Des parachutes de pissenlit

Je suis arrivé près de l’immeuble ce matin, dimanche, vers neuf heures. Tout de suite, j’ai remarqué que quelque chose clochait. J’étais à un kilomètres, mais sur cette route nue, on voit de loin, surtout par temps clair, comme ce matin. À cette distance, je ne voyais que des boules de coton tomber de l’immeuble, tout autour de l’immeuble, comme des parachutes de pissenlit, mais c’était trop tôt dans la saison pour ça, comme de la neige, mais c’était trop tard dans la saison pour ça. Quoi alors? En m’approchant, les boules grossissaient. À vue d’œil. Ça ressemblait à des peluches, surtout que je croyais voir des hommes aux fenêtres qui les lançaient. J’avoue, dès ce moment j’ai eu peur. L’impression d’arriver au milieu d’une fête païenne, d’un rite satanique, d’un sacrifice printanier. Je roulais à une bonne vitesse, mais à deux cent mètres, j’ai ralenti, carrément effrayé. Les boules blanches s’agitaient. Elles s’écrasaient au sol dans des mares rouges, autour desquelles s’agitaient, se battaient, des dizaines et des dizaines de chiens noirs. À cent mètres, je me suis carrément arrêté. J’ai bien voulu appeler le 911, mais il n’y avait pas de service. Pourtant, à cet endroit, vous pouvez vérifier, il y a toujours du service. Quelques chiens m’ont aperçu, cinq ou six sont venus fureter autour de ma voiture. Ils ont montré les crocs, grogné, mais aucun n’a tenté de s’approcher à moins de deux mètres. J’ai fait marche arrière, disparaître au plus vite, laisser tomber ce rendez-vous avec Madeleine. Mais je me suis ravisé. Je voulais en avoir le cœur net. Je me suis rapproché suffisamment près pour ne pas attirer l’attention du gros de la meute. Presque à chaque fenêtre, je voyais des hommes, des gros, des jeunes, des grands, des laids, des costauds, tous torses nus, qui balançaient des boules blanches. C’étaient des lapins! Des lapins vivants! Mais d’où les sortaient-ils? Comment pouvaient-ils en avoir autant? Une pluie de lapins blancs! Qu’est-ce que c’était que tout ça? J’étais le seul humain à l’extérieur, et chose curieuse, je n’ai aperçu aucune femme, aucun enfant aux fenêtres. J’ai saisi mon téléphone, pourquoi ne pas y avoir pensé avant, et j’ai filmé ces hommes qui balançaient les lapins, aussitôt déchiquetés par les chiens affamés. Je vous la montrerai, la vidéo, c’est horrible. Je n’ai pas plus de deux minutes de vidéo, parce que j’en avais plus qu’assez, je ne pouvais en supporter davantage. Je me suis éloigné, lentement, espérant ne pas attirer l’attention. À un kilomètre de l’immeuble, j’ai accéléré, et j’ai foncé sur la route à cent cinquante. Je devais sortir de là au plus vite, monsieur l’agent, fuir cette folie! Vous ne me croyez pas? Attendez, regardez cette vidéo. Monsieur l’agent, attention! Les chiens, ils arrivent! Montez derrière, il faut filer! Vous ne montez pas! Ils sont deux, mais il y en a des dizaines et des dizaines d’autres! Monsieur l’agent! Ne leur tirez pas dessus, vous attirerez… Oh non! Que se passe-t-il? Merde. Je l’avais pourtant averti. Vite, décamper! Trouver une ville, et vite. À moins que tout le pays?

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