuite d’un buveur de kombucha

Jack buvait son kombucha, paisible, allongé sur une chaise longue dans le jardin derrière sa maison, quand un homme a jailli d’entre les deux thuyas, courant, rouge et échevelé, bondissant par-dessus Jack et sa chaise, pendant que le voisin et la voisine débouchaient à leur tour d’entre les thuyas, brandissant des révolvers, tirant en direction du fuyard, mais mal, si mal que les balles effleurèrent la joue, la cuisse et le nez de Jack, surpris puis effrayé par tout ce brouhaha, mais se ressaisissant vite, se relevant et courant s’abriter derrière les érables, se croyant sauvé mais à tort, puisque voisin et voisine continuaient à tirer dans sa direction, tentant de contourner l’arbre pour l’atteindre, et cela, même si Jack leur indiquait l’allée par où le fuyard s’était éclipsé, jusqu’à ce que, profitant d’un faux geste de la voisine Jack s’empara de son arme, qu’il retourna aussitôt vers le voisin, qui s’était approché, qui allait l’abattre de sang froid, sauf que Jack fut plus rapide et tira tua élimina le voisin, ce que la voisine n’apprécia pas, ni le fuyard, qui contre toute attente n’avait pas fuit, ou du moins, pas fuit aussi loin qu’un fuyard en fuite devrait fuir, et qui revint en courant toujours, mais visiblement on voyait qu’il avait eu le temps de reprendre son souffle, se pencha sur le voisin maintenant réduit à l’état peu enviable de cadavre, lui subtilisa son révolver pour aussitôt, contre toute attente, quoiqu’à ce point Jack n’en avait aucune, le braquer sur Jack qui, bien au fait de l’égarement ambiant, bondit à nouveau derrière l’érable, non pas pour s’y réfugier, mais pour préparer sa sortie, qu’il réussit en tirant en direction du fuyard qui se mit à l’abris, ce qui permis à Jack de s’éclipser dans la nature, où ni le fuyard, ni la voisine ne daignèrent le poursuivre, n’y voyant peut-être aucun intérêt, si dans toute cette histoire il y avait un intérêt quelconque quelque part, si bien que Jack pu se mettre à couvert, mais pas pour longtemps parce qu’il entendit puis aperçut au-dessus de sa tête un hélicoptère aux couleurs de la police du village qui l’avait aussi aperçu et d’où une voix projetée dans un puissant haut-parleur lui ordonnait de se rendre, ordre suivi aussitôt par une salve d’arme automatique, ce qui effaroucha Jack qui se glissa sous les branches épaisses des conifères, où il entrepris de s’éloigner le plus qu’il pouvait de ces lieux dangereux, mais cela c’était sans compter les routes barricadées par les policiers au sol, qu’il aperçu lorsqu’il s’approcha de la route, quelques cinq kilomètres plus loin, et c’était sans compter les policiers qui sillonnaient les bois sur des motocross ou des véhicules tout terrains, armés pour une chasse à l’homme sans précédent, car c’est ce que c’était devenu, ce qui désola Jack, qui ne pouvait appeler ces forces de l’ordre pour leur expliquer le quiproquo, puisque dans son départ précipité il avait oublié son téléphone, si bien qu’il s’ingénia pour échapper à ses chasseurs, sachant, ayant compris qu’on le descendrait à vue, et jusqu’à présent il y est parvenu, et plutôt bien, réussissant même à se nourrir et à dormir un peu, toujours à l’affût, et il ne semble pas qu’il sera pris de sitôt, aussi vaut-il mieux laisser les choses où elles en sont, quitte à y revenir plus tard.

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De l’importance de respecter ses résolutions

E: Oui, monsieur l’inspecteur, dès que je l’ai vu entrer, je l’ai reconnu, je veux dire, son odeur, parce qu’il s’était déguisé, il avait pris mon visage, pensait me troubler, mais pas très malin, il sentait tout autant, pas qu’il puait, non, une odeur qui lui est propre, mélange de sueur et de végétal, peut-être quelque chose qui tirait sur le conifère, mais légèrement, faudrait analyser, la respirer, cette odeur, pendant de longues minutes, mais une chose est certaine, c’était bien lui, alors pour en finir, j’ai tiré, il est mort au deuxième coup, et ce n’est qu’après que j’ai pensé à cette possibilité, lui parler, profiter de l’avantage de l’arme pour l’interroger, et quand j’ai vu, sur sa tête, mon visage se crisper, puis s’éteindre, ça m’a secoué, et j’ai décidé de mieux manger à l’avenir, et de respecter ma résolution, marcher au moins dix mille pas par jour.

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