La culture est entre bonnes mains

J’ai hérité de papa une immense bibliothèque. Milliers de livres. Il y en a de toutes les couleurs, mais mes préférés, ce sont les livres à reliure de cuir. Ça fait chic, ça rehausse le standing de la maison, ça fait chuchoter Monsieur le juge, même Madame la ministre.

Évidemment, je n’ai jamais avoué que je n’ai lu aucun de ces livres. Évidemment. J’ai toujours offert des réponses vagues aux questions directes à ce sujet. Comme “qu’appelle-t-on lire, mais vraiment lire?”. Vous balancez ce genre de trucs, et comme il n’y a pas de réponse, on n’ose rien ajouter.

Sauf qu’au fil du temps, il y a eu des doutes. De vilains impertinents m’ont interrogé sur des auteurs, sur des œuvres. Embêtant. Les généralités générales ont généralement une limite.

J’ai donc décidé de me cultiver. Tous les soirs, je lis un paragraphe en ligne qui résume l’essentiel de l’œuvre d’un auteur. Par exemple, Balzac. Vous savez, le type qui était au pique-nique à la campagne il y a deux jours, avec la belle-famille et tout? Oui, lui, Balzac. Eh bien, c’est simple, quand un invité me parle de lui, je murmure, “oh, celui qui voulait écrire l’histoire que n’écriront jamais les historiens”, avec quelques paroles décoratives. Ça fait mouche, à tous coups.

Un paragraphe par soir, au bout d’un an, ça fait trois cent soixante-cinq auteurs. Comme j’ai une bonne mémoire, j’ai un petit mot profond à dire sur tout le monde, et quand mon invité cherche à faire traîner la conversation, je lui offre un verre de mon meilleur cognac.

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