Un poème

Filer dans la nuit, dans le désert du Nevada, sans pare-brise. Des fous à moto me poursuivent depuis que je t’ai quitté.

Qui sont-ils? Que me veulent-ils?

J’ai mis tes lunettes, mais ce n’est pas suffisant. Ce vent sur mon front. Ce bourdonnement dans mes oreilles. Je sens ma tête sur le point d’éclater.

Je n’ai pas peur. Je garde mes yeux sur la route, mes mains sur le volant.

La route est déserte. Presque déserte. Nous ne croisons pas plus d’une voiture toutes les demi-heures. Ou plus.

Que me veulent-ils?

Je ferai tout pour survivre à cette nuit. Pas question d’abandonner.

J’ai suffisamment d’essence pour atteindre la ville. J’ignore ce que je ferai une fois sur place. Et eux, quel est leur plan? Vont-ils me tirer dessus? Me laisseront-ils entrer dans la ville?

J’ignorais que j’avais des ennemis. Je me creuse la cervelle, je ne trouve rien.

Je crois que j’ai gagné un peu de terrain sur eux. Dans mon rétro, leurs phares rétrécissent. Combien sont-ils? Trois? Quatre? Peut-être seulement deux.

Si au moins il y avait des flics sur cette route. Ça les exciterait. Excès de vitesse. Gros excès. Mais pas de chance d’en rencontrer un qui ne dorme pas dans cette nuit sans lune.

Zut!

Une crevaison. Pas le moment.

Oh la la. Ça valse. Un coup à droite, un coup à gauche. Me voilà bien enlisé dans le sable.

Vite. Sortir. Courir.

Les voilà. Ils s’arrêtent, inspectent la voiture.

Impossible de se cacher. Courir.

Que font-ils? Ils mettent le feu à la voiture. Ne semblent pas vouloir me poursuivre. Qu’est-ce que c’est?

Ils chantent, ils rient.

Les voilà qui partent. Rebroussent chemin, retournent d’où ils viennent.

C’est peut-être un piège, pas question de revenir vers la route avant le lever du soleil. Ils ont peut-être laissé un des leurs derrière.

Je marche. Toute la nuit, en parallèle avec la route. M’éloigner le plus possible de la voiture, de mes ennemis.

Enfin le soleil. Espérons qu’une voiture s’arrêtera.

Une moto! Oh non!

Rassurons-nous. Certainement pas un de ces types. Ils sont partis, disparus.

Plutôt aimable. Me conduit jusqu’à la ville, jusque chez moi.

Je lui offre un verre, pour le remercier. Frères humains, je crois en vous!

Je lui raconte ma mésaventure, mon pare-brise éclaté par la pierre qu’ils ont lancée, et la poursuite, et l’incendie, et la nuit dans le désert.

Il s’excuse.

Pardon?

Il s’excuse. Son copain, c’est un excentrique. Il avait besoin de ça, cette nuit, pour écrire un poème.

Un poème? C’est quoi cette connerie.

Oui, un poème.

Je lui balance mon verre au visage. Ridicule. J’en oublie de relever son numéro de plaque. Il déguerpit, l’air vraiment désolé.

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