Quant à savoir pourquoi 

RULAND: S’il vous plaît, cessez de me demander de tout expliquer, je le répète depuis une heure, je l’ignore, ça ne s’explique pas, c’est la vie, c’est ainsi.

PEINTRE: Sans expliquer, vous savez tout de même quelle a été la succession des tableaux. En tant que premier témoin, à moins d’amnésie vous avez assisté aux métamorphoses qui ont conduit à l’état final où vous vous êtes retrouvé vêtu en cow-boy albertain dansant la polka avec une cantatrice dépouillée sur la plateforme d’un wagon plat qui traversait la ville aux aurores! Concentrez-vous, et dites-nous, Ruland, où étiez-vous juste avant de monter sur la plateforme du wagon?

CUISINIÈRE: Cela il le peut, selon moi. Ruland, tu le peux, ce n’est quand même pas demander l’impossible! Nous abandonnons la quête des enchaînements, tu n’as pas à nous donner des pourquoi, des comment ou pire. Ça ne serait que du fabriqué, de toute façon, car qui peut dire? À l’instant, juste maintenant, j’erre aussi, je serais bien en peine de répondre à un interrogatoire serré, si jamais la police s’avisait de jaillir au milieu de nous.

VIOLONISTE: Décrivez, mon cher, relatez, narrez-nous ça tout de go, nous sommes à l’écoute, oreilles déployées, nez levés. Même si rien ne vous y contraint, il serait dans l’intérêt public de savoir, et quelques descriptions nous suffiront. Il se trouvera bien de joyeux lurons pour établir mille et une connexions entre les tableaux. Mais faudrait commencer par les peindre, Ruland, faudrait bien commencer.

CYCLISTE: Structurons votre vie, si vous le voulez bien. Vingt-quatre heures, cela vous va? Vingt-quatre heures dans la vie de Ruland. Soyons précis, commençons par diviser la période en quatre. Nous connaissons le tableau final, nous l’avons vu il y a à peine quelques minutes. Offrez-nous un aperçu, Ruland, du tableau d’il y a six heures, du tableau d’il y a douze heures, puis dix-huit heures, et vingt-quatre heures. Ça vous va?

MARQUETEUR: Je sens que nous approchons d’un dénouement. Nous, avec nos concivilisés, vous demandons fort peu, à l’échelle des réalisations humaines. Quatre croquis, cela s’expédie en deux temps avec un minimum d’efforts. Que vous ne voyiez pas où nous en venons est secondaire, puisque nous écartons la fiction des conséquemment, et toute élucidation.

JONGLEUR: Voilà qui résume à merveille ce qui, tous, nous anime. Nous resterons éveillés, le promettre serait superflu.

CHAUFFEUR: Il n’y a pas à tergiverser, tricoter davantage nous placerait dans une position intenable.

MODISTE: Droit au but, Ruland, droit au but!

ÉCLAIRAGISTE: Quatre tableaux!

CHAUDRONNIÈRE: Quatre! Si peu.

EXPÉDITEUR: Allons!

RULAND: Il y a vingt-quatre heures, je mangeais des sushis en survêtement de sport rouge. Il y a dix-huit heures, je dormais nu sous des draps lilas. Il y a douze heures, je mangeais des œufs, vêtu du hanfu que m’avait offert la mairesse juste avant de disparaître dans la forêt, laquelle était-ce, amazonienne? Il y a six heures, je regardais les canards sur l’étang derrière chez Paulette, et je portais un jeans, un t-shirt, des espadrilles jaunes. Jaune clair avec des bandes bleues. Bleu ciel, mais ciel de fin d’automne, si vous voyez ce que je veux dire, ciel d’un bleu entier, rond, brutal. Voilà, je peux y aller maintenant?

TOUS: Oh!

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