Le plaisir de la nostalgie

TUR: Tu es tellement loin de moi! Dois-je crier?

ESA: Es-tu tombé sur le coco? Tu es si près que je sens, oh horreur, ta sueur du mois!

TUR: Je sais. C’est que je m’ennuie. Oh! La nostalgie! Profonde nostalgie!

ESA: Un mal de vivre, comme quand on était jeunes.

TUR: Que nous fumions.

ESA: Nous fumons encore. Pousse-toi, tu m’écrases les orteils avec tes gros talons!

TUR: Tu ne t’ennuies jamais de la tristesse, toi?

ESA: J’ai trop à faire.

TUR: Tu rigoles? Tu brûles tes journées sur cette place, avec moi, depuis vingt ans! Tu ne fais rien, tu n’as jamais rien fait.

ESA: Ce n’est pas rien, puisque tu en parles. Tu t’inventes des contes de fées.

TUR: Et la fée, c’est toi?

ESA: Je suis le prince charmant. Tu es le monstre. Quand la princesse se pointera, nous nous battrons, je gagnerai.

TUR: D’accord. Moque-toi autant que tu veux. Ça n’enlève rien à ma nostalgie.

ESA: Je voudrais bien t’attrister, mais je n’en ai pas l’énergie. Tu devras te contenter de ta nostalgie, et pleurer dans tes rêves.

TUR: Cruel! Il te reste à boire?

Les risques de la vie sociale

Je savais que je risquais ma vie, je ne suis pas fou! Mais les relations sociales, y a rien de plus important, surtout quand elles sont de moins en moins sociales. Je roulais à cent trente sur l’autoroute, pas beaucoup de trafic, pluie, nuit, quand Tobertadinnodinatarien, c’est le frère de John, qui est le copain d’enfance de Yann, mon copain d’université, m’a envoyé un texto. Je n’ai jamais vu Tobertadinnodinatarien, mais recevoir un message de lui! Il conduit une Nissan 370Z, il est président du Club de la Montagne, il passe ses hivers à Bora Bora. Il me demandait des nouvelles de John. “Il est où John, merde, je le cherche depuis dix minutes!!!!”. J’ai lu, j’ai répondu que John devait être chez Rosita, puisqu’Amanda m’a dit qu’elle et Tobias y allaient pour un party et que… Je n’ai pas complété, puisqu’il y avait le pilier d’un viaduc devant ma voiture, sur lequel tout s’est arrêté. Je n’ai découvert que plus tard, après l’arrêt de la voiture et de ma vie, qu’en fait, John n’était pas chez Rosita, mais avec Amanda au Canada, et que Tobias jurait qu’il le tuerait, ce n’étaient que des mots, évidemment. John a traversé le pays, et comme c’est long, il a perdu Amanda, et s’est acoquiné avec une Suédoise en Alaska, et comme ça devenait ennuyant, je me suis désintéressé de l’affaire, pour observer les puces de pages au Costa Rica.

Faut juste y croire

Nous y voilà! Yvon se place à droite, Gérald au centre, Hubert à gauche. Tous les trois regardent, fixent, observent, le panache d’orignal que le grand prêtre s’est fixé sur le crâne. Dans quelques minutes, ils inventeront une nouvelle religion. Ils n’ont pas encore décidé si Bernard, celui qui a décidé de se faire appeler “grand prêtre”, devrait être un dieu, un demi-dieu, ou un quart-dieu. Donc ils scrutent chaque centimètre carré et cube de Bernard. Avant la fin de la nuit, ils sauront. Et demain, ils lanceront les invitations, et d’ici une semaine, commencera le prêche.

L’homme utile

Je suis entré dans l’ascenseur, il a brandi une machette, m’a coupé la main droite, j’ai saigné jusqu’à ce que les portes s’ouvrent, un fonctionnaire a appelé les secours en se sauvant, je me suis évanoui, réveillé sur un lit d’hôpital près du chef d’une bande de voyous qui m’a confié un secret, la cachette d’un magot, il est mort peu après, j’ai attendu deux ans, j’ai retrouvé le magot, une fortune, la richesse, et par un hasard étonnant, on m’a arraché la deuxième main, un gamin qui jouait avec des pétards, je me suis payé des prothèses, alors j’ai décidé de collectionner des photos de castors, j’en ai des milliers, je prépare une exposition, un grand événement, faut bien faire quelque chose d’utile de sa vie.

Une fin qui aurait pu être pire

À trop manger de chocolat, tu t’es pris dans l’engrenage diabolique du commerce transanarchique. Te voilà asservi, rôti et impoli. Donc, mal de tête, parce que tu ne supportes pas le sucre, indigestion, retard pour le train, rendez-vous manqué dans le village d’à côté, contrat perdu, créanciers, te voilà dans de beaux draps.

URL: C’est pas fatal!

