La leçon de bienséance

KEN: Les prédicaments s’arrachent le cuir de la chevelure des abeilles en quête d’une systématique redondance.

NEK: Ça ne va pas. Non. Pas du tout. Pas du rien. Nul. Archi pas bon. Faut d’abord saluer. Simplement. Dire “bonjour”. 

KEN: Bonjour, il n’y a pas d’autobus sans chapiteau, et le maire suce des sapins.

NEK: Attention! Soit bref. “Bonjour”, et tu te tais. Ensuite, éventuellement, tu pourras ajouter des mots. Si on te répond. Mais sois attentif. Tu dois lire dans le regard, décrypter la réceptivité. Par exemple, si on te répond “bonjour” sans te regarder, n’insiste pas, frappe à un autre visage. On recommence. Vas-y.

KEN: Bonjour.

NEK: Bonjour.

KEN: …

NEK: Tu ne dis rien?

KEN: Je ne décrypte rien.

NEK: Mes yeux balbutiaient quelque chose comme “dis-moi ce que tu fais ici”, et c’était souligné à gros traits noirs par un point d’interrogation au bout de mon “bonjour”. On recommence. Le décryptage est peut-être prématuré. L’interlocuteur engagera la conversation.

KEN: Inter? Locuteur?

NEK: T’inquiète. C’est moi, pour le moment, c’est que moi. Bon. Trois deux un c’est parti!

KEN: Bonjour.

NEK: Bonjour, ça va bien aujourd’hui?

KEN: Ça va au tour de la piscine où s’écrivent des livres ahurissants sur l’état de siège dans la douleur.

NEK: Y a du travail à faire! Je crois qu’il nous faudra plusieurs sessions. Quand on te demande comment ça va, tu réponds, “ça va”, mais pas plus. Par politesse, tu relances la conversation par un “qu’est-ce qui t’amène ici?” Normalement, l’interlocuteur va te répondre par deux ou trois phrases, que tu pourras commenter, et auxquelles tu pourras établir un lien avec ta propre expérience. Compris? On recommence.

KEN: Bonjour.

NEK: Bonjour, comment ça va?

KEN: Ça va. Qu’est-ce qui t’amène ici?

NEK: J’avais des courses à faire en ville. J’en ai profité pour faire un détour par ce café. J’avais l’habitude d’y lire pendant des heures, quand j’étais étudiant.

KEN: C’est nul ce café. Les étudiants arborent des potences sombres. J’avais l’habitude de lire pendant des heures quand tombaient les hommes gélatineux aux murs colporteurs.

NEK: C’est pas gagné! Primo, quand tu commentes, si ton désir est de poursuivre la conversation et de revoir ton interlocuteur, tu évites de lui exprimer le fond de ta pensée. Tu commentes, disons, globalement, avec une politesse discrète. Secundo, peux-tu cesser d’utiliser n’importe quels mots n’importe comment n’importe où? Pour que ça ait du sens, tu réponds ce qu’on s’attend à ce que tu répondes. Je vais te fournir un petit manuel des questions et répliques. Tu le lis, tu le mémorises, et on se revoit pour une deuxième leçon. Rassure-toi, tes progrès sont impressionnants, transhumants.

Traitement en cours…
Terminé ! Vous figurez dans la liste.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s