Le coyote

Je me suis rendu compte, la nuit dernière, que je n’avais pas autant de chance que je croyais en avoir. Il y avait cette femme, elle habitait entre le mont X et le mont Y, je l’ai rencontrée sur une île, sur la plage d’une île plus précisément, je lui ai offert une soirée chaude, elle préférait une révolution, je lui ai dit d’accord, tout pour vos yeux, elle m’a ordonné de ne pas la regarder, de porter mon regard loin devant moi, j’ai acquiescé, et soudain, il y avait des milliers de gens devant, derrière, à nos côtés, j’étais persuadé qu’elle était toujours là, mais je n’osais tourner la tête, l’œil devant, droit devant, j’entendais sa voix qui montait, qui faiblissait, que je perdais parfois dans le flot des voix, je n’étais pas toujours certain de marcher près d’elle, je me disais qu’après sa révolution, nous passerions à autre chose, peut-être écouter un film, boire un verre, compter les mésanges dans le jardin, sauf que le temps passait, le jour, la soirée, il se faisait de plus en plus tard, et la révolution ne semblait jamais vouloir se terminer, mais vers vingt-deux heures trente-trois, chacun est rentré chez soi, elle m’a invité chez elle, c’était loin, une bonne heure de marche, sans compter les arrêts. Onze heures cinquante-huit, nous mettons le pied sur son balcon, hourra, mais au moment où j’allais pénétrer dans la maison, une transformation, du poil qui me sort de la peau, la tête qui m’allonge, le bassin qui se tortille, je n’y comprenais plus rien. Après une journée si riche en émotions, cette rencontre fantastique avec cette femme fantastique suivie d’une révolution fantastique, j’espérais un instant de sérénité, une minute de calme. Ça n’allait plus du tout. La femme fantastique s’est reculée, dégoutée d’abord, ou horrifiée, puis s’est mise à rire, d’un grand rire tonitruant comme en ont les marins au long cours. Minuit, oui oui, bien entendu, j’ai bien vu que je me transformais, et j’ai tout de suite cru que je devenais loup-garou. Eh bien non, je me transformais en coyote-garou. Loser. Je comprends que la femme fantastique m’ait claqué la porte au nez, à sa place j’aurais fait la même chose. Coyote-garou! Il n’y a qu’à moi que ce type d’absurdité arrive!

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