Douce image et verts sommets (4)

Cette fois, c’est moi qui ai abandonnai le godendard. Malgré la chaleur, de légers frissons me traversaient l’échine et je faillis me sentir mal. Je savais que je continuerais, je le désirais plus que tout, sans raison, avec une violente convoitise, comme j’en ai connu plus tard en trois ou quatre occasions, peut-être plus mais il faudrait que je me rappelle, que je cherche, en tout cas avec Florence je crois qu’il y avait un peu de ça, sauf que je ne sais plus à quel moment, si c’était au début, comme un coup de foudre, ou si c’est venu plus tard, quand après des semaines de camaraderie l’imagination avait commencé à tordre le sens des regards et des mots, mais la longue coupure qui s’avançait à plus du tiers du tronc me laissait perplexe, comme si je l’apercevais pour la première fois, comme si je ne parvenais plus à en comprendre la cause et la portée, étonné de ce que nous avions fait, de cette blessure qui un instant m’est apparue telle et m’a semblé odieuse, répréhensible. Je me suis vite ravisé, j’ai balayé ce flottement pour ressusciter ma folie, m’en abreuver jusqu’à regagner l’ivresse et la force de poursuivre, pour maquiller mon hésitation en un contentement entier et ainsi colmater la brèche par où aurait pu s’immiscer la résistance, et sans doute, le bon sens, de S.. Une fois de plus, le mouvement de va et vient reprit, juste un peu plus lent. Depuis le début, je n’entendais que le bruit des dents qui grugeaient la chair du sapin, son qui dominait tous les autres, mais soudain j’ai perçu, comme sorti des profondeurs de la terre, des éclats de rires, des cris d’enfants qui montaient du lac et nous parvenaient en un gazouillis indescriptible que j’ai attribué à mes deux cousines. J’ai souri, cela me donnait du courage car je pouvais me les imaginer, m’imaginer avec elles, leur racontant notre exploit, leur précisant avec une fausse humilité que j’en étais l’instigateur, que j’avais moi-même identifié le plus grand arbre de la montagne, que je l’avais retrouvé là-haut, que j’avais eu à encourager S. pour que cette affaire soit finalement menée à terme. Je leur détaillais tout, j’enjolivais, j’ajoutais quelques difficultés qui me semblaient logiques, dans les circonstances, et j’écoutais avec hauteur et satisfaction leurs questions ingénues, surtout celles de la plus jeune de la plus jolie, qui avait peut-être un an de moins que moi et qui me fascinait avec ses fossettes souriantes, ses yeux de poupée, sa voix douce qui jamais ne l’a abandonnée.

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