Une fin qui aurait pu être pire

À trop manger de chocolat, tu t’es pris dans l’engrenage diabolique du commerce transanarchique. Te voilà asservi, rôti et impoli. Donc, mal de tête, parce que tu ne supportes pas le sucre, indigestion, retard pour le train, rendez-vous manqué dans le village d’à côté, contrat perdu, créanciers, te voilà dans de beaux draps.

URL: C’est pas fatal!

Il te reste ta chatte, qui t’adore. Ils ne la saisiront pas, qu’est-ce que ça vaut une chatte de sept ans, tu peux partir avec elle, faire tes adieux à ta maison, ta voiture, ta voisine, et s’ouvrent de nouveaux chemins dégarnis. L’aventure!

URL: C’est pas banal!

Tu rencontreras Jimmy, qui te guidera dans le royaume des gueux, il finira, après des semaines de supplications, par te présenter Janita, qui te confiera ta première mission, que tu réussiras sans trop de problèmes, ce qui te vaudra les félicitations d’Anita, qui elle, t’accueillera à bras ouverts, et alors seulement tu reverras la lumière, tu t’élanceras, tu riras, tu enterreras ta chatte, si vieille, avant de filer dans le sud où t’attendent les promesses d’un  grand bonheur.

URL: C’est pas mal!

La misérable quête

FUGITIF: Allo!

ECHO: Allo lo lo lo lo.

FUGITIF: Quand tout s’arrêtera?

ECHO: Tera ra ra ra ra.

FUGITIF: Je suis pourtant lucide!

ECHO: Uci ci ci ci ci.

FUGITIF: Je suis innocent, je suis pourtant pur!

ECHO: Ah ah ah ah.

FUGITIF: Pur! J’ai dit « pur »!

ECHO: Ah ah ah ah.

FUGITIF: Merde! Si même ici on ne me croit pas! Je pars!

ECHO: Pars ar ar ar ar.

FUGITIF: On ne me reverra plus, je fuis!

ECHO: Fuis ui ui ui ui.

Rions ensemble

Prenez en considérations tous les commentaires, tous les mémoires reçus, tous les mots qui s’empilent dans la salle du fond, et faites à votre tête. Ils regimberont, nous servirons deux ou trois plaisanteries, et ce sera parfait.

TOC: Mais s’ils refusent?

Vous leur donnerez une bicyclette, une télé, du rouge à lèvres.

TOC: Un combat de gladiateurs?

Une image pornographique, un assassinat, un café.

TOC: Vous croyez vraiment qu’ils nous donnerons tout, mais vraiment tout?

Ah! Ah! Ah!

Des fils tendus jusque dans l’inconnu

Ce matin j’ai froid, ils ont réuni tous les funambules dans le stade, ils nous pousserons vers les pays inconnus, vers des univers insoupçonnés, des univers qui n’existent peut-être pas, mais nous tous devrons partir sur les nombreux fils qu’ils ont tissé depuis des lustres, des fils dont personne n’a jamais vérifié la solidité, et où aboutirons-nous, qu’adviendra-t-il de nous, c’est un lâche abandon, une condamnation, dans tous les regards c’est la même ombre, nous savons que pour la plupart, nous ne nous reverrons jamais, c’était beau la vie ici, c’était beau l’amour ici, il ne nous reste que ces fils, nous par milliers sur ces milliers de fils qui partent dans toutes les directions possibles.

Vive la neige

JEAN: Alors, je te raconte, ce type est arrivé, il nous a offert de mettre un terme à l’hiver, faire fondre la neige en une heure, toute la neige, et fini le froid, que du soleil, tu sais, le printemps avec ses feurs et ses mésanges, mais ton frère, celui qui ne parle jamais, a décidé pour une fois de, comment dit-on, s’exprimer, oui c’est ça, il voulait s’exprimer, il a dit que lui, l’hiver, il aimait bien, ce qui a ruiné le plan, totalement ruiné, parce qu’il n’en fallait qu’un seul pour que, oui un seul, sans l’unanimité, pas question de se débarrasser des bancs de neige et des petits flocons qui nous tombent encore dessus au moment où je te parle, parce que je parie que maintenant, nous en aurons jusqu’en juillet, et pourquoi pas, jusqu’en août, et pourquoi pas, nous sauterons peut-être l’été cette année.

PAUL: Ton type, je le connais. Faut pas le croire. Faut croire personne. Tous des menteurs. Mon frère, il souffre d’érythrophobie.

JEAN: C’est un peu de sa faute, tout de même, phobie ou pas.

Peine perdue

T’as beau t’appeler Sévyvava, t’es pas mieux que Mounette, surtout depuis que Mounette la chatte se décompose dans l’allée, écrasée, écrabouillée par les enfants qui s’ennuient, tu sais, des Sévyvava, il y en a des millions, ils te ressemblent tous, une tête, deux bras, tu veux tous les détails, alors t’as beau t’appeler Sévyvava, tu ne vas nulle part, tu m’écoutes, écoute-moi, je t’indiquerai la sortie, tu la cherches, la sortie, tu devrais, car dehors il y a de l’air, beaucoup d’air et d’étranges étêtés qui le pompent, tu crois que je te mens, ton sourire me le dit, c’est ce qu’il me lance au visage, pauvre Sévyvava, je ne raconte que ce que j’ai vu, tu me perds, je ne te traînerai tout de même pas par la main, si tu n’en veux pas, à ta guise, reste là, moi j’en ai marre, adieu, oui, adieu Sévyvava.

