Le grand gagnant de la coupe Stan

À la remise annuelle des prix de l’Association des  professionnels de l’examination des protocoles des stratégies quinquennales nationales, la présidente, Romella Lamel, a présenté la coupe Stan, remise à celui, parfois à celle, mais pas souvent vu le caractère encore fortement patriarcal de la structure organisationnelle malgré la présence d’une femme présidente après trois siècles vingt-deux ans cinq jours d’une domination entièrement mâle, qui s’est illustré dans les magazines en ligne, en papier, entiers.

ROMELLA: Cette année, c’est un secret de coccinelle, nous remettons la coupe Stan à Jean-Christophe Roy!

SALLE: Bravo.

On applaudit, mais légèrement, l’enthousiasme retenu par la déception. Chacun, chacune croit sincèrement qu’il vaut bien Jean-Christophe Roy. Et même plus.

ROMELLA: Jean-Christophe, qui n’a pas de nombril, a su gagner la confiance des, et aussi des, sans parler de la grande, et il ne s’est pas arrêté là, il a, et il n’a pas hésité à, sans compter tous les, ainsi que la et le et les!

SALLE: Bravo.

L’enthousiasme, déjà rachitique, se recroqueville davantage.

ROMELLA: Jean-Christophe, tous vos confrères, toutes vos consœurs, brûlent d’impatience de vous écouter.

On se verse à boire, on se dirige vers les toilettes, on reçoit des coups de fil très très importants.

JEAN-CHRISTOPHE: Je, moi, suis dans mon élément, au cœur de mon, au sommet de ma, fier de, et tous ces liens de l’univers à ma, à mon, à moi, c’est ainsi, depuis toujours je, quand j’étais petit je, et plus tard aussi je, toute ma vie en somme, je!

SALLE: Bravo.

Il ne reste plus que trois personnes dans la salle, un vieil homme dans le fond à droite, incapable de manœuvrer son fauteuil roulant entre les chaises renversées, une dame, en avant, mère de Jean-Christophe, un concierge qui a commencé à ranger, croyant, à voir la salle se vider, que la réception était totalement, proprement et glorieusement, terminée, espérant pouvoir quitter un peu plus tôt ce soir pour rejoindre Manuelle qu’il a rencontrée il y a une semaine et avec qui il a prévu un cinéma, un verre, une promenade, même si tout cela les mène au petit matin, puisqu’elle ne travaille pas demain, puisqu’il a pris congé demain, alors quand il s’est rendu compte que ça parlait toujours là devant, pour ne pas perdre contenance, il a poursuivi son travail, discrètement, comme une chose allant de soi, car rebrousser chemin serait avouer une faute alors qu’il ne voyait pas où était la faute de ranger quand il n’y a plus personne à part cet orateur qui de toute façon n’a rien vu, qui croit s’adresser à une foule, au pays tout entier, et quoi d’autre, allez deviner.

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