WASTA: La joie avec l’industrie du livre, c’est l’industrie.
YOUSTO: Il y a des livres que j’aime. La collection Le Petit Philosophe, et le Guide de l’automobile.
WASTA: Et la littérature? L’industrie de la littérature?
YOUSTO: Oui, bien sûr, je te l’ai dit, le Guide de l’automobile. 2022.
WASTA: Comme tu veux. Mais le roman? L’industrie du roman?
YOUSTO: Celle-là, elle en consomme des arbres! Tu as déjà vu ça? Non? Mon vieux, faudra que je t’y emmène. C’est de l’autre côté de la ville, dans le parc industriel. C’est épatant. Ils empilent des troncs de sapin dans une grande cour, et avec une régularité irréprochable, les troncs entrent dans l’usine sur un long convoyeur. Tu devrais entendre les bruits à l’intérieur! L’été, quand les fenêtres sont ouvertes, on entend tout. Ça cogne, ça chauffe, ça cogne, ça creuse, ça cogne, ça colle. Et ça jure. Beaucoup. À l’autre bout de l’usine, chaque jour, ils sortent cent palettes remplies de livres. Vingt-cinq palettes de livres bleus, vingt-cinq autres de livres blancs, vingt-cinq de livres jaunes, et encore vingt-cinq de livres jaunes.
WASTA: Faudra que tu m’y emmènes, et plus tôt que tard. Moi, l’industrie du livre, ça me passionne.
YOUSTO: Ils embauchent, si ça t’intéresse. Emplois syndiqués, oui, monsieur, avec de ces conditions de travail! Vacances, jours de maladie, et une semaine lorsque tu te maries.
WASTA: Tu crois que j’ai une chance?
YOUSTO: Ben oui, comme n’importe qui. Opérateur de convoyeur, responsable des machines à papier, aides en tous genres, écrivains, dactylos, imprimeurs, emballeurs. Si tu sais maintenir la cadence, tu n’auras pas de problème. T’es pas plus fou qu’un autre, je ne vois pas pourquoi ils ne t’embaucheraient pas.