Les vaches

C’est une école de fous. Une école qui détruit l’amour.

Ma mère a été embauchée à l’hôpital de cette petite ville, et toute la famille y a déménagé. Nous, les trois jeunes, n’avions rien à dire. Comme d’habitude.

Donc, nouvelle école, bourrée d’idiots et d’inconnus. Il m’a fallu trois semaines avant de faire une première connaissance. Liz. Je l’ai aimée tout de suite.

Liz, c’était une étrangère, comme moi.

Il y a eu ceci, et cela aussi, et plein de mots, et l’amour. Oui, l’amour. Mais il nous restait des aveux à faire, des promesses à formuler, un baiser à bricoler.

Ma vie allait changer, je voyais qu’une féerie allait effacer tous ces jours sombres que j’avais connu depuis mon arrivée. Quand c’est arrivé. La catastrophe.

J’ignorais que c’était dans les us et coutumes depuis des lunes, elle l’ignorait aussi, et c’est pour ça que ça nous a séparés.

La catastrophe!

C’était un jeudi matin, je sortais de ma classe de chimie, elle sortait de sa classe de littérature, nous allions nous rejoindre au centre du corridor, étonnamment déserté. Un rêve! Tous ces idiots disparus! J’imagine que ça aurait dû nous sembler suspect, mais l’amour, oh l’amour, nous étions soulagés d’être seuls, heureux.

Juste au moment où j’allais lui prendre la main, un grondement sourd est monté du bout du corridor. Un grondement d’enfer, comme si l’école s’écroulait, comme si un tremblement de terre secouait tout le pays, comme si la terre allait s’ouvrir pour avaler cette école maudite.

Nous nous sommes tournés ensemble, et oh, horreur, nous les avons vues! Elles arrivaient en courant, affolées, en désordre, s’accrochant, arrachant les affiches aux murs, emplissant le corridor d’un vacarme indescriptible. Les vaches!

Un troupeau de vaches folles, lancées dans le corridor, qui traversaient l’école en courant. Un troupeau d’au moins trois cents vaches, qui défilaient, les unes après les autres, courant, se poussant, se dépassant.

Elle s’était reculée, se plaquait contre le mur, tandis que je me plaquais sur le mur opposé, séparé par ces bovins affolés. Les vaches nous ont salis, elles ont déchiré nos vêtements, nous ont écrasés contre les murs.

J’ai bien cru mourir là. Mais le plus terrible, je voyais ses yeux terrifiés qui m’appelaient à l’aide. Mais comment traverser un troupeau de vaches?

Une fois la horde passée, nous nous sommes retrouvés, blessés, les vêtements en lambeaux. Je me suis approché pour la soutenir, mais elle m’a violemment repoussé.

Deux mois plus tard, les vaches ont repassé dans le corridor, mais cette fois-là, je ne m’y suis pas fait prendre. Mais elle, elle ne m’a jamais plus parlé. Ni personne dans l’école, d’ailleurs.

Je crois que je mettrai bientôt un terme à mes études, et j’irai fumer des cigarettes en Patagonie.

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