De la difficulté insoupçonnée (par nous) de traverser une rue dans une ville ordinaire

LABRUTE: Vos papiers!

LAVIE: Je les ai oubliés. Je suis parti si vite, vous savez. Ils voulaient me taper sur la gueule, me balancer une paire de savates, me briser les os, me faire racler le pavé avec les dents, me crisser une volée.

LABRUTE: Sans papier, on n’entre pas.

LAVIE: Mais regardez-les, de l’autre côté de la rue! Vous les voyez aussi bien que moi! Ils m’attendent, avec leurs grimaces et leurs armes. Je ne m’en sortirai pas vivant si vous ne me laissez pas passer.

LABRUTE: Les règles sont les règles.

LAVIE: Je suis certain que vous avez de la famille de mon côté de la rue. Tout le monde a de la famille de l’autre côté, peu importe le côté. Je vous en supplie, vous et moi, c’est du pareil au même.

LABRUTE: Pas du tout. Vous êtes du côté sud de la rue, je suis du côté nord. Grosse différence. Toute la différence du monde. À commencer par l’asphalte. Il est plus foncé de notre côté. Meilleure qualité.

LAVIE: Vaut-il mieux respecter les règles ou sauver une vie?

LABRUTE: Langage séditieux. Vos trottoirs s’effritent.

LAVIE: Nous sommes tous des…

LABRUTE: Gardes! Déportez-moi cet homme.

LAVIE: Assassin!

LABRUTE: Il est onze heures quarante-cinq. C’est ma pause. Gardes, vous laisserez votre rapport d’extradition sur mon bureau.

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