Il te reste ta chatte, qui t’adore. Ils ne la saisiront pas, qu’est-ce que ça vaut une chatte de sept ans, tu peux partir avec elle, faire tes adieux à ta maison, ta voiture, ta voisine, et s’ouvrent de nouveaux chemins dégarnis. L’aventure!

URL: C’est pas banal!

Tu rencontreras Jimmy, qui te guidera dans le royaume des gueux, il finira, après des semaines de supplications, par te présenter Janita, qui te confiera ta première mission, que tu réussiras sans trop de problèmes, ce qui te vaudra les félicitations d’Anita, qui elle, t’accueillera à bras ouverts, et alors seulement tu reverras la lumière, tu t’élanceras, tu riras, tu enterreras ta chatte, si vieille, avant de filer dans le sud où t’attendent les promesses d’un  grand bonheur.

URL: C’est pas mal!

La misérable quête

FUGITIF: Allo!

ECHO: Allo lo lo lo lo.

FUGITIF: Quand tout s’arrêtera?

ECHO: Tera ra ra ra ra.

FUGITIF: Je suis pourtant lucide!

ECHO: Uci ci ci ci ci.

FUGITIF: Je suis innocent, je suis pourtant pur!

ECHO: Ah ah ah ah.

FUGITIF: Pur! J’ai dit « pur »!

ECHO: Ah ah ah ah.

FUGITIF: Merde! Si même ici on ne me croit pas! Je pars!

ECHO: Pars ar ar ar ar.

FUGITIF: On ne me reverra plus, je fuis!

ECHO: Fuis ui ui ui ui.

Fallait y penser

TIC: Vous êtes vil, laid, grossier et disons-le, menteur et assassin.

RAN: Oui, mais peu m’en chaut.

TIC: Ça, je ne le comprends pas. Vous êtes hypocrite, cruel, sournois.

RAN: Mon cher, le développement de la pensée me permet de penser que je suis autre.

TIC: Seriez-vous crédule? Mystique ou mystifiant?

RAN: Penser c’est croire, croyez-moi!

TIC: Croire que penser c’est croire, c’est une imposture.

RAN: Un des piliers de notre village.

TIC: Vous ne vous en sortirez pas à si bon compte, je suis le maire, je vous ferai emprisonner.

RAN: Vous ne le ferez pas, car ainsi vous me donneriez raison, et que serait votre vie?

TIC: Circulez!

Rions ensemble

Prenez en considérations tous les commentaires, tous les mémoires reçus, tous les mots qui s’empilent dans la salle du fond, et faites à votre tête. Ils regimberont, nous servirons deux ou trois plaisanteries, et ce sera parfait.

TOC: Mais s’ils refusent?

Vous leur donnerez une bicyclette, une télé, du rouge à lèvres.

TOC: Un combat de gladiateurs?

Une image pornographique, un assassinat, un café.

TOC: Vous croyez vraiment qu’ils nous donnerons tout, mais vraiment tout?

Ah! Ah! Ah!

Des fils tendus jusque dans l’inconnu

Ce matin j’ai froid, ils ont réuni tous les funambules dans le stade, ils nous pousserons vers les pays inconnus, vers des univers insoupçonnés, des univers qui n’existent peut-être pas, mais nous tous devrons partir sur les nombreux fils qu’ils ont tissé depuis des lustres, des fils dont personne n’a jamais vérifié la solidité, et où aboutirons-nous, qu’adviendra-t-il de nous, c’est un lâche abandon, une condamnation, dans tous les regards c’est la même ombre, nous savons que pour la plupart, nous ne nous reverrons jamais, c’était beau la vie ici, c’était beau l’amour ici, il ne nous reste que ces fils, nous par milliers sur ces milliers de fils qui partent dans toutes les directions possibles.

Vive la neige

JEAN: Alors, je te raconte, ce type est arrivé, il nous a offert de mettre un terme à l’hiver, faire fondre la neige en une heure, toute la neige, et fini le froid, que du soleil, tu sais, le printemps avec ses feurs et ses mésanges, mais ton frère, celui qui ne parle jamais, a décidé pour une fois de, comment dit-on, s’exprimer, oui c’est ça, il voulait s’exprimer, il a dit que lui, l’hiver, il aimait bien, ce qui a ruiné le plan, totalement ruiné, parce qu’il n’en fallait qu’un seul pour que, oui un seul, sans l’unanimité, pas question de se débarrasser des bancs de neige et des petits flocons qui nous tombent encore dessus au moment où je te parle, parce que je parie que maintenant, nous en aurons jusqu’en juillet, et pourquoi pas, jusqu’en août, et pourquoi pas, nous sauterons peut-être l’été cette année.

PAUL: Ton type, je le connais. Faut pas le croire. Faut croire personne. Tous des menteurs. Mon frère, il souffre d’érythrophobie.

JEAN: C’est un peu de sa faute, tout de même, phobie ou pas.