Les fruits innombrables du dialogue

ÉMILE: L’année s’achève même si je n’ai pas encore trouvé le caillou de mes rêves. J’ai peut-être trop frotté, ces dernières années, en me brossant les dents.

VOISIN: Pardon? Est-ce à moi que vous vous adressez? Parce que vous savez, je ne comprends rien à ce que vous racontez, ça me semble alambiqué, vous savez, comme dans alambic, distillation, vous voyez, petite flamme sous l’éprouvette, tuyau qui serpente, l’eau qui s’échappe, si vous me suivez, exactement comme un prisonnier qui aurait le feu au derrière et qui prendrait la poudre d’escampette, exactement cela, sauf que dans le cas de l’alambic, c’est ce qui reste qui nous intéresse alors qu’après le départ du prisonnier, en général il n’y a rien, derrière, d’intéressant, un livre peut-être, quelques lettres, certainement pas un coffret antique débordant de bidules en or et de pierres précieuses, sans doute plus que le caillou de vos rêves dont vous nous avez si peu, si ce n’est rien, dit, parce que j’ai cru comprendre que chez vous, cher voisin, la saine communication n’est ni une vertu à cultiver ni une qualité intrinsèque, quoique je ne prétende pas, et n’en ai pas la moindre intention, voir à l’intérieur des gens, et surtout pas dans votre intérieur, celui de votre personne, car s’il ressemble à votre résidence, vous vous y perdez assurément plus souvent qu’à votre tour et alors, il faut se le demander, je me le demande, oh très légèrement et avec une attention superficielle, vous devriez, si ce n’est pas déjà le cas, vous le demander, mais pas plus, car pourquoi quiconque d’autre que nous, qui assistons au spectacle de votre confusion, pourrait s’intéresser à votre intra-muros, quiconque et pour quel motif, je vois à votre air hagard que vous partagez mon avis sur ce point, tant mieux, et l’on serait porté à dire qu’il y a toujours cela de gagné, mais je ne dirai pas, je ne voudrais pas même le suggérer puisqu’avec vous, y a-t-il jamais quelque chose de gagné, tout ne s’éclipse-t-il pas dans la minute ou même, dans la seconde, ce qui expliquerait votre sortie d’aujourd’hui dont, heureusement pour le monde dans lequel nous vivons tous deux, je suis le seul témoin, le seul qui, jusqu’à la fin des temps, du nôtre en tout cas, pourra en témoigner, ce que je me garderai bien, soyez rassuré, ou inquiété, à votre guise.

ÉMILE: Je vois.

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