Partir

Il n’y a pas mille façons de l’annoncer. Je pars. Je l’avais d’abord écrit en majuscules, pour bien insister sur la chose, mais ça ne fait pas joli sur la feuille. Je pars, je pars, je pars. Ne me demandez pas où j’irai, chaque chose en son temps. Je sais que mon beau-frère, qui rêve de ce moment depuis longtemps, compte faire courir la rumeur que je partirai vers Perpignan. À cause de Rose. Mais c’est faux, c’est absurde. Je pars de, je ne vais pas vers. Soyons clairs, j’entre dans une phase de destruction tous azimuts. Une révolution.

Gabriel est parti. Où a-t-il bien pu se réfugier? J’espère qu’il ne dilapidera pas notre fortune,  enfin, sa fortune, mais sur laquelle nous avons des droits, n’est-ce pas, nous aurions dû l’arrêter, vous auriez dû lui mettre des bâtons dans les roues, l’enchaîner, l’envoyer réfléchir à la cave. Vous ne pensez pas, vous ne pensez jamais. Ne riez pas, vous aussi vous vous en mordrez les doigts. On ne laisse pas filer un mari comme celui-là.

Au volant de sa voiture noire, l’homme a quitté la cour sans un regard vers la maison. Il a roulé sur la route pendant des kilomètres, jusqu’à ce que se présente une intersection. Il y est resté une trentaine de minutes, jusqu’à ce qu’une voiture s’arrête derrière lui, klaxonne. Il a tourné à gauche et a roulé encore longtemps. À force de tourner à droite, à gauche, il est repassé plusieurs fois par les mêmes routes. Il ne s’arrête pas, sauf pour faire le plein. Il roule, de jour comme de nuit.

Je l’ai vu hier soir. Il a pris de l’essence, il a acheté un sandwich, une bouteille d’eau. Je ne me souviens pas l’avoir entendu parler. Je lui ai pourtant dit, comme à tous les clients, bonjour, et merci, mais il semblait ne pas m’entendre. J’ai cru qu’il était sourd, mais même cela, je veux dire, les personnes sourdes, elles voient quand on s’adresse à elles, elles lisent sur les lèvres, pas vrai? Lui, son regard ne regardait pas. C’était comme s’il voyait autre chose que ce qui se présentait à lui. Puis il est parti, et je ne le reverrai probablement jamais. Il n’est pas d’ici. Je ne l’avais jamais vu auparavant.

Pour qui nous prennent-ils, ces gens-là? Une agence de réconciliation matrimoniale? Un service de réunion familiale! Nous sommes des flics, pas des hippies travailleurs sociaux qui comprennent tout et ne font rien. Porter disparu un type parce qu’il a décidé de foutre le camp! On ne manque pas de culot, dans ce milieu-là! Mais ça ne nous regarde pas, non madame, non monsieur. Nous avons mieux à faire avec nos égorgements et nos démembrements, nos décapitages taillades estafilades, et nous ne connaissons des familles que les parricides matricides fratricides infanticides.

Son passeport était en règle, nous n’avons rien remarqué de louche, alors nous l’avons laissé entrer. Bien sûr, nous lui avons demandé où il comptait se rendre, mais il a simplement répondu qu’il irait au hasard, qu’il avait le temps et les moyens de voyager ainsi. Ce n’est pas interdit, et c’est plutôt commun, mais surtout durant l’été. Nous n’avons pas fouillé à fond sa voiture, mais nous avons vérifié la banquette arrière, le coffre. Il y avait une valise ordinaire, avec ses vêtements, des chaussures. Le chien aurait senti s’il y avait eu quelque chose de louche.

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