L’Affaire qui a secoué Dobilo

Les choses évoluent rapidement à Dobilo. Zuzu a tué le roi, et a pris sa place. Puis Toto a tué Zuzu, et a pris sa place. Puis il y a eu des élections, et c’est Uala-Uali qui a gagné. Puis il a perdu et Julonia l’a remporté.

Pendant ce temps, Dobilo rétrécit. La mer ronge les côtes, et depuis l’ère Zuzu, l’île a perdu la moitié de son territoire. Nous disparaissons.

L’érosion s’accélère. La majorité de la population s’est enfuie en radeau. Où iront-ils, je vous le demande!

Ceux qui restent travaillent ardemment à la prochaine campagne électorale. Il y a les deux partis habituels, les Bleus ciel, et les Bleus mer. Ça chauffe. Plus personne ne dort. Le scrutin aura lieu après-demain. Douze électeurs iront voter.

Scandale! Le frère de la candidate Bleu ciel a été vu dans le lit du secrétaire du frère du candidat Bleu mer. On a bien tenté d’étouffer l’affaire, mais en vain. On est donc passé aux accusations de sabotage, de corruption, de détournement, de coup d’État.

Et l’île qui rétrécit, sans même attendre la conclusion de l’Affaire. Car c’est ce que c’est devenu. L’Affaire.

Les rares qui dormaient encore ne ferment plus l’œil. Déclarations incendiaires. Accusations publiques. Menaces à peine voilées. Menaces pas voilées du tout. Bleus ciel et Bleus mer fourbissent leurs armes, ça sent la guerre civile, l’affrontement est dorénavant inévitable.

Jour des élections, nous avons tous les pieds dans l’eau. Les Bleus ciel tirent sur les électeurs soupçonnés de voter pour les Bleus mer, et les Bleus mer tirent sur les électeurs soupçonnés de voter pour les Bleus ciel. Ça tire et ça barbote fort, tout le jour, sans relâche.

À la nuit tombée, les Bleus ciel ont éliminé tous les Bleus mer. Ils ne sont que deux, mais qu’importe, ils célèbrent jusqu’au petit jour.

Quand le soleil s’est levé, nos deux Bleus ciel ont étés bien étonnés de constater que l’eau leur montait aux aisselles, qu’ils ne voyaient plus rien de la terre pour laquelle ils s’étaient si vaillamment battus. Toute cette flotte a vite refroidi l’ardeur des vainqueurs.

Au crépuscule, le plus grand des deux Bleus ciel a disparu dans un bouillon d’écume. Un grand requin blanc dînait.

Le plus petit des deux Bleus ciel, moi, a pu voir le soleil disparaître, il a pu observer la pleine lune commencer son ascension, mais une vague plus puissante que les autres l’a emporté.

Adieu Dobilo.

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