Où sont les miens?

C’est un bien triste sort, un sort tribal à ce que j’ai bien vite compris, compris dès que j’ai mis le pied dans ce petit village à la pointe du lac, comment l’appellent-ils, ils sont charmants ces barbares, nous avions à peine pénétré à l’intérieur des palissades, passé l’église et la brasserie, que je l’ai vu, le pêcheur chauve qui roulait des joints avec ses orteils, j’ai souri, ai voulu le montrer aux autres, mais les autres, je les avais perdus, oui, dis-je, perdus comme on perd une pièce de monnaie, où sont-ils, on ne disparaît pas ainsi, le chauve avait disparu, et des voitures de course me tournaient autour, au secours, où sont les miens, ceux que j’ai perdus, j’ai voulu sortir, fuir loin de ce bled, mais je n’ai jamais retrouvé la porte, palissades, palissades, les villageois se moquaient de moi, me poussaient comme un ballon, il y avait une kermesse et je l’ai vu à leurs yeux, à leurs couteaux, ils m’embrocheront, ils me passeront au BBQ, sauce cajun, mais où sont les miens, ils pourraient m’aider, nous pourrions leur faire face, m’ont ils abandonnés ou ont-ils péri?

L’histoire qu’il faut croire

ÉTHOLIN: Il y a ceux qui aiment les belles histoires, et ceux qui les vivent. Ceux-là se tiennent loin de ceux-là, et vice-versa. Ainsi va le monde, pour le mieux. Sans cela, il n’y aurait pas de belles histoires, il n’y aurait que des histoires.

MENTILO: Il y a nous qui attendons, et Pascolty qui file sans nous saluer. Ça n’a pas de morale, ces gens-là.

ÉTHOLIN: Alors que nous, nous sourions. À tous, équitablement.

MENTILO: Hypocritement.

ÉTHOLIN: Harmonieusement.

MENTILO: La civilisation, c’est nous deux!
ÉTHOLIN: Il passe si peu de gens par ici. À croire qu’ils ont tous foutu le camp.

MENTILO: Ils nous contournent peut-être. Détour. Chemin des écoliers.

ÉTHOLIN: Écrivons un livre sacré.

MENTILO: L’homme artisan est né d’un chêne. Au début, il avait des courbatures, mais il a vite appris à courir.

ÉTHOLIN: Il est peut-être trop vieux. On va s’y perdre. Par contre, l’homme de florès, il plait. Il offre un bouquet à la femme, qui le mange, et s’ensuit un dialogue sur les subtilités culinaires qui façonnera les nations.

MENTILO: Harmonieusement.

ÉTHOLIN: Hypocritement.

Paysage champêtre et pêche à la ligne

Yvette pêchait la barbotte quand un ange avec des ailes électriques et une peau de plomb lui est tombé sur le crâne. Yvette en est morte, raide morte, sur le coup. L’ange, après quelques soubresauts, a basculé dans la rivière. Les poissons le lui ont longtemps reproché, à cause des changements à la perméabilité de leurs membranes cellulaires, mais aussi, ne l’oublions pas, des altération de la morphologie des épithéliums. Oh malheur. Malheur majeur.

Quand Yves, le mari d’Yvette, est venu à la recherche d’Yvette, il a trouvé les corps inanimés d’Yvette et de l’ange, qu’il a chargés dans la boîte de son camion. Triste comme un diable, Yves boit depuis un mois. Il a oublié Yvette et l’ange dans la boîte du camion. Quelle aventure!

Heureusement qu’Yvon, le fils d’Yves et de feu Yvette, a décidé de rendre visite à ses parents, après deux ans, trois mois, dix-sept jours, d’absence. Découvrant le camion et son contenu, ainsi que la maison et son contenu, il a appelé le maire.

Le maire a décidé d’étouffer l’affaire, parce que les anges font un boucan d’enfer depuis qu’ils ont découvert le village et ses nombreux attraits. En particulier sa rivière à barbottes.

Méditations syndicales

Les effets spécifiques du vent sur la coiffure de mon patron terrifient le personnel. Chaque fois qu’une mèche se déplace, de nouvelles tâches nous sont assignées, et les jours de grands vents, nous ne sortons jamais avant minuit.

Alors nous nous sommes organisés. Un syndicat, une caisse, un local, des moyens! Et nous avons construit un mur, un immense mur au bout de la rue, à l’ouest, question de protéger les mèches du vent. Victoire! Nous l’avons criée, un soir, deux soirs, pendant toute une semaine, dans le pub du bas de la ville.

Sauf que parfois, le vent vient d’est. Alors nouveau mur, nouvelles célébrations, nouvelle déception. Après avoir encerclé tout le quartier d’un immense mur anti-déplacement-de-mèches-du-patron, nous avons hésité à crier victoire. Avec raison.

Le vent, ce saligaud, a soufflé d’en haut, une sorte de tornade dans notre enclos, et les mèches se sont affolées comme jamais, et nous avons souffert pendant des semaines!

Jusqu’à ce qu’un des employés propose, dans un murmure, de congédier le patron. Nous n’y avions pas pensé. En tout cas, la question, si elle n’est pas à l’ordre du jour de notre prochaine assemblée, pour éviter les brimades, jérémiades, péliades, nous l’avons plutôt mis à l’ordre du jour de nos méditations individuelles.

Nous en rendrons compte, silencieusement, à tous les membres de notre syndicat.