Vive le premier mai!

07:00

L’essentiel, pour croître, est de s’en tenir à une saine gestion. Bonjour, Clara, assurez-vous que le traiteur apporte le gâteau après dix-sept heures, nous ne voulons pas que les employés célèbrent avant la fin de leur journée de travail. Vous confirmerez aussi qu’ils ont bien réduit la quantité de sucre ainsi que l’épaisseur du glaçage et que cette économie se reflète sur le prix, qui doit absolument être dix pour cent inférieur à celui qu’il nous a facturé l’an dernier. Le premier mai, ça se fête, à bon marché.

08:00

Oui, Roland, vous pouvez embaucher ces trois travailleurs, si vous m’assurez avoir vérifié leurs antécédents. Nous ne voulons pas de perturbateur dans nos rangs, c’est mauvais pour ma pression, et ça provoque de l’érythème pubien. J’en ai perdu une maîtresse et trois amants, le mois dernier.

09:00

Embauchez, Roland, congédiez. C’est votre rôle dans cette compagnie. Lorsque je n’aurai plus confiance en vous, je vous remplacerai. D’ici là, ayez de l’initiative, fourrez votre nez partout, débusquez les trouble-fêtes, élaguez, purifiez.

10:00

Clara, où est le dossier des ventes du second trimestre?

11:00

Quoi! Le commis à l’enregistrement au département de l’expédition a réellement prononcé le mot syndicat! Moi qui croyais que tous nos employés étaient branchés, modernes et supercool. Que dites-vous, Roland, il a utilisé le mot dans la phrase “je ne voudrais pas être membre d’un syndicat”, et vous hésitez! Avez-vous oublié notre code? Il ne doit jamais être question de syndicat entre nos murs. Peu importe la phrase. Prononcer le mot, c’est suggérer l’idée, et suggérer l’idée, c’est déjà une action. Sus aux actions syndicales! Nous sommes avant-gardistes! Allez, relisez votre code, et congédiez.

12:00

Allo, Rita, on peut se voir à l’heure du lunch? Non, je n’ai plus d’érythème. Plus du tout, puisque je te le dis. Toi, tes seins n’ont pas ramolli? D’accord. Avec Adrien? Sa corne de bœuf m’amuse, pourquoi pas. Tu me prépares un sandwich, je le mangerai en même temps.

13:00

Bonjour Monsieur le Ministre, oui, les affaires vont comme elles vont. Un nouveau programme? Innovation? Bien entendu. Nous innovons chaque seconde. Oui oui. Très cher. Cinquante millions? Comment refuser! Création d’emplois? Autant que vous voudrez. Oui. À la chasse, samedi? D’accord. À mon pavillon, c’est ça. Embrassez Lara pour moi. Oui oui. À samedi.

14:00

Roland? C’est bien, vous êtes efficace. Je voulais vous prévenir. Oui. Une autre subvention. C’est ça, comme d’habitude. Vous les congédierez formellement dans six semaines, pour dix minutes. Puis vous les réembaucherez. Soixante. Ils exigent un minimum de cinquante emplois, mais nous leur en offrirons soixante! Ils adorent annoncer des créations d’emplois, c’est leur point faible. Oui, ça rapporte. Et Roland, vous en profiterez pour vous débarrasser du bois mort.

15:00

Bonjour ma petite chérie. C’était bien l’école? Oui, papa gère la compagnie. Oui, papa empile les profits. Oui papa aime beaucoup ses employés. Non, papa ne peut pas les payer plus, parce que papa ne pourra plus empiler les profits. Ton amie dit n’importe quoi. Non. Oui. Papa t’aime fort. Bisou.

16:00

Roland! Trouvez qui est le père d’Amanda Dubé, et congédiez-le. Un motif? Regardez dans votre guide du congédiement légal, loyal et banal. Sa fille l’a mouchardé. Il se plaint publiquement, s’estime sous-payé. Je sais, employé sans reproche. Ils cachent bien leur jeu. Une saine gestion exige parfois des sacrifices. Oui. Difficile.

17:00

Clara, je crois que j’ai trouvé comment rationaliser les dépenses en ressources humaines sans créer de mécontentement et de départ massif. Nous mettrons en place un programme de responsabilisation entrepreunariale qui favorisera la prise d’initiatives chez nos employés. Chaque fois qu’un employé sera congédié, ceux qui restent devront trouver des moyens pour accomplir ses tâches. Ceux qui nous offriront les meilleures idées recevront cinq pour cent d’augmentation. Cela stimulera l’émulation dans nos troupes, et chacun en ressortira gagnant.

18:00

Bonjour mes chers employés! Vous êtes notre ressource la plus précieuse! Pour vous marquer notre infinie reconnaissance, cette année encore nous vous offrons ce magnifique gâteau, en ce premier mai, fête internationale des travailleurs. Les tranches sont minces, mais la reconnaissance est large. Vive la fête internationale des travailleurs! Vive le premier mai! Solidarité!

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