L’inconnue du chalet

Elle avait un chat siamois et elle buvait de la tisane. Pas de café, pas d’alcool, que de la tisane.

Pourquoi m’avait-elle invité dans son vieux chalet?

C’était en pleine forêt, dans le nord. Je ne faisais pas attention à la route de terre où elle filait. Elle tournait à droite, à gauche, et chaque fois ce n’était que des murs d’arbres. Aucun panneau indicateur, absolument rien qui aurait pu servir de repère, pas même un arbre différent des autres. Le chalet est apparu au bout d’un chemin plus étroit, isolé, sur la rive d’une petite rivière.

Pourquoi conduisait-elle une voiture rouge?

En pleine nuit, elle m’a réveillé. Elle roulait des yeux, ça n’allait pas, vraiment pas. M’a demandé d’aller chercher de l’aide. De l’aide? Mais pourquoi? Je n’arrivais pas à savoir ce qu’elle avait. Et où aller? Impossible de trouver les clefs de la voiture, j’ai marché. Des kilomètres de forêt, je n’y voyais rien, pas de lune, un trou noir où j’ai vite compris que je me perdais. Trop d’intersections, trop de routes forestières pareilles les unes aux autres.

Celui qui m’a retrouvé, le lendemain en fin de journée, m’a tout de suite offert à boire. Du whisky. J’aurais préféré de l’eau, mais merci, il m’a fait monter sur son véhicule tout terrain, ça brassait, je craignais d’être éjecté.

Pourquoi ne se coiffait-elle jamais?

Affamé, assoiffé, chez lui des gens ont pris soin de moi. J’ai marmonné quelque chose à propos d’elle, dans son chalet. Je ne connaissais même pas son nom, comment décrire les lieux? Entouré de forêt, comme tout ici. Non, personne ne voyait de qui je voulais parler.

Puis ça m’a assommé, la nourriture, le whisky, la fatigue. J’ai dormi des heures et des heures, dans un mauvais lit.

Au réveil, j’ai repris mon histoire de la femme dans son chalet, mais j’étais déjà moins convaincu de sa réalité. Qu’est-ce que je faisais là? Une dizaine de personnes qui habitaient dans les environs ont sillonné la forêt, particulièrement à proximité des rivières et des ruisseaux, mais ils n’ont jamais retrouvé la trace de cette femme, de sa voiture, de son chalet.

Pourquoi jouait-elle de la mandoline lorsque je plongeais dans la rivière?

Quelques années plus tard, j’y croyais toujours, quoiqu’à moitié. Je me suis acheté un véhicule tout terrain, je me suis familiarisé avec la région, et j’ai entrepris de sillonner toutes les routes praticables de cette forêt. J’ai retrouvé une voiture rouge, à demi submergée dans un étang. C’était un vieux modèle des années 80, beaucoup plus vieux que le sien. Je crois. Nulle trace d’elle ou de son chalet.

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