Le printemps au Labrador

Elle m’aimait le matin, mais seulement le matin. C’était une magicienne du matin, on la voyait voltiger dans le jardin, elle émerveillait toute la rue, les mésanges se posaient pour elle.

Elle m’aimait le matin, mais m’assassinait l’après-midi. Fâcheuse habitude, qui m’a fait perdre un temps fou. Et tant de vie! Tant et tant, c’est à en perdre son latin et sa lucidité.

Elle m’aimait le matin, mais tout cela a cessé, il a bien fallu. Elle s’épuisait tous les après-midi, elle a failli en mourir. À force d’assassiner, on y laisse un peu de soi, on s’étiole.

Un de mes amis l’a vue le mois dernier. Elle dansait sur une plage du Labrador. Jusqu’à geler. J’imagine qu’elle y sera encore au printemps, un pied au sol, une jambe parallèle à la mer, les cheveux dressés dans la bourrasque.

Depuis que j’ai cessé de mourir tous les jours, j’ai repris des forces. J’irai peut-être à sa rencontre au printemps.

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