Un après-midi dans le hangar

On me rentre de longs clous dans les bras, dans les jambes. Je ne ressens pas la douleur. J’ai même envie de rire, et je plaisante. Mais chaque fois, chaque fois que j’ouvre la bouche, une main derrière moi me frappe.

J’entends de l’eau couler. Je suis dans une sorte de hangar désaffecté, couché sur une plaque de fer, tenu par des anneaux aux chevilles, aux poignets, au cou.

Celui qui plante les clous n’a pas de nez, pas de lèvres. Des yeux à peine visibles. Il ne parle pas, il reste parfaitement impassible. J’ai d’abord cru que c’était un androïde, mais non. C’est un humain, visiblement. Le sang court dans ses veines, l’air entre dans ses poumons.

M’ont-ils anesthésié? Pourquoi je ne ressens rien?

Parfois, des êtres défilent devant moi. Animaux, humains, je l’ignore. Ils défilent et semblent danser, semblent s’accoupler. Comment savoir?

J’ai de plus en plus l’impression que je m’amenuise, que l’on se nourrit d’un nectar extrait de mon corps. Je n’en ai aucune preuve. Je me sens si bien. Comment pourrais-je mourir, dans une telle béatitude?

Toutes les tristesses de mon enfance ont fondu, tous les abandons se sont évanouis. Si je le pouvais, je sourirais. Je tendrais les mains à la terre entière.

Dos sur la plaque de fer, je ne parviens pas à m’insurger, même si j’ai le sentiment que je le devrais.

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