Douce image et verts sommets (6)

Je me suis retrouvé sur le derrière et j’ai glissé d’au moins deux mètres, m’éraflant au passage l’avant-bras. Je puais la terre humide, les feuilles décomposées, j’étais sale et fatigué. Immobile, j’ai tendu l’oreille. Silence. Derrière moi, plus haut, S. gesticulait. Remonte vite! Si l’arbre tombe, y va t’écraser! La mort! Encore elle! Un papillon aux ailes ocre jaune à l’extérieur, traversée de sept ou huit points noirs, et plus bas, d’une ligne qui ondulait, un peu comme lorsqu’on dessine d’un seul trait les ailes d’un oiseau, terminées, les ailes, par une ligne bistre cernée elle-même d’une bande perle, s’est posé sur mon nez, juste sur la pointe. Un lutin brun. Joli nom, n’est-pas? On pourrait en tirer une charmante symbolique capable de nous distraire cinq minutes, en pensant à la nature démoniaque du lutin et à ses ailes nous pourrions y voir le signe d’une malédiction dont l’enfant ne parviendra jamais à se libérer, contre laquelle il luttera pourtant inlassablement toute sa vie, jusqu’à ce que, las de combattre, il s’abandonne et devienne monstrueux pour de bon, ou encore, pourquoi pas, ce pourrait être tout à fait le contraire, le papillon lutin s’extirpant, en quelque sorte, du gamin, et en s’envolant dans l’infini sombre de la forêt libérerait un esprit damné, l’offrant pour la première fois à la lumière, à la paix éternelle, et pa ta ti, pa ta ta, et la scène alors prendrait une toute autre tournure, le gamin abandonnant ce projet fou de massacrer un pauvre sapin plus que centenaire, s’inscrivant le lundi suivant dans la ligue de protection de la nature de son quartier. Eh bien non, il le crèvera, cet arbre, dans à peine dix minutes. Détruire, c’est son leitmotiv, c’est ce qu’il a appris, c’est son destin. Vivre, c’est tuer. C’est la leçon. Et la mort, il la connaît, il l’a vue à la télé, il l’a vue en Irlande du Nord, il l’a vue à Mexico, il l’a vue dans l’éphémère Biafra et derrière le poste de police, ces chiens et ces chats gazés que tous les enfants pouvaient observer, et la mort c’est aussi et aussi et aussi et c’est ce gamin du même âge violé et étranglé dans la cour d’école, c’est cet autre gamin du même âge écrasé par une fantastique Mustang rouge décapotable. Partout la mort. L’éducation, ou comme les parents disaient, l’élevage, nous en reparlerons, c’est aussi la mort.

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