Parfois les gens remarquent son ombre, rarement plus

Rodolphe empile les jours les uns par-dessus les autres, comme des feuilles de papier. À la fin de l’année, il range sa pile de jours dans une boîte en bois bien solide, qu’il ferme à l’aide de clous en acier de deux pouces. Il accumule, comme ça, les jours, année après année, et son sous-sol en est rempli. Il sait qu’il dispose de tout l’espace nécessaire, à moins qu’il ne vive au-delà d’un siècle, et si c’était le cas, il n’hésiterait pas à entreposer ses boîtes dans la chambre d’amis.

La particularité de ces boîtes, c’est qu’elles sont étanches. L’humidité n’endommagera jamais son contenu, et s’il y avait une inondation, l’eau ne pénétrerait pas à l’intérieur. Rien ne peut entrer dans ces boîtes, rien ne peut en sortir. Une fois l’année terminée, Rodolphe repart à zéro.

Rodolphe est une ébauche, et dès qu’il commence à prendre forme, tout est à recommencer. Heureusement, une de ses cousines germaines, celle qui vit en bas de la côte là où la rue principale du village se transforme en chemin rocailleux qui se perd dans les terres, s’occupe de tout. Chaque année, le premier janvier, elle frappe à sa porte, se présente, lui explique qu’elle s’occupera de ses courses, de son ménage, de ses loisirs, de sa santé, jusqu’au 31 décembre. Chaque année, Rodolphe s’étonne, mais finit toujours par acquiescer, et ensuite, par s’habituer.

Quand Rodolphe marche dans le village, il passe inaperçu. Parfois les gens remarquent son ombre, rarement plus.

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