Une vieille carte postale 

JIMMY: Aujourd’hui, j’ai reçu cette étonnante carte postale d’Amanda. Tu sais ce que c’est, une carte postale? Parce que de nos jours, qui en envoie encore? Plus simple de prendre les photos soi-même, de les envoyer dans la seconde avec trois mots, on peut en envoyer des dizaines. Mais moi, j’ai reçu une carte postale, comme autrefois. Ce qui  m’intrigue, c’est que c’est une vieille carte postale, je dirais même, une de ces cartes qu’on pourrait retrouver chez un antiquaire, noir et blanc, ou plutôt, sépia pâlie et beige crasseux, une vieille photo, et tout, mais vierge, c’est-à-dire qu’elle était encore vierge avant qu’on ne me l’envoie, jamais utilisée, rien d’écrit à d’endos, pas de trace de timbre, comme si on l’avait achetée il y a soixante-cinq ans dans l’éventualité où elle servirait un jour, mais à quoi, on se le demande, on y voit un hôtel, Hôtel Mont-Cassin, semble-t-il, mais le Mont-Cassin est italien, Monte Cassino, et ce n’est certainement pas un hôtel italien sur la photo, prise probablement à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale, quelques mois peut-être, un an tout au plus après la bataille de Monte Cassino, après les meurtres viols rapines par le corps expéditionnaire contre la population civile. À peine trois voitures devant l’hôtel, des Buick, des Chevrolet, modèles 1944 1945 côte à côte face à l’hôtel, le stationnement indiqué par trois séries de petites pierres blanches, et l’hôtel lui-même, une sorte de work in progress constitué, vraisemblablement, d’un édifice originel, une sorte de bâtiment rural entre la maison cossue à trois étages et la grange, recouvert de planches horizontales, toiture en U renversé, deux fenêtres sous les combles, vue de côté, et au fil des ans on a rajouté une lucarne gigantesque, qui a permis d’égayer les chambres du dernier étage, ancien grenier, puis une large devanture, presque un nouvel édifice sur le devant, quatre fenêtres de large, deux étages, mais cette fois en briques, dans un style totalement différent de l’édifice principal, et ensuite, variant encore le style, on a ajouté une véranda sur trois côtés, façade, arrière, devant, en planches, mais verticales cette fois, et noires, ou d’une couleur très foncée, avec quatre grandes baies vitrées, qui contrastent totalement avec les quatre fenêtres à volets du dessus, puis, dans un souci de dépareillement, on a décoré le bas de la véranda, ainsi que deux portails à toit en pignon de chaque côté de la devanture, avec des pierres des champs, pierres rondes semblables à celles du stationnement, pour enfin, longtemps après, ou pas, on a construit un large escalier, en pierres et en briques, dépareillé lui aussi, le tout présentant un spectacle plutôt triste, brinquebalant, une somme de laideur et de cacophonie qui tiennent plus du délire que de l’art.

RAPHAËL: Et qu’est-ce qu’elle t’écrit, Amanda?

JIMMY: Elle dit qu’elle ne reviendra pas. Vois, lis, elle a écrit “je ne reviendrai pas, Amanda”, et il y a mon adresse.